« Une bataille après l’autre », « Kontinental ’25 », « Classe moyenne »... Nos critiques cinéma de la semaine

Découvrez nos critiques ciné de la semaine.
LTD/Météore Films - Courtesy Warner Bros Pictures - Tandem Films

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LTD/Météore Films - Courtesy Warner Bros Pictures - Tandem Films

« Mon Dieu, quel film incroyable ! » a lancé Steven Spielberg lui-même dans Variety au sujet de ce film événement, après sa présentation à Los Angeles le 8 septembre. Derrière l'éloge perçait quelque chose du soulagement de toute une industrie : depuis l'annonce début 2024 de cette production de Warner Bros. à 140 millions de dollars, Hollywood retenait son souffle devant la prise de risque. Tout le monde peut respirer : le nouveau film de Paul Thomas Anderson, tourné en VistaVision avec Leonardo DiCaprio en leader d'un casting royal, a tout d'une œuvre de cinéma parfaitement aboutie.
Après Inherent Vice (2014), « PTA » revient avec Une bataille après l'autre à sa passion pour l'écrivain Thomas Pynchon, et son roman Vineland (1990). Cette histoire de hippies californiens rattrapés par l'Amérique répressive des années 1980, il l'adapte à l'écran de nos jours avec, en toile de fond, la lutte de Donald Trump contre l'immigration. Comme celle de Ronald Reagan contre la drogue en son temps.
On y suit ainsi Bob Ferguson (Leonardo DiCaprio) et Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor), jeunes révolutionnaires aussi épris l'un de l'autre que de leur cause. Lorsque Perfidia se retrouve accusée d'homicide et piégée par le colonel Lockjaw (Sean Penn), un militaire psychopathe et suprémaciste, Bob et leur toute jeune fille Willa (Chase Infiniti) doivent prendre la fuite. Seize ans plus tard, Lockjaw ressurgit, plus déterminé que jamais à poursuivre son œuvre de « purification »...
Dans cette ambitieuse tragi-comédie irriguée d'humour noir, PTA se fait moins grave que dans la plupart de ses drames psychologiques et choisit même le burlesque pour colorer sa brillante étude de caractères. On rit ainsi beaucoup devant ces « batailles » menées par un casting où les vétérans comme les novices s'en donnent à cœur joie - mention spéciale à Sean Penn dans un rôle de « méchant » mémorable.
Un souffle picaresque trimbale ce bestiaire de fusillades en courses-poursuites à un rythme effréné, et il faut saluer le génie narratif de l'auteur, qui accorde sans fausse note le rythme du thriller à la longueur et à la profondeur du récit, jusqu'à son climax d'une beauté cinématographique renversante.
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Portrait de l'Amérique contemporaine, Une bataille après l'autre résonne, à l'ère Trump, de manière assourdissante. Le film fait aussi écho, avec son ambition formelle, à l'emprise croissante des acteurs du streaming sur l'appareil de production cinématographique hollywoodien. À la fois exécution enrichie du geste de The Brutalist, version réussie d'Eddington, variation « auteur » des sagas Mission : impossible et Top Gun, le dernier opus de PTA combat ainsi, avec toutes les forces du cinéma, les grandes peurs américaines et livre une ode majeure et très divertissante à la liberté.

Que se cache-t-il derrière Kontinental '25, le titre du nouveau film du plus turbulent des cinéastes roumains actuels, Radu Jude ? En premier lieu, un hommage revendiqué à Europe 51, le magnifique film que Roberto Rossellini tourna au siècle dernier avec Ingrid Bergman. Mais cette fois le nom de notre continent a été remplacé par celui d'un hôtel de luxe situé dans la ville touristique de Cluj-Napoca, en Transylvanie. L'Europe vit au rythme d'autres guerres, tandis que la lutte des classes n'a rien perdu de sa vigueur.
À partir de ce canevas commun, Radu Jude bâtit une fiction elle aussi centrée sur un personnage féminin : une huissière de justice, Orsolya, qui doit expulser de son local insalubre un SDF, lequel se donne alors la mort. La quadragénaire d'origine hongroise, chrétienne orthodoxe reconvertie et salariée d'un groupe immobilier allemand, sombre dans une culpabilité décuplée par les attaques de la presse et les réactions racistes des internautes roumains.
Au fil de ses rencontres (son mari, une amie, un ancien étudiant et un prêtre), l'héroïne fait la part des choses. Responsable mais pas coupable, en quelque sorte. Réalisé avec un téléphone portable sans qu'on puisse jamais s'en plaindre, le film développe une incroyable économie de moyens, tout en dressant le terrible portrait d'une société qui nie l'intérêt commun, brade son paysage urbain, broie ses habitants, dénigre les valeurs de vérité et de justice. Le miroir que nous tend ainsi Radu Jude ne saurait être occulté.

Il y a vingt ans déjà, on avait découvert le très beau et très prometteur premier film d'Antony Cordier, Douches froides. Deux films plus tard, l'allant initial semble être cassé au profit d'une énième comédie française autour de la lutte des classes, tendance maîtres et valets. Avec ce Classe moyenne, on est pourtant bien loin des ancêtres prestigieux que seraient Marivaux d'un côté et Jean Renoir de l'autre.
L'affrontement d'abord verbal et procédurier puis carrément physique de deux familles que tout oppose fait plutôt songer aux facilités outrancières des films du très surestimé Ruben Östlund (The Square et Sans filtre, notamment), tendance toilettes bouchées puis explosives. Au fil du film, la machine s'emballe, virant le plus souvent au grotesque, multipliant les scènes de crudité violente. La charge qui se veut corrosive n'en devient que caricaturale et lourde.
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Reste un casting qui fait ce qu'il peut pour sauver les meubles, à l'instar d'un Laurent Lafitte en avocat d'affaires odieux. Cerise sur le gâteau, la mise en scène peine même à faire vivre la géographie des lieux pourtant chargés de sens (la villa ultramoderne des patrons contre le petit logement étriqué des gardiens). Comme l'ultime preuve d'un propos mal maîtrisé de bout en bout.