Chine : le 15e plan quinquennal face au défi de la consommation et du 70 % d'urbanisation

La séance d’ouverture de l’Assemblée populaire nationale (APN) au Grand Hall du Peuple à Pékin, en 2024.
REUTERS - Florence Lo

La séance d’ouverture de l’Assemblée populaire nationale (APN) au Grand Hall du Peuple à Pékin, en 2024.
REUTERS - Florence Lo
Le 15e plan quinquennal chinois privilégie l’autosuffisance technologique (semi-conducteurs, IA) et l'augmentation de la consommation des ménages à 45 % du PIB d'ici à 2030.
Pékin vise une croissance annuelle moyenne de 4,2 % pour doubler son économie d'ici à 2035, avec un objectif de taux d'urbanisation porté à 70 %.
La stratégie industrielle évolue pour maintenir une part « raisonnable » de l'industrie manufacturière dans le PIB tout en luttant contre les surcapacités de production.
L’ouverture de la session annuelle du Parlement chinois, ce jeudi, marque un tournant structurel pour la deuxième puissance économique mondiale. Le 15ᵉ plan quinquennal, couvrant la période 2026-2030, doit répondre à une équation complexe : maintenir une croissance robuste tout en transformant un modèle historiquement dépendant des exportations. Ce document stratégique, héritier des plans de type soviétique des années 1950, définit les trajectoires de la modernisation industrielle et de la sécurité nationale.
Historiquement, ces cycles de planification ont agi comme de puissants catalyseurs. Dans les années 1980, ils ont orchestré l’ouverture des marchés et la reconnaissance de la propriété privée. Aujourd'hui, l'enjeu se déplace vers la « modernisation à la chinoise » prônée par Xi Jinping. L'ambition affichée en 2022 reste le cap directeur : doubler la taille de l'économie d'ici à 2035. Pour valider cette trajectoire, les analystes estiment qu'une croissance annuelle moyenne de 4,2 % est indispensable sur la décennie à venir.
Pour la période 2026-2030, le pouvoir central pourrait s'abstenir de fixer un objectif de croissance pluriannuel rigide, reconduisant la flexibilité adoptée lors du précédent exercice. Toutefois, les décideurs politiques visent concrètement une progression du PIB située entre 4,5 % et 5 % dès 2026. Ce dynamisme repose sur un levier social majeur : l’urbanisation. Le nouveau plan prévoit de porter le taux d'habitants en zone urbaine à 70 % d'ici 2030, contre 65 % précédemment.
Cette migration intérieure massive doit s'accompagner d'une stabilité du marché de l'emploi. Pékin cible un taux de chômage urbain inférieur à 5,5 %. Parallèlement, le gouvernement s'engage à ce que la hausse du revenu disponible par habitant suive la courbe du PIB. L'enjeu est de taille : transformer ces nouveaux citadins en consommateurs actifs pour sécuriser la croissance à long terme.
Le curseur le plus scruté par les observateurs internationaux concerne la part de la consommation des ménages dans le PIB. Actuellement proche de 40 %, elle devrait atteindre 45 % en 2030, selon les conseillers politiques. Si un objectif chiffré est officiellement inscrit dans le plan, il traduirait une volonté politique forte de rupture. Un tel niveau laisserait tout de même la Chine à environ 15 points de pourcentage en dessous de la moyenne mondiale.
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Ce basculement vers la demande intérieure entre en tension directe avec la politique industrielle. Le plan quinquennal réaffirme l'importance de l'industrie manufacturière, dont la part dans l'économie doit rester « raisonnable ». Ce changement sémantique — le plan précédent visait une part « stable » — suggère une tolérance potentielle pour une légère baisse du secteur industriel au profit des services, à condition que les secteurs stratégiques restent protégés.
Face aux tensions croissantes avec Washington, l'autosuffisance technologique s'impose comme la priorité absolue. Pékin prévoit d'intensifier ses efforts dans les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle. Bien que la croissance des dépenses en recherche et développement (R&D) soit calibrée à plus de 7 % par an — un rythme inférieur aux 10 % constatés entre 2021 et 2025 — l'accent est mis sur les « percées dans les technologies de base ».
Pour soutenir cette ambition sans aggraver les déséquilibres, le gouvernement entend bâtir un « marché national unifié ». L'objectif est de briser le protectionnisme des gouvernements locaux et de normaliser les réglementations sur le travail, l'énergie et le foncier. Cette centralisation réglementaire vise à réduire les surcapacités industrielles et les guerres de prix qui rognent les marges des entreprises. La réussite de ce 15ᵉ plan dépendra de la capacité de Pékin à faire converger sa puissance productive avec une consommation domestique enfin souveraine.
(Avec Reuters)