Le président américain Donald Trump prononce son discours sur l’état de l’Union dans la Chambre des représentants du Capitole à Washington, D.C., États-Unis, le 24 février 2026.
Donald Trump promet un nouvel âge d’or aux Américains à l’approche des midterms. Mais derrière le très long discours du milliardaire se cachent des approximations statistiques majeures.
Une heure et 48 minutes. Donald Trump a prononcé le plus long discours sur l’état de l’Union de l’histoire. Il a battu Bill Clinton en 2000, qui avait tenu 1 h 28 pour son dernier état de l’Union.
Devant les membres du Congrès, le milliardaire républicain a vanté son bilan. « Le pays devient de plus en plus grand et de plus en plus fort. Personne n’en croit ses yeux ». Il s'est aussi attelé à dénigrer le mandat de son prédécesseur Joe Biden. Donald Trump est sur la corde raide alors que de plus en plus d’Américains se plaignent de l’augmentation du coût de la vie et qu’il doit les convaincre de voter républicain lors des élections de mi-mandat en novembre. Les midterms détermineront la majorité au Congrès.
Mais lors de son allocution, il a également distillé de fausses informations et des chiffres erronés, souvent loin de la réalité économique du pays. La Tribune fait le point.
Donald Trump - « L’administration Biden et ses alliés au Congrès nous ont infligé la pire inflation de l’histoire de notre pays. Mais en 12 mois, mon administration a ramené l’inflation sous-jacente (core inflation) à son niveau le plus bas depuis plus de 5 ans. Et au cours des trois derniers mois de 2025, elle est tombée à 1,7 % ».
La réalité des faits. Lorsque l’on regarde les chiffres, l’administration Biden n’a pas enregistré «la pire inflation de l’histoire» des États-Unis. Elle était plus élevée dans les années 1980 aux États-Unis.
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Un plus haut de 6,1 % a tout de même été atteint au premier trimestre 2022, pour l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors des fluctuations des denrées alimentaires et de l’énergie, d’après les chiffres du Bureau américain d’analyse économique (BEA) utilisés par la Réserve fédérale de Saint-Louis. Mais à cette période, les États-Unis sont loin d'être les seuls à souffrir de la hausse des prix. La grande majorité des pays occidentaux, dont la France, font face à cette problématique causée par la reprise post-Covid et la guerre en Ukraine, précise une note de la Banque de France.
Dépenses de consommation personnelle (PCE) hors alimentation et énergie. (Crédits : FRED)
Le milliardaire cite le chiffre d’1,7 % pour les trois derniers mois de l’année. Or, l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) hors prix des denrées alimentaires et de l’énergie, qui mesure l’inflation sous-jacente, a augmenté de 2,7 % sur le dernier trimestre, d’après le BEA. Un chiffre encore au-dessus de la cible des 2 % de la Fed, la banque centrale américaine.
Par ailleurs, l’administration Trump n’a pas ramené l’inflation sous-jacente à son plus bas niveau en cinq ans. Elle avait, par exemple, atteint 2,1 % au dernier trimestre 2023.
Des investissements en trompe-l’œil
Donald Trump - « En quatre longues années, le gouvernement précédent a obtenu moins de 1 000 milliards de dollars de nouveaux investissements aux États-Unis. Et quand je dis moins, c’est nettement moins. En 12 mois, j’ai obtenu des engagements pour plus de 18 000 milliards de dollars provenant du monde entier ».
La réalité des faits. D’après le site officiel de la Maison-Blanche, le total des investissements atteint 9 600 milliards de dollars, soit moitié moins de ce qu’affirme le président américain. Par ailleurs, nombre de ces engagements sont flous, sans promesse concrète. L’accord entre les États-Unis et l’Europe, par exemple, comprend un investissement des entreprises européennes de 600 milliards de dollars. Mais aucun chef d’entreprise ne s’est engagé à les réaliser. D’autres projets remontent même avant l’élection de Donald Trump, soulève le site américain Factcheck.
Donald Trump -« Le prix de l’essence, qui avait atteint un pic de plus de 6 dollars le gallon dans certains États sous mon prédécesseur – ce qui était franchement catastrophique –, est désormais inférieur à 2,30 dollars le gallon dans la plupart des États, et même à 1,99 dollar le gallon dans certaines régions. Et lorsque je me suis rendu dans le grand État de l’Iowa il y a quelques semaines, j’ai même vu de l’essence à 1,85 dollar le gallon ».
La réalité des faits. Le président américain cite une nouvelle fois des chiffres en dessous de la réalité. D’après le site AAA, qui recense les prix du carburant quotidiennement, le prix moyen du gallon est de 2,975 dollars ce mercredi. Avec des prix qui peuvent excéder les 4 dollars dans certains États comme la Californie ou Washington. Dans l’Iowa, le gallon est en moyenne à 2,593 dollars.
Les prix de l’essence ont bien diminué depuis quelques mois. « Le président américain a la volonté de faire baisser les prix en incitant les producteurs américains à produire plus et en faisant pression sur l’Opep et notamment l’Arabie saoudite pour qu’elle ouvre les robinets », déclarait cette semaine à La Tribune Olivier Gantois, président de l’Ufip Energies.
Des factures d’énergie qui n’ont pas baissé
Donald Trump - « Personne ne peut croire ces chiffres, en particulier ceux concernant l’énergie. Quand ils voient l’énergie baisser à de tels niveaux, ils n’arrivent pas à y croire ».
La réalité des faits. Si les prix des carburants ont baissé ces trois dernières années, les factures d’électricité ont, elles, grimpé. Et c’est un des nombreux reproches des ménages américains adressés au président Trump. Les prix de l’électricité croissent plus rapidement que l’inflation. Ils ont augmenté de 6,7 % en décembre sur un an. Une hausse due à l’essor de l’intelligence artificielle mais aussi des catastrophes naturelles, des températures très basses cet hiver et de la vétusté du réseau électrique.
Les Américains n’ont jamais été aussi nombreux à travailler, vraiment ?
Donald Trump - « Aujourd’hui, plus d’Américains travaillent que jamais auparavant dans l’histoire de notre pays. Pensez-y. À n’importe quel moment de l’histoire de notre pays. Il y a plus de travailleurs aujourd’hui, et 100 % des emplois créés sous mon administration l’ont été dans le secteur privé ».
La réalité des faits. Une affirmation encore loin de la réalité. Le taux d’emploi aux États-Unis, qui représente la proportion de personnes avec un emploi parmi celles en âge de travailler, est stable depuis 2022 et oscille autour de 60 %, d’après le Bureau des statistiques du travail. Il était même légèrement plus élevé en 2023, sous Joe Biden.
Taux d’emploi aux États-Unis. (Crédits : U.S. Bureau of Labor Statistics)
Par ailleurs, en 2025, les États-Unis ont généré en moyenne 49 000 emplois par mois. En 2024, ce chiffre atteint 168 000. En tout, 584 000 emplois ont été créés, la pire performance depuis 2003, hors récession.
Bourse : tout le monde serait gagnant
Donald Trump - « La bourse a atteint 53 records historiques depuis l’élection. Pensez-y. En un an. Nous avons augmenté les pensions, les 401(k) et les comptes de retraite de millions et de millions d’Américains. Ils sont tous gagnants. Tout le monde est gagnant, largement gagnant ».
La réalité des faits. Il est difficile de vérifier le nombre précis de records historiques de la Bourse. Mais les trois indices boursiers américains, le S&P 500, le Dow Jones et le Nasdaq, ont bien atteint des sommets en 2025. En janvier, le S&P 500 dépassait les 6 900 points.
Mais l’envolée de la Bourse américaine ne peut pas être imputée totalement au président américain. Elle a surtout été portée par l’essor de l’intelligence artificielle, et notamment la performance des « Sept Magnifiques » (Apple, Amazon, Alphabet, Microsoft, Nvidia, Meta et Tesla).
Mais tout le monde n’y gagne pas, comme l’affirme Donald Trump. Seuls 62 % des Américains ont des actions, précise le site Fact Check qui s’appuie sur un sondage Gallup de 2025, et ce sont en grande majorité les ménages les plus aisés qui en détiennent.