Filière solaire : « Nous vivons une crise massive ! »

La 3e édition du Solar Summit organisée par La Tribune à Bordeaux le jeudi 21 mai 2026.
Quentin Salinier

La 3e édition du Solar Summit organisée par La Tribune à Bordeaux le jeudi 21 mai 2026.
Quentin Salinier
La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) a été publiée en février avec deux ans de retard. Une étape d’abord vécue comme un « soulagement », admet Marie Bové, responsable des relations institutionnelles du développeur girondin Valorem, car « la PPE donne une feuille de route ». Mais « elle ne comprend pas d’obligation de résultat. C’est un décret et non une loi, qui, dans la hiérarchie des textes, reste fragile », embraye-t-elle aussitôt avant de faire tomber le couperet : « La PPE organise le manque de visibilité. Au lieu de fixer un cap, elle crée une éclipse solaire sur toute la filière. »
La clause de revoyure prévue en 2027 a du mal à passer. « C’est aussi ridicule que de dire je vais de Paris à Lyon mais à partir de Melun, je verrai si je ne fais pas demi-tour ! », grince Pierre Jérémie, directeur d’investissements chez Hy24 et expert associé à l’Institut Montaigne.
Mais c’est surtout l’ambition affichée de 48 GW (gigawatts) à horizon 2030 qui est remise en cause. Alors que la France compte déjà 30 GW installés auxquels il faut ajouter 10 GW de projets autorisés, avec un raccordement déjà prévu et un tarif. Au final, « il ne reste que 8 GW sur quatre ans alors que l'Espagne voisine déploie 15 GW en une seule année », cingle Marie Bové. « Notre marché est divisé par deux, donc nous vivons une crise, et elle est massive », abonde William Arkwright, porte-parole d’Engie.
Dans ce contexte, le risque est grand de nourrir une concurrence entre les projets et entre les opérateurs qui défendent des modèles différents mais complémentaires. Ainsi, quand la directrice générale de Bordeaux Métropole Energies plaide en faveur de projets modestes mais indispensables à l'économie locale, Engie assume de se focaliser sur des projets plus gros pour être compétitif. « Un appel d’offres solaire neutre mettrait en concurrence toutes les familles du solaire », alerte William Arkwright.
Or, il y a déjà « beaucoup d’incertitudes et des ventes de portefeuilles. Les plans sociaux s’enchainent », témoigne Marie Bové. Mais compte tenu de la fragmentation de la filière, « ces licenciements sont moins visibles qu’une fermeture d’usine. » À l’approche de l’annonce des charges de service public de l'énergie (CSPE), cet été, William Arkwright est par ailleurs particulièrement inquiet. « Les prix baissent, donc l’écart à combler pour les finances publiques va augmenter à un moment où on est en trop-plein d'électricité. Notre famille va vivre un très mauvais moment », prédit-il.
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Pour survivre, tous s’accordent sur un point : la filière doit muter. Ainsi, le solaire devra être systématiquement couplé à la batterie. « Le stockage batterie permet d’écrêter pour éviter de saturer le réseau à la mi-journée », explique Marie Bové, qui plaide aussi pour une optimisation des raccordements. « Pour un parc de 10 MW (mégawatts), l’idée serait de demander 5 MW en raccordement et de stocker 5 MW à côté. »
Pour William Arkwright, il faut aussi « passer à 100 % au solaire piloté seconde génération pour pouvoir arrêter et réenclencher les parcs » et inciter les consommateurs à déplacer leur consommation vers les heures où le solaire produit pour Pierre Jérémie. Car « s'il y a la part du producteur, n’oublions pas la part du réseau et la part de l’usage », insiste Audrey Dugal, directrice générale de Bordeaux Métropole Energies.
Et de conclure sur une note un peu moins pessimiste qu’en début de table ronde. « Nous n’en sommes pas au premier moratoire ou coup d’arrêt, c’est une nouvelle étape », tempère William Arkwright. « Si le marché est divisé par deux, le législateur a estimé qu’il ne fallait pas totalement casser cette filière. Ce n’est donc ni noir ni blanc, mais plutôt grisouille. »
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Quant à Pierre Jérémie, il estime qu’il faut tourner la page de la PPE3 et se tourner vers la prochaine. « Le rapport Futurs énergétiques de RTE, qui étudie les scénarios de production et de consommation électriques, sera révisé à la fin de l'année. C'est un moment absolument majeur », fait-il valoir.