La revalorisation des consultations médicales a produit des bénéfices inédits
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Un médecin prend la tension artérielle d’un patient lors d’une consultation, à Laval.
FW1/Tim Heritage - REUTERS - STEPHANE MAHE
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Un médecin prend la tension artérielle d’un patient lors d’une consultation, à Laval.
FW1/Tim Heritage - REUTERS - STEPHANE MAHE
Le « pacte conventionnel » entre l’Assurance Maladie et les médecins libéraux connaît une tension maximale. D’un côté, les syndicats dénoncent une « trahison » et une « rupture » après le report d’une partie des augmentations tarifaires initialement prévues pour juillet 2025. Ces revalorisations des consultations sont jugées indispensables pour compenser l’inflation, l’augmentation des charges et relancer l’attractivité de spécialités en crise comme la psychiatrie, la pédiatrie et la gériatrie. De l’autre, l’État se trouve acculé par la dérive des comptes sociaux, avec un déficit de l’Assurance Maladie attendu entre 22 et 23 milliards d’euros pour 2025, qui contraint à des mesures de contrôle budgétaire drastiques et au report des hausses à janvier 2026.
Dans ce contexte de bras de fer financier, une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) sur les effets de la revalorisation de 2017 offre des pistes de réflexion. En évaluant le passage du tarif de consultation de 23 à 25 euros pour le secteur 1 (soit une hausse de 8,7 %), Philippe Choné, professeur à l’Ensae Paris et chercheur au Crest, et Lionel Wilner, chercheur au Crest, démontrent que l’augmentation des honoraires est un levier de politique publique efficace, dont les effets sur l’offre de soins et le contrôle des dépenses sont tangibles.
L’idée selon laquelle les médecins libéraux réagiraient faiblement ou négativement à une augmentation tarifaire est mise à mal par les faits. La revalorisation de 2017 a provoqué un bond de l’activité des généralistes en secteur 1, augmentant de 7 à 10,1 % par rapport aux groupes de contrôle (spécialistes en accès direct et généralistes en secteur 2).
Ce résultat montre qu'une hausse de 1 % des honoraires se traduit par une hausse de 1 % de l’activité. Ce chiffre est un indicateur fondamental pour les négociations conventionnelles. Il garantit à l’Assurance Maladie que l’argent investi dans la revalorisation se traduira par un volume de soins supplémentaire, une donnée essentielle pour la couverture médicale du territoire.
Mais la réponse à l’incitation financière est loin d’être homogène. L’impact de la revalorisation est deux fois plus marqué pour la génération la plus jeune de généralistes. Les médecins de 30 à 39 ans ont augmenté leur activité de près de 20 % après la réforme.
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Cette forte réactivité s’explique par l’effet de substitution : pour les jeunes praticiens, l’attrait d’une rémunération plus importante pour un même temps de travail – ou l’incitation à travailler plus pour atteindre un niveau de revenu désiré – l’emporte sur l’effet revenu. Ce dernier, qui permet aux médecins plus âgés de travailler moins pour un revenu stable, limite l’impact de la hausse chez les praticiens de 60 à 69 ans, pour qui l’activité n’a que très faiblement progressé.
Pour l’État, c'est un enseignement : pour résoudre la crise de l’attractivité et la raréfaction des soins, la revalorisation doit être ciblée et accentuée sur les débuts de carrière. C’est la voie la plus directe pour obtenir un retour sur investissement maximal en termes d’heures de travail effectives.
La hausse de l’activité n’a pas conduit à une dérive des pratiques médicales. La quasi-totalité de l’effet volume provient d’un élargissement de la patientèle : le nombre de patients vus par mois a augmenté de 11,1 % en moyenne. Inversement, la fréquence à laquelle les patients se rendent chez leur médecin n’a progressé que de 0,2 %.
La revalorisation de l’acte a donc agi comme un puissant outil d’amélioration de l’accès aux soins. Les généralistes ont absorbé cet afflux en augmentant à la fois le nombre de jours travaillés par mois (+4 %) et leur intensité quotidienne, en voyant 5 % de patients en plus par jour. L’augmentation des honoraires finance l’accès pour de nouveaux patients, sans entraîner une inflation des actes chez les patients déjà suivis. La mesure est une réponse directe à l’objectif d’augmenter le nombre d’inscriptions de médecin traitant, qui a progressé d’environ 4 %.
L’analyse de l’IPP révèle un bénéfice budgétaire inattendu et majeur pour l’Assurance Maladie : la modération des prescriptions. La revalorisation des consultations a entraîné une réduction moyenne des remboursements de médicaments par patient de l’ordre de 4,5 %.
Ce changement comportemental est crucial. Il permet de rééquilibrer le budget de la Sécurité sociale en transformant le coût de l’acte en économie de produit. Les baisses de prescription sont particulièrement significatives sur des postes de dépenses sensibles : les antibiotiques chutent de 8,8 %, les opiacés de 3,7 % et les antidépresseurs de 3,2 % par patient. Que cette modération soit le fait d’une patientèle rajeunie et en meilleure santé, ou d’un changement de comportement éthique des praticiens mieux rémunérés, elle représente un puissant contrepoids budgétaire.
Le coût mécanique initial de la mesure (2 euros multipliés par 250 millions de consultations) était estimé à 500 millions d’euros par an. Mais grâce à cette modération et malgré l’augmentation du volume d’activité, le surcoût final pour l’Assurance Maladie s’est établi à environ 400 millions d’euros. L’investissement initial a été partiellement autofinancé par les économies générées sur les postes de dépenses les plus lourds. La leçon est claire : face au déficit, l’État ne peut plus considérer la revalorisation des consultations comme une perte sèche. Elle est, au contraire, une variable d’ajustement intelligente pour la maîtrise des dépenses globales de santé.
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