Venezuela : les États-Unis désignent le « Cartel des soleils » comme organisation terroriste et massent des forces dans les Caraïbes
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CLH/ - via REUTERS - Public Domain - Department of Defense
L’annulation des vols commerciaux vers le Venezuela, après un avertissement d’« augmentation de l’activité militaire » américaine, sonne l’alerte. Washington vient d’officialiser la désignation du « Cartel des soleils » comme organisation terroriste (FTO), un acte que Caracas dénonce comme le prélude à une intervention armée illégitime visant les 1 700 milliards de dollars de réserves pétrolières et minières du pays.
Le bras de fer entre Washington et Caracas vient de franchir un nouveau seuil, soulevant une question tranchante : les États-Unis préparent-ils un changement de régime par la force ? L’escalade, d’abord verbale, est désormais factuelle, avec l’inscription du « Cartel des soleils » sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères (FTO).
Lundi, le gouvernement américain a formalisé cette désignation. Pour le ministère des Affaires étrangères de Caracas, il s’agit d’un « nouveau et ridicule mensonge » et d’une tentative de « justifier une intervention illégitime et illégale » s’inscrivant dans le « classique format américain de changement de régime ». Le gouvernement vénézuélien a rejeté la décision « de manière catégorique, ferme et absolue ».
Plusieurs compagnies aériennes ont annulé leurs liaisons avec le Venezuela, après que les États-Unis ont averti l'aviation civile d'une « augmentation de l'activité militaire » dans la région. Parmi les transporteurs qui ont suspendu leurs opérations vers ou au-dessus de l'espace aérien vénézuélien, on retrouve les compagnies européennes Iberia (Espagne) et TAP Air Portugal, ainsi que les sud-américaines Avianca (Colombie), Gol (Brésil) et Latam Airlines.
La désignation FTO, un prétexte à l’action militaire
L’enjeu de cette désignation n’est pas anodin : l’inscription FTO autorise formellement le Pentagone à utiliser la force militaire. Les États-Unis ne s’en cachent pas, ciblant directement Nicolás Maduro comme chef du Cartel. Le Pentagone a fixé une récompense de 50 millions de dollars pour sa capture, ouvrant la voie à une potentielle « frappe de décapitation ».
Le président vénézuélien a réagi avec fermeté : « Quoi qu’ils fassent, où qu’ils le fassent, peu importe comment ils s’y prennent, ils ne pourront pas vaincre le Venezuela. Nous sommes invincibles. » Ses ministres dénoncent de leur côté la création d’une « connerie différente » chaque jour pour stigmatiser le pays.
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L’existence du « Cartel des soleils » en question
Toute la stratégie américaine repose sur une entité dont l’existence est largement contestée. De nombreux experts et figures régionales remettent en question la réalité du Cartel. Le président colombien Gustavo Petro l’a qualifié d’« invention de l’extrême droite » pour renverser des gouvernements. L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) n’a jamais mentionné cette organisation dans ses rapports, notant par ailleurs le rôle marginal du Venezuela dans l’acheminement de la cocaïne (environ 5 % du transit).
Néanmoins, l’inscription FTO a un effet immédiat. Elle ajoute une couche aux sanctions déjà en place, notamment l’embargo pétrolier en vigueur depuis 2019. Cette mesure interdit tout « soutien matériel ou ressources » à l’organisation ciblée, ce qui devrait davantage fragiliser l’économie déjà dévastée et la population vénézuélienne.
Un déploiement de force sans commune mesure dans les Caraïbes
L’escalade est également matérielle et vise à créer un rapport de force écrasant. Les États-Unis ont déployé dans les Caraïbes le plus grand porte-avions du monde, l’USS Gerald R. Ford, accompagné d’une flottille de navires de guerre et d’un sous-marin à propulsion nucléaire. Cette armada mobilise environ 10 000 marins et aviateurs.
Officiellement, le motif de ce déploiement est la conduite d’opérations antidrogue ciblant le Venezuela. Cependant, l’adéquation des moyens interroge. Bombarder des hors-bords nécessite-t-il une telle armada incluant des avions F-35 et un sous-marin nucléaire ? La question est posée de savoir s’il s’agit d’un « prétexte couvrant un prochain déploiement de troupes ».
Les actions militaires ont déjà eu lieu. Une vingtaine de frappes aériennes ont été menées contre des bateaux de narcotrafiquants présumés, tuant au moins 83 personnes.
La fragilité de la FANB face à l’armada américaine
Face à cette puissance de feu, l’armée vénézuélienne, la Force armée nationale bolivarienne (FANB), est dans une situation précaire, minée par la corruption, les sanctions et l’échec économique. L’équipement est obsolète : seuls deux ou trois des 24 avions F-16 achetés dans les années 1980 seraient opérationnels. L’état des 21 avions Soukhoï est également incertain, faute de pièces de rechange.
L’armée souffre également d’une « hypercéphalie » (plus de 2 000 généraux et amiraux) et d’une politisation qui affaiblit la hiérarchie. La FANB compte 125 000 effectifs.
Néanmoins, Caracas possède des atouts. Le pays dispose de systèmes de défense antiaérienne performants, dont 5 000 missiles Igla-S de fabrication russe, décrits par un diplomate comme son « arme la plus redoutable ». Nicolás Maduro s’appuie également sur une milice de plus de six millions de membres « prêts à combattre », bien que leur efficacité opérationnelle soit largement mise en doute.
L’objectif réel : 1 700 milliards de dollars d’opportunités
L’administration Trump avait défendu une stratégie privilégiant une « optimisation des moyens avec un investissement limité » plutôt qu’une intervention terrestre massive. Il est difficile d’imaginer une opération de la taille de celle menée au Panama en 1989. L’avertissement américain à l’aviation civile concernant une « augmentation de l’activité militaire » a déjà conduit à l’annulation des vols commerciaux vers le Venezuela.
Le décalage entre la menace officielle (narcotrafic) et l’objectif réel (changement de régime et accès aux ressources) est flagrant pour Caracas. L’objectif véritable des autorités vénézuéliennes est clair : renverser Maduro et s’emparer des réserves pétrolières et des gisements d’or du pays. Des figures de l’opposition ont déjà promis l’ouverture du Venezuela aux investissements étrangers, y compris la privatisation de ces secteurs, évoquant des opportunités de 1 700 milliards de dollars lors d’un forum d’affaires à Miami.
La « boîte de Pandore renfermant toutes sortes d’actions agressives » est désormais ouverte.