« Connemara » d’Alex Lutz, « Exit 8 », de Genki Kawamura, « Chroniques d’Haïfa. Histoires palestiniennes », de Scandar Copti... Nos critiques cinéma de la semaine du 1er septembre 2025.
Histoire(s) d'Epinal (4,5⭐/5)
Issue d'un milieu modeste, Hélène (Mélanie Thierry) a quitté les Vosges pour Paris. Désormais quadragénaire et après un burn-out brutal, elle revient vivre en famille sur les lieux de son enfance, entre Nancy et Epinal. Là, elle recroise Christophe Marchal (Bastien Bouillon), beau gosse et ancienne gloire locale de l'équipe de hockey, fantasme déçu de ses années lycée, qui, lui, n'a jamais quitté la région. Ils entament alors une liaison, mais leurs vies et leurs habitudes sociales, désormais différentes, pourront-elles s'accorder ?
« Connemara », d'Alex Lutz, adapté du livre de Nicolas Mathieu. Avec Mélanie Thierry, Bastien Bouillon, Jacques Gamblin, Clémentine Célarié... 1h52. Sortie le 10 septembre. (Crédits : LTD/Christophe Brachet/INCOGNITO PICTURES/SUPERMOUCHE PRODUCTION/STUDIOCANAL)
Partir, revenir, recommencer, faire le bilan... Pour son cinquième film en tant que réalisateur, Alex Lutz tire le fil de la nostalgie des années 1980-1990 chère au cinéma français actuel avec justesse et ce qu'il faut de désillusions dans le ton. Crise du milieu de vie, défaites professionnelles, premiers renoncements, flash-back vers l'adolescence, province contre Paris...
Il dresse un portrait intime d'une histoire d'amour qui parle d'une fracture sociale plus vaste, choisissant de saisir le portrait de deux France qui tentent de vivre ensemble plutôt que celui du scénario à rebondissements. Une histoire portée par des acteurs qui impressionnent, chacun dans leur partition.
Bijou d'épouvante (4⭐/5)
Exit 8 est l'adaptation réussie du jeu vidéo éponyme (2023). Après une ouverture saisissante, filmée à la première personne sur le Boléro de Ravel, le film plonge dans une station de métro tokyoïte où un jeune homme, bouleversé par l'appel interrompu de son ex-compagne qui lui apprend qu'elle est enceinte, se retrouve piégé dans un couloir infini. Pour en sortir, il doit repérer les anomalies entre deux passages : une affiche déplacée, un détail qui change, un passant trop mécanique...
« Exit 8 », de Genki Kawamura, avec Kazunari Ninomiya, Yamato Kôchi, Naru Asanuma. 1 h 35. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/Exit 8 Film Partners)
À la moindre erreur, tout recommence depuis le début. Tirant le meilleur d'un dispositif minimaliste, le réalisateur Genki Kawamura compose une épouvante plus psychologique que fantastique. Ce couloir devient la métaphore d'un esprit déboussolé, hanté par sa potentielle paternité. Deux autres personnages, eux aussi prisonniers, viennent enrichir cette quête de repères et transformer cette expérience d'angoisse en une fable sensible sur le doute, la peur, et le courage nécessaire pour les affronter.
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Il aura fallu attendre quinze ans pour retrouver le réalisateur palestinien de l'État d'Israël Scandar Copti, après son premier long-métrage remarqué Ajami. Avec Chroniques d'Haïfa - Histoires palestiniennes, il explore le quotidien d'une famille de cette minorité palestinienne à travers quatre points de vue.
« Chroniques d'Haïfa. Histoires palestiniennes », de Scandar Copti, avec Manar Shehab, Wafaa Aoun, Merav Mamorsky, Toufic Danial, Raed Burbara. 2 h 04. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/Nour Films)
Tourné avec des acteurs non professionnels et une approche proche du documentaire, le film use de la fiction pour interroger le poids du patriarcat et l'influence des courants les plus conservateurs au sein d'une société israélienne qui embrigade dès l'enfance sa population dans une propagande militariste diffusée depuis l'école. Subtil et complexe à la fois, le tableau n'épargne rien ni personne, comme si dans les faits l'intolérance des uns nourrissait le passéisme des autres. Une approche glaçante et glacée.
Charlotte Langrand, Marc-Aurele Garreau et Aurelien Cabrol