« Deux Pianos », « Chien 51 »… Notre sélection cinéma de la semaine

Voici notre sélection cinéma de la semaine
LTD/Emmanuelle Firman/Why Not Productions ; ©Jean-Luc Mege ; ©Chi-Fou-Mi Productions

Voici notre sélection cinéma de la semaine
LTD/Emmanuelle Firman/Why Not Productions ; ©Jean-Luc Mege ; ©Chi-Fou-Mi Productions

Mathias Vogler, Elena Auden et Claude Solal sont les trois personnages principaux du nouveau film d’Arnaud Desplechin. Le premier, interprété par François Civil, est un jeune pianiste virtuose de retour à Lyon, sa ville natale. La deuxième (Charlotte Rampling) est son mentor vieillissant mais autoritaire et qui le veut à ses côtés. La troisième (Nadia Tereszkiewicz) est une ancienne compagne du premier, mère d’un enfant qui lui ressemble…
Chez Desplechin, comme chez son maître François Truffaut, les noms propres ne sont jamais innocents. Ceux de Deux Pianos ne dérogent pas à cette règle souterraine. Ici, et pour ne prendre que ces exemples, le héros se prénomme Mathias, ce qui signifie « don de Dieu ». Auden est le nom d’un poète américain que ne peut ignorer l’amoureux de littérature qu’est Arnaud Desplechin.
Quant à la jeune héroïne, elle arbore un prénom récurrent chez Truffaut. Ainsi va le cinéma de Desplechin depuis son origine, celui d’un réalisateur cinéphile et amoureux des livres qui brasse les cultures française, britannique et américaine avec un brio inégalable.
On sait que l’auteur des Fantômes d’Ismaël est passionné par ces figures de revenants et ces effluves de passés qui passent plus ou moins bien. Avec ce nouveau film dont l’unique toile de fond est Lyon (comme par hasard, la ville où se déroulait Un revenant avec Louis Jouvet…), le cinéaste explore dans une nouvelle et séduisante variation les méandres de la mémoire.
Tandis que Mathias doit se confronter à ses souvenirs d’amant jaloux, Elena, grande pianiste tendance Martha Argerich, fait face aux ravages du temps qui passe. Le tout sur fond de musique classique jouée par des interprètes hors norme : on y entend Debussy et Bartók, Bach et Chopin. Accords sublimes et dissonances volontaires parcourent ainsi cette histoire fiévreuse au centre de laquelle se tient également un enfant dont on se gardera bien de dévoiler ici le rôle qu’il joue entre les différentes protagonistes.
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L’ultime atout de ce film réussi réside assurément dans son casting étonnant et détonnant. Certes, Charlotte Rampling est comme toujours à son meilleur, dans un rôle rugueux, âpre et terriblement émouvant à la fois. Ses répliques cinglent comme des coups de fouet tandis que son esprit chavire. L’autre partition féminine du film est, elle, conduite avec une infinie délicatesse par une Nadia Tereskiewicz parfaite en incarnation du remords, le sien autant que celui de son amant d’antan.
Enfin, et c’est l’absolue et réjouissante surprise du film, François Civil brise enfin et paradoxalement l’armure en incarnant un homme blessé, un ange déchu, un solitaire en exil intérieur. Bien loin de la plupart de ses rôles précédents, il livre devant et pour la caméra de Desplechin sa « part féminine ». Avec lui, Deux Pianos prend définitivement son envol.

Après les succès Bac Nord (2021) et Novembre (2022), Cédric Jimenez, spécialiste du cinéma d’action français à gros budget, réalise avec Chien 51 un nouveau film à grand spectacle. Mais cette fois-ci, le fait divers ou le terrorisme laisse place à la dystopie d’un avenir proche et à peine fantasmé que le réalisateur préfère qualifier de « présent augmenté ».
Dans un Paris divisé socialement en trois zones exclusives, Zem (Gilles Lellouche), flic en bout de course de la plébéienne Zone 3, et Salia (Adèle Exarchopoulos), gradée de la Zone 2, plus privilégiée, font équipe pour élucider un meurtre survenu en Zone 1 (l’élite). L’enjeu est majeur : la victime n’est autre que le créateur d’Alma, l’IA toute-puissante qui surveille la population et régit son quotidien à coups de drones militarisés.
Du roman de Laurent Gaudé (Actes Sud, 2022), où on voyage dans le passé par le biais de drogues hallucinogènes, Cédric Jimenez ne garde que le temps présent, déplace son décor de la Grèce à Paris et y invente une IA absente du roman. Avec son futurisme « réel » exploré par des plans-séquences suffocants, nul besoin d’exposer ce monde pour le reconnaître et le rendre instantanément immersif. Réduite au minimum, l’intrigue se fait prétexte au traitement de la relation entre Zem et Salia, policiers abîmés d’autant plus captivants qu’ils sont incarnés par les stars Adèle Exarchopoulos et Gilles Lellouche. Et surtout, elle se fait prétexte à une action explosive et continue.
Aux protagonistes comme aux spectateurs de Chien 51, saisis par l’urgence de la mise en scène, pas une seconde de répit n’est accordée. Cédric Jimenez assume fièrement ses inspirations prestigieuses puisées dans le cinéma américain : « J’ai pensé aux Fils de l’homme [d’Alfonso Cuarón] et à Minority Report [de Steven Spielberg], le premier pour sa direction artistique, sa société très proche de la nôtre où le futur ressemble au présent, et le second pour son côté thriller, un polar avec un discours de fond, mais aussi et surtout un vrai plaisir de cinéma, une expérience forte et intense où on vit le monde et l’intrigue en même temps que les personnages. J’essaie donc de rester à leur hauteur, en temps réel, sans casser les points de vue pour garder la frénésie de cette course contre la montre. »
Présenté en clôture de la 82e Mostra de Venise, ce blockbuster à la française affiche un casting royal – Louis Garrel, Romain Duris, Artus, Valeria Bruni Tedeschi… – et un budget de 42 millions d’euros. Cédric Jimenez a-t-il la pression du résultat, lui qui a respectivement assuré 2,2 et 2,4 millions d’entrées avec Bac Nord et Novembre ? « Une pression ? Non, c’est un devoir. Le cinéma français se doit de proposer ce genre de films, pas seulement le cinéma américain. On l’a vu avec Le Comte de Monte-Cristo. Donner du plaisir au public et l’envie de revenir en salles, c’est le plus important. »
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Peu d’ellipses et de contemplation dans ce pur thriller. Les lecteurs du roman le reconnaîtront peu et les spectateurs noteront les raccourcis brutaux d’un scénario précipité à l’essentiel. Le prix à payer pour que la mécanique frénétique du film ne s’enraie pas, condition sine qua non de son efficacité ? Quant à l’IA, Cédric Jimenez l’érige ici en figure antagoniste impérieuse et quasi divine. « Ce qui est vertigineux dans l’IA, c’est sa puissance considérable. Comme tous les outils puissants, tout dépend de l’utilisation qu’on en fait. »

Lidia a grandi avec sa sœur dans une famille ravagée par la violence paternelle et l’alcoolisme maternel. Paumée et marquée par cette enfance, elle parvient à fuir sa famille et cherche comme elle peut sa voie et sa place dans l’existence, sur le fil, passant par toutes les expériences. C’est en rentrant à l’université qu’elle trouve refuge dans la littérature...
The Chronology of Water n’est pas un film « confortable » : sonorités décuplée, voix off, récit non linéaire, personnages décalés et provocateurs… Kristen Stewart met littéralement le spectateur dans la peau de son héroïne et la suit dans toutes les étapes de sa vie, pour qu’il ressente presque dans son corps ce qu’être une femme signifie vraiment.
Adapté du best-seller autobiographique de l’ancienne nageuse Lidia Yuknavitch, La mécanique des fluides, l’histoire explore la manière dont le traumatisme peut se transformer en art et matérialise cette quête initiatique à travers l’eau et ses multiples occurrences : pleurer, nager, transpirer, jouir, cracher… Un film viscéral, « arty », intense et baroque, à l’image de sa réalisatrice.
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Lyon, capitale du 7e Art
Du 11 au 19 octobre, les cinéphiles se donnent rendez-vous à Lyon pour le Festival Lumière. Pour sa 17e édition, l’événement présidé par Thierry Frémaux propose comme chaque année ses superbes versions restaurées de grands films accompagnées d’un parterre de cinéastes de premier choix.
Le 17e prix Lumière sera décerné au réalisateur américain Michael Mann (Heat, Le Dernier des Mohicans…), tandis que des invités prestigieux viendront donner des master class (Sean Penn, Natalie Portman, Dominique Blanc, John Woo, Rebecca Zlotowski, István Szabó…).
À noter dans les agendas, une soirée événement de projection des cinq épisodes de la série Astérix et Obélix – Le Combat des chefs d’Alain Chabat, en sa présence, à la halle Tony-Garnier (14 octobre) ; des avant-premières en présence des réalisateurs (Deux Pianos, d’Arnaud Desplechin, Dossier 137, de Dominik Moll, Frankenstein, de Guillermo del Toro, L’Étranger, de François Ozon…) ; une rétrospective Louis Jouvet ; des rencontres avec Michel Hazanavicius, Raphaël Quenard ou Bertrand Bonello, et l’histoire d’Anja Breien, réalisatrice phare du cinéma scandinave.
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