Arabie saoudite : « Les métaux sont le nouveau pétrole », selon le vice-ministre des mines

Turki A. Al Babtain, a travaillé 20 ans comme ingénieur avant sa nomination comme vice-ministre du développement minier.
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Turki A. Al Babtain, a travaillé 20 ans comme ingénieur avant sa nomination comme vice-ministre du développement minier.
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Cette année, le sommet diplomatique du Paris Peace Forum a réuni plus de 3 000 participants parmi lesquels des chefs d’État et de gouvernement, des ONG et des entreprises. Le thème de cette édition 2025 appelait à de « nouvelles coalitions pour la paix, les peuples et la planète » et approfondissait la question des enjeux miniers. À cette occasion, le vice-ministre du Développement minier d’Arabie saoudite, Turki A. Al-Babtain, était présent au Trocadéro. Ingénieur de formation, formé chez Saudi Aramco, il a rejoint le ministère en 2020, alors que le royaume pétrolier développe rapidement ses capacités minières et industrielles. Pour La Tribune, il revient sur la grande ambition saoudienne en matière de minéraux.
LA TRIBUNE. Le ministre Al-Mudaifer a récemment déclaré que l’Arabie saoudite « est en train de devenir un pôle mondial pour les minéraux ». Comment définissez-vous concrètement cette ambition ?
TURKI A. AL-BABTAIN. Dans le cadre du plan Vision 2030 de l’Arabie saoudite, notre secteur minier et métallurgique devient progressivement le troisième pilier de l’économie nationale. Pour vous donner une idée de nos objectifs, nous prévoyons de doubler la contribution du secteur minier au PIB, qui s’élevait à environ 36 milliards de dollars en 2024. Parmi nos principales réformes figure la refonte de la loi sur les investissements miniers, qui simplifie les procédures d’octroi de licences et d’autorisations. Nous avons également lancé une base de données géologique nationale, offrant aux investisseurs l’accès à 80 années de données géologiques historiques, et menons, en parallèle, l’une des plus vastes campagnes géophysiques et géochimiques au monde. Cette dernière couvre 700 000 km2 du Bouclier arabique [situé sur les rivages de la mer Rouge]. Environ 80 % de cette étude est désormais achevée et publiée pour les investisseurs et les explorateurs.
Quels types de gisements ont fait l’objet d’actualisation ou de découvertes ?
L’Arabie saoudite possède une gamme vaste et diversifiée de ressources minérales. Les données géologiques recensent plus de 48 types de minéraux, parmi lesquels les plus prioritaires sont l’or, le cuivre, le zinc, le phosphate, les terres rares ainsi que la bauxite. Le potentiel minéral total estimé du royaume, d’après les études et relevés récents, s’élève à environ 2 500 milliards de dollars. L’Arabie saoudite ayant mis la priorité sur des secteurs tels que l’automobile, les énergies renouvelables, l’industrie militaire, la machinerie et la transformation alimentaire, la demande en minéraux dans le royaume devrait croître fortement. Notre stratégie consiste donc à préparer le marché local pour répondre à cette demande croissante, tout en garantissant la résilience des chaînes d’approvisionnement pour les minéraux non disponibles sur le territoire.
Le phosphate semble également occuper une place particulière dans la stratégie saoudienne ?
Le phosphate est très important. L’Arabie saoudite dispose déjà de l’une des plus grandes industries d’engrais phosphatés au monde et en est le deuxième exportateur mondial. Nous prévoyons de tripler nos capacités d’ici à 2040, passant de 6 à environ 18 millions de tonnes, ce qui est crucial pour la sécurité alimentaire mondiale.
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Vous menez, parallèlement à l’extraction, de grands projets industriels. L’objectif est-il de couvrir toute la chaîne de valeur ?
Oui, depuis la bauxite jusqu’aux feuilles d’aluminium finies. L’un des principaux succès est que les grands constructeurs automobiles européens ont adopté l’aluminium saoudien dans leur production. De même pour le titane dans l’aéronautique. En Arabie saoudite, nous avons déjà construit de grandes zones industrielles spécifiquement consacrées au traitement des minéraux. Par exemple, la cité industrielle de Ras Al-Khair, sur la côte Est, est l’une des plus vastes. Nous y avons mis en place une chaîne de valeur intégrée complète pour l’aluminium, depuis l’extraction de la bauxite jusqu’au raffinage de l’alumine, à la fonderie, puis au laminage.
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La question des ressources humaines est un enjeu pour beaucoup de pays. misez-vous sur l’attraction d’experts internationaux ou sur la formation de talents locaux ?
Les deux. Le secteur minier est assez particulier : il existe une pénurie mondiale de professionnels qualifiés, et une grande partie de cette main-d’œuvre est vieillissante. Nous adoptons donc une approche duale : attirer des experts internationaux tout en transférant leurs connaissances et en développant nos propres compétences locales au sein du royaume. Nos décennies d’expérience dans le pétrole, le gaz, la pétrochimie et la chimie nous donnent une base très solide. Ces industries nous apportent un avantage considérable pour développer le potentiel minier, car elles mobilisent des compétences d’ingénierie, de logistique et techniques similaires. Nous renforçons nos efforts de formation et de développement des compétences à travers plusieurs programmes académiques et professionnels. Par exemple, nous avons lancé un programme de sciences et d’ingénierie minières à la King Fahd University of Petroleum and Minerals, l’une de nos institutions les plus prestigieuses, afin de former la nouvelle génération de géologues et d’ingénieurs miniers. Nous disposons également du Saudi Mining Polytechnic, qui rencontre un grand succès et diplôme chaque année des centaines d’étudiants.
Où en est le projet de Bourse saoudienne des métaux ?
La Bourse des matières premières, ou Bourse des métaux, fait partie des initiatives à fort potentiel que nous étudions. Le projet est encore en phase de conception, mais nous voyons un fort avantage compétitif pour l’Arabie saoudite à introduire un nouveau modèle innovant de commerce de matières premières, fondé sur la stabilité, la transparence et la confiance des investisseurs.
Le développement durable et l’acceptabilité sont-ils des critères importants pour le royaume ?
Bien sûr. Nous intégrons la responsabilité et la durabilité à toutes les étapes du développement, de l’exploration à l’extraction, jusqu’au traitement des minerais. Par exemple, notre nouvelle loi sur l’investissement minier impose des normes ESG strictes, rend obligatoire la concertation avec les communautés locales et exige une réhabilitation environnementale complète de la part de chaque investisseur, aussi bien pour l’exploration que pour l’exploitation et le raffinage.
Le royaume met également en œuvre plusieurs programmes de décarbonation et de réduction de l’empreinte carbone. L’ensemble de ces initiatives contribue à assurer la durabilité à long terme du secteur minier et métallurgique.
L’ensemble de ces efforts et évolutions récentes sont-ils le signe d’une volonté de l’Arabie saoudite de ne pas compter que sur le gaz et le pétrole ?
L’un des objectifs principaux du développement du secteur minier, et de la Vision 2030 dans son ensemble, est de diversifier notre économie au-delà du pétrole et du gaz. Nous pensons que le secteur minier sera un moteur clé de cette diversification. Pour vous donner une idée de nos objectifs : nous prévoyons de doubler la contribution du secteur minier au PIB, en passant d’environ 36 milliards de dollars aujourd’hui à 75 milliards d’ici à 2035. Cela revient pratiquement à doubler le PIB du secteur. Environ 70 % à 80 % de cette croissance devraient provenir du traitement des minerais, à la fois intermédiaire et en aval.
Iriez-vous jusqu’à dire que le métal est le nouveau pétrole ?
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Oui, je le pense. Les métaux sont en effet le nouveau pétrole, non pas au sens fiscal, mais en tant que moteur de diversification économique. Nous considérons le secteur minier en Arabie saoudite non pas simplement comme une source de revenus, mais comme un levier stratégique de développement économique et industriel.