Gérard Jugnot : « En regardant récemment Le père Noël est une ordure avec Thierry Lhermite, on s’est demandé : “Mais comment a-t-on pu écrire des horreurs pareilles ? ” »
ENTRETIEN – Le comédien de 74 ans, pilier de la bande du Splendid, a très tôt trouvé le remède à la mélancolie : provoquer les rires, la joie, nourrir l’amitié, et garder la moustache. Surtout la moustache.
Une poignée de main et tout est dit : Jugnot, simple type. Un grand bavard qui parle à voix basse, comme pour s’excuser d’occuper l’espace. Il ressemble à un gosse lorsqu’il raconte l’argument de son treizième long-métrage, Mauvaise Pioche, inspiré du fait divers de cet homme confondu par erreur avec Xavier Dupont de Ligonnès.
Dans chacun de ses films, le petit-fils de boucher déclare son amour pour les gens ordinaires à qui il arrive des choses extraordinaires. Une manière aussi de prouver à son père, entrepreneur en bâtiment, que « monsieur personne » peut un jour devenir « monsieur quelqu’un ».
Au ciné, il est Bernard, Felix, Adolfo Ramirez… Dans la vie, c’est un angoissé qui se soigne à la comédie et au sport. « On me voit comme un gros lourdaud, mais j’ai pratiqué le hockey sur gazon, le rugby… ». À 74 ans, son corps préfère désormais plutôt le Pilates et la natation. « Excessif de la modération », sourit-il. Et chou comme un doubitchou roulé à la main… Si fin qu’on en mangerait sans faim.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Vous aimez mettre en lumière les gens ordinaires, les laissés-pour-contre. Parce que vous avez longtemps eu l’impression d’en être un ? GÉRARD JUGNOT – C’est un peu l’histoire de ma vie. Celle du mec normal, d’une timidité maladive, qui avant d’être un peu connu entrait dans un restaurant avec ce sentiment d’invisibilité. Aujourd’hui, je suis étonné lorsque l’on ne me reconnaît pas ! [Rires.] D’ailleurs, mon fils Arthur a longtemps cru que tout le monde était gentil : Il ne voyait que des sourires sur les visages des gens que nous croisions.
Contrairement à l’homme qui a été confondu avec Xavier Dupont de Ligonnès, vous avez cherché la notoriété ! Absolument. J’étais un enfant qui bégayait, accroché aux jupons de sa mère et qui s’évadait dans un monde imaginaire. Celui d’un petit bonhomme qui deviendrait un grand bonhomme. Je ne peux pas dire que mon enfance était malheureuse, mais elle manquait de folie. Mon père dirigeait une petite entreprise de plomberie. Nous mangions tous les quatre avec ma grande sœur à heures fixes, partions en vacances en Bretagne… Puis à 12 ans, en rencontrant Christian [Clavier] et Michel [Blanc] au collège Pasteur de Neuilly, j’ai commencé à fuir ce quotidien un peu tristounet pour m’émanciper et m’ouvrir culturellement.
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