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Intervention au Venezuela : l'influence de Marco Rubio, « vice-roi » de Caracas

latribune.fr

Publié le 06 janvier 2026 à 08:55

Marco Rubio, nommé gestionnaire direct de la transition, a une mission claire : transformer la compagnie nationale PDVSA en une machine de guerre économique au service du dollar.

Marco Rubio, nommé gestionnaire direct de la transition, a une mission claire : transformer la compagnie nationale PDVSA en une machine de guerre économique au service du dollar.

REUTERS - Kevin Mohatt

Le Quotidien Numérique

30 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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PORTRAIT. L’arrestation de Nicolás Maduro propulse Marco Rubio au rôle d’architecte d’un protectorat énergétique sans précédent. Sous l’impulsion de Donald Trump, le Venezuela n’est plus un État souverain mais un actif financier à restructurer.

Dans le sillage de la chute de Nicolás Maduro, Washington balaie toute velléité de consensus multilatéral. Donald Trump a confié les clés de la transition à un homme de confiance : Marco Rubio. Cumulant les fonctions de secrétaire d’État et de conseiller à la sécurité nationale, Rubio dépasse ses titres officiels pour devenir le gestionnaire direct des affaires vénézuéliennes. Dans les chancelleries d’Amérique latine, son nouveau surnom de « Viceroy » (vice-roi) souligne l’ampleur de cette administration directe depuis le département d’État.

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Stupeur et tremblements à Caracas :  «Très rapidement, tout est redevenu calme, comme si la peur était immédiatement revenue »

Cette prise de contrôle marque la naissance de la « doctrine Donroe ». L’administration Trump réintègre ainsi la ressource naturelle comme butin de guerre. Désormais, la souveraineté d’un État sud-américain est subordonnée à sa capacité à ne pas nuire aux intérêts économiques américains. Le Venezuela est traité comme une filiale en difficulté dont le bilan comptable doit être redressé par Washington.

La « doctrine Donroe »
Contraction de la Doctrine Monroe (1823) et du prénom de Donald Trump, ce concept théorise le basculement de la diplomatie américaine vers un impérialisme purement transactionnel.
Alors que la doctrine originelle visait à exclure les puissances européennes de l’hémisphère sud pour protéger des républiques sœurs, la version « Donroe » subordonne la souveraineté des États latins à l’intérêt économique direct de Washington. Le principe du « Take the Oil » devient le pivot de cette politique : l’armée américaine ne se contente plus de stabiliser une région, elle sécurise physiquement les infrastructures extractives pour garantir le rendement des investissements privés nationaux.
Pour les entreprises, ce changement de logique signifie que le droit international des affaires s’efface devant le « recouvrement ». Le pétrole n’est plus une marchandise échangée sur un marché libre, mais un actif saisi pour rembourser les créances des multinationales américaines et financer une reconstruction sous tutelle. C’est la fin de la mondialisation libérale au profit d’une économie de conquête.

Wall Street mise sur le démantèlement de PDVSA

Le marché a immédiatement validé cette mise sous tutelle. Dès l’annonce de la capture de Maduro, l’action de Chevron bondissait de 6 %, tandis qu’Halliburton voyait sa capitalisation exploser de 8 %. Pour Wall Street, le prix de l’assistance américaine est déjà fixé : un accès illimité aux plus vastes réserves d’or noir au monde. La mission de Rubio consiste à transformer la compagnie nationale PDVSA, aujourd’hui en ruines, en une machine de guerre économique au service du dollar.

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Venezuela : « Les intérêts de Trump ne répondent pas aux besoins des compagnies pétrolières »

Cette restructuration vise le « recouvrement ». Le pétrole vénézuélien doit financer la reconstruction du pays sous supervision américaine tout en remboursant les multinationales pour les nationalisations passées. Les créances sont colossales : 1,6 milliard de dollars dus à ExxonMobil après l’expropriation de 2007 et plus de 10 milliards de dollars pour les détenteurs d’obligations et les entreprises saisies comme Crystallex ou ConocoPhillips.

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L’héritier des faucons au service du « Take the Oil »

Marco Rubio n’est pas un novice de l’interventionnisme. Formé en Floride sous l’égide de Jeb Bush, il est le dernier héritier des « faucons » néoconservateurs. Qu’il s’agisse de son soutien à l’intervention en Libye en 2011 ou de sa défense du « Nation Building », il a toujours prôné une alliance entre force militaire et libéralisme économique. Ce qu’il déploie à Caracas est la réalisation concrète des plans de ses mentors : une transition pilotée où le contrôle des ressources naturelles garantit la stabilité régionale.

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Pétrole : cette entreprise française présente au Venezuela qui profite du coup de force de Trump

Pour Donald Trump, cette stratégie permet de décorréler le prix de l’énergie des aléas du Moyen-Orient. En « internalisant » le Venezuela dans sa sphère d’influence, Washington s’assure un plafond permanent sur les cours mondiaux du brut. Cette offensive fragilise par extension les économies rentières adverses, notamment l’Iran et la Russie, tout en évinçant la Chine. Pékin, premier créancier du pays avant 2025, perd ses gages pétroliers, créant un précédent pour ses investissements mondiaux.

Le « vol » des nationalisations
L’intervention actuelle vise à solder un contentieux historique ouvert en 1976 par la première grande nationalisation des actifs d’ExxonMobil, Shell et Chevron. À l’époque, Caracas avait pris la tête de l’Opep pour instaurer un « nouvel ordre économique ». Ce mouvement a culminé sous l’ère Chávez avec les expropriations de 2007. Donald Trump, qui voit dans ces actes un « vol » pur et simple, entend restaurer les conditions de profitabilité des années 1950. À cette époque, l’extractivisme était tel que les profits des majors américaines au Venezuela égalaient ceux réalisés dans toute l’Europe et le reste de l’Amérique latine réunis. L’objectif est clair : capter une manne potentielle estimée entre 100 et 150 milliards de dollars par an, soit l’équivalent des profits d’Aramco.

Le dilemme de Doral et le contrôle migratoire

À Miami, le quartier de Doral voit en Rubio le « général de la Reconstruction ». Fils d’immigrés cubains, sa légitimité auprès de la diaspora est forte, mais elle se heurte déjà à la realpolitik. Rubio suggère désormais que le pays est « sûr », une déclaration qui fait peser une menace directe sur le statut de protection des réfugiés vénézuéliens aux États-Unis.

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L’administration américaine semble prête à composer avec certains éléments de l’ancien appareil d’État pour assurer la transition, au détriment parfois des figures de l’opposition comme María Corina Machado. La condition imposée par le « vice-roi » est non négociable : l’arrêt immédiat de l’approvisionnement en pétrole vers La Havane et Téhéran. La priorité reste la sécurité des pipelines pour garantir la rentabilité des investissements américains.

Un choc de compétitivité pour l’industrie européenne

L’intégration forcée du Venezuela dans l’orbite de Washington redéfinit les conditions de l’accès aux matières premières mondiales. Pour les industries européennes, déjà fragilisées par les prix de l’énergie, ce virage est brutal. Si les majors américaines comme Exxon et Chevron disposent des brevets et de la logistique pour relancer une production de 2,5 millions de barils par jour d’ici 2028, l’Europe se retrouve dans une position de dépendance accrue.

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Fer, or, coltan, bauxite… ces autres matières premières du Venezuela qui suscitent la convoitise

Le « corollaire Trump » transforme l’économie mondiale en un champ de bataille pour la sécurité des ressources. Sans réponse européenne coordonnée, le droit international des affaires s’efface devant la diplomatie de la force, réduisant les puissances dépourvues de zones d’influence au rôle de spectatrices d’un affrontement dont elles paieront le prix fort.

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