Le site envisagé par Emme pour implanter la raffinerie de cobalt et de nickel est une parcelle de 32 hectares d’espaces naturels et agricoles dont seulement 5 hectares ont été aménagés pour des activités portuaires il y a une dizaine d’années (à gauche...
Le projet de raffinerie de nickel et de cobalt prévu au nord de Bordeaux par l’entreprise EMME fait l’objet d’un recours contentieux au Conseil d’État. Les opposants contestent l’intérêt national majeur de ce projet d’usine classée Seveso en zone inondable et qui vient de faire l’objet d’un avis défavorable sur le plan environnemental.
C’est un projet industriel de grande ampleur présenté par l’État comme l’un des jalons de la longue quête de la France vers davantage d’autonomie en matière de métaux stratégiques. Moyennant 530 millions d’euros, le projet EMME (Electro mobility materials Europe) vise à installer à Parempuyre, dix kilomètres au nord de Bordeaux, une installation industrielle classée Seveso seuil haut capable de raffiner des milliers de tonnes de cobalt et de nickel. L’enjeu est d’alimenter le marché européen des batteries électriques.
Le 5 septembre dernier, ce projet a été décrétéd’intérêt national majeur par le gouvernement, ce qui autorise le porteur de projet et les services de l’État à déroger, si nécessaire, aux réglementations locales en matière d’urbanisme, d’environnement et d’espèces protégées. Mais l’implantation du projet EMME dans une zone agricole inondable le long de l’estuaire de la Gironde n’est pas du goût des riverains ni des associations de défense de l’environnement. La Sepanso Gironde et dix particuliers et agriculteurs ont ainsi déposé le 5 novembre un recours en annulation du décret du 5 septembre qu’ils estiment « entaché d’irrégularités majeures ».
« Ce décret est un colosse aux pieds d’argile »
« L’État peut se tromper et il s’est trompé dans ce dossier : ce décret est un colosse aux pieds d’argile », assure maître Olivier Chambord, l’avocat des requérants. Ces derniers contestent « l’intégralité de ce qui figure dans le décret et en premier lieu son caractère stratégique pour la souveraineté nationale ». Ils pointent l’absence de garanties sur le caractère souverain de cette activité tant pour l’approvisionnement en amont, qui devrait se faire principalement en Indonésie, que pour les débouchés commerciaux en aval puisque aucun constructeur européen de batteries ne soutient le projet à ce jour. Sans compter que l’entreprise EMME, domiciliée à Bordeaux, est une filiale à 100 % d’une holding suisse.
Mais ils soulignent également ce qui ne figure pas dans le texte : « Le risque inondation y est délibérément passé sous silence alors que la parcelle est située en zone inondable et soumise auplan de prévention du risque inondation », pointe Florence Bougault, administratrice de la Sepanso 33. « Il est interdit d’y construire ne serait-ce qu’un cabanon ! », prolonge l’avocat.
Avis défavorable du CNPN Le Conseil national de protection de la nature (CNPN) a rendu, le 8 octobre dernier, un avis défavorable à la demande de EMME de déroger à la règlementation relative aux espèces protégées, dont 25 sont dénombrées sur le site envisagé. Cette demande « nécessite des améliorations substantielles et des compléments sur des éléments fondamentaux », écrit le CNPN, chargé de rendre des avis consultatifs en matière de biodiversité. Il invite l’entreprise à revoir sa méthodologie de mesure des impacts et des compensations qu’il qualifie de « lacunaire », « incomplète et parfois erronée ».
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En plus d’être au bord de l’estuaire de la Gironde, l’usine, classée Seveso seuil haut, serait également située à une poignée de kilomètres de la ville de Parempuyre (11 500 habitants). « Or, la question du risque pour l’environnement ou les populations n’est absolument pas gérée. On nous promet juste qu’il n’y aura pas d’accident alors que le sulfate de nickel et de cobalt sont des substances ultra-toxiques solubles dans l’eau immédiatement », s’étrangle Florence Bougault.
Des élus locaux très réservés
Dans les faits, le décret du 5 septembre permet aux services de l’État de prendre la main sur l’instruction et la délivrance des autorisations d’urbanisme. Il peut ainsi passer outre d’éventuelles oppositions des communes concernées. Ces dernières ont délibéré ces dernières semaines. Deux d’entre elles - Saint-Louis-de-Montferrand et Ludon-Médoc - ont voté contre le projet tandis que Bordeaux Métropole, Bordeaux, Parempuyre, Blanquefort et Ambarès ont formulé des demandes circonstanciées de garanties complémentaires. Il y est notamment question du risque inondation, de la protection des populations et de l’environnement et des mesures de compensation environnementale.
Des exigences qui devraient vraisemblablement se renforcer à l’approche des élections municipales de mars prochain. Outre ce recours, les opposants annoncent qu’ils contesteront les différentes délibérations et autorisations urbanistiques et environnementales liées au projet. Sollicitée par La Tribune, l’entreprise EMME n’a pas souhaité s’exprimer.