OPINION. « La French Tech se joue aussi au coin de la rue », par Alexandre Fretti, directeur général d’Orisha

Alexandre Fretti, PDG d’Orisha.
LTD/Gabriel GORGI

Alexandre Fretti, PDG d’Orisha.
LTD/Gabriel GORGI
Nos petits commerces n’ont jamais été aussi indispensables… et aussi fragiles. Dans un village, une petite ville, un quartier, ce sont bien plus que des points de vente. Ce sont des lieux de vie, de lien, d’entraide. Neuf Français sur dix y passent régulièrement, souvent sans mesurer que derrière chaque caisse, chaque service rendu, se joue une bataille pour leur survie.
Car ces commerces sont pris dans une transformation profonde. Chez les buralistes, le tabac ne pèse plus que 45 % de l’activité, contre 90 % autrefois. Pour durer, ils se diversifient et deviennent des hubs de services : colis, transferts d’argent, comptes bancaires, jeux. Les boulangers affrontent l’inflation et la concurrence industrielle. Les supérettes de quartier subissent la pression des géants de la distribution et du e-commerce. Beaucoup ferment, faute d’avoir trouvé comment se réinventer.
La réponse existe : la technologie. Pas la tech qu’on célèbre pour ses levées de fonds spectaculaires ou ses licornes parisiennes valorisées à plusieurs milliards. Une autre : la tech invisible. Celle qui ne se voit pas mais qui change tout. Une caisse modernisée qui fluidifie la gestion. Une application qui simplifie le suivi des colis. Une plateforme bancaire qui transforme un bureau de tabac en guichet de proximité. Un outil logistique qui évite les rayons vides.
Cette « petite tech » est en réalité une grande révolution silencieuse. Elle n’est pas faite pour séduire, mais pour durer. Et grâce à elle, des milliers de commerces survivent, des emplois sont sauvegardés, et des millions de Français trouvent au coin de leur rue des services essentiels.
La transformation technologique des commerces de proximité n’est plus une option. C’est une nécessité économique, sociale et territoriale. Sans elle, des villages perdront leur dernier service, des quartiers leur dernier repère, et la fracture territoriale s’aggravera encore.
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C’est aussi cela, « La French Tech ». On l’assimile souvent à des start-up ambitieuses qui inventent de nouveaux usages et placent la France dans la compétition mondiale, notamment dans l’intelligence artificielle. Mais « La French Tech », c’est aussi celle, plus discrète mais tout aussi décisive, qui irrigue nos territoires et soutient le quotidien de millions de Français. Ces deux forces ne s’opposent pas, elles se complètent.
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Ensemble, elles redonnent son vrai sens à l’innovation : être utile, partout, pour tous. Voilà pourquoi il faut soutenir, financer et accélérer la numérisation des commerces de proximité. Parce qu’il n’y aura pas de vitalité économique sans vitalité territoriale. Parce que l’avenir de la French Tech se joue autant dans les laboratoires d’IA que derrière le comptoir d’une supérette. Et si la vraie fierté française n’était pas seulement nos start-up aux valorisations records, mais aussi cette révolution invisible qui, chaque jour, maintient en vie nos commerces, nos quartiers et nos vies locales ?