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« L’Œuvre invisible », « Romería », « Le Cri des gardes », « La Femme de »... Notre sélection cinéma de la semaine

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Aurélien Cabrol

Publié le 07 avril 2026 à 15:00

Découvrez les sorties cinéma de la semaine.

Découvrez les sorties cinéma de la semaine.

LTD/Delastre Films - Les Productions de l'aventure / Anna Matveeva / ElianeAntoinette, Reboot Films / Quim Vives - Elastica Films

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N145 ● 12 juillet 2026

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Le biopic d’un cinéaste fantôme d'Avril Tembouret et Vladimir Rodionov, les méandres d’une mémoire familiale touchée par le sida de Carla Simón, une tragédie africaine de Claire Denis et les tourments d’une émancipation conjugale de David Roux… Nos critiques cinéma de la semaine du 6 avril 2026.

Un cinéaste maudit ? (4⭐️/5)

Le 7e art raffole d’histoires mystérieuses sur des films inachevés et des stars éphémères. La preuve avec ce biopic d’Alexandre Trannoy. Avril Tembouret et Vladimir Rodionov signent ensemble un véritable objet cinématographique non identifiable : L’Œuvre invisible est le biopic d’un cinéaste que personne ne connaît, auteur de films disparus à jamais ou inaboutis…

Ce véritable fantôme s’appelait Alexandre Trannoy et serait mort en 1980. Pour s’intéresser à lui, il faut d’abord aimer les jeux de piste, les impasses, les infos, les intox et autres imprécisions documentaires. Sans oublier quelques clins d’œil malicieux, pour ne pas dire plus. Officiellement, si l’on peut dire, que sait-on ou croit-on savoir ? On mentionne un film de Bernard Borderie de 1954, Les femmes s’en balancent avec Eddie Constantine, qui existe bel et bien et dont il serait le scénariste, mais son nom n’apparaît pas au générique.

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Et sinon, comme réalisateur, on lui attribue trois films : Le Serpent de Gibraltar (1963), San Salvador (1964) et La Fuite en avant (1967). Mais attention, aucun des trois n’est visible, tous sont « inachevés ». C’est dire si les deux auteurs du documentaire disposent d’une matière très réduite pour alimenter leur film sur ce décidément bien étrange M. Trannoy. Les dieux cependant semblent être de leur côté quand, au tout début de leur enquête, il y a plus de dix ans maintenant, ils découvrent que Jean Rochefort affirme très bien connaître Trannoy depuis leur jeunesse commune. Face caméra, l’acteur aujourd’hui disparu raconte avec sa verve habituelle cette amitié si forte que Trannoy aurait alors promis au comédien d’en faire sa vedette principale dans tous ses films. Et puis le temps a passé et la promesse s’est envolée.

Pour la suite, on est obligé de parler au conditionnel faute d’images. Lino Ventura et Jean-Paul Belmondo auraient dû être les vedettes d’un premier film. Tout comme, plus tard, Marcello Mastroianni et Marlene Dietrich. De même qu’un épisode hollywoodien est évoqué par certains, sans que rien de tangible ne vienne à l’appui de cet épisode. Les auteurs de L’Œuvre invisible n’en démordent pas et ils interrogent d’autres témoins qui auraient connu, côtoyé ou entendu parler de Trannoy, la plupart disparus aujourd’hui : les acteurs Jacques Perrin et Anouk Aimée, ainsi que le très inventif scénariste Jean-Claude Carrière, jamais à court d’une anecdote.

Quant à Édouard Baer, il se souvient d’un projet avec Trannoy et Patrick Modiano, que l’on ne s’étonne guère de trouver ici puisqu’il est beaucoup question des brumes du passé et autres souvenirs plus que fantomatiques chers à l’auteur de Rue des Boutiques Obscures. Au terme de cette enquête d’un peu plus d’une heure, que trouve-t-on, alors que le film sort une semaine après le 1er avril ? L’esquisse de l’ébauche de la silhouette d’un cinéaste en pointillé, mais surtout notre amour pour les poètes maudits et peut-être même pour les fausses nouvelles, dont certaines enchantent le monde quand elles sont chargées de poésie. Et puis, il est bon parfois d’« imprimer la légende », comme on le dit dans L’Homme qui tua Liberty Valance de John Ford.

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🍿 L’Œuvre invisible, d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov. 1 h 11. Sortie mercredi.

En quête de soi (3,5⭐️/5)

Découvert l’an passé au Festival de Cannes, Romería, le film de la cinéaste espagnole Carla Simón, explore les méandres d’une mémoire familiale à travers les interrogations de Marina, une jeune femme de 20 ans qui veut faire du cinéma. Filmant tout avec sa caméra, elle débarque un beau jour en Galice pour rencontrer la famille de son père, mort du sida alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Elle y fait la connaissance de ses oncles et tantes, qui ne savent pas comment s’y prendre avec elle et répondre à ses attentes.

C’est le point de départ d’une enquête intime entre silences et révélations, souvenirs et zones d’ombre. Tout se fait ici à bas bruit dans une grande maison aux allures un peu inquiétantes qui confortent l’impression d’étrangeté générale. La cinéaste filme avec une infinie délicatesse des moments de dialogues fugaces, des repas de famille d’où la vérité émerge par bribes et des instants de malaise récurrents.

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Adepte d’un minimalisme formel qui peut parfois dérouter, voire lasser, Carla Simón capte avec intensité des visages, des gestes et des paysages qui donnent du sens sans pour autant tout révéler. On pourrait parler ici d’une démarche proustienne : un « à la recherche du temps perdu » qui fonctionne par circonvolutions, labyrinthes et tâtonnements. Le film finit par nous toucher au plus profond de nos mémoires souvent défaillantes et incertaines. Avec la nécessité de vivre, sans tout savoir ni tout connaître de ceux qui nous ont précédés. 

🍿 Romería, de Carla Simón, avec Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa, Alberto Gracia. 1 h 54. Sortie mercredi.

Vu d’Afrique (4⭐️/5)

Avec Le Cri des gardes, son nouveau film, la réalisatrice Claire Denis adapte Combat de nègre et de chiens, l’une des pièces les plus emblématiques du dramaturge Bernard-Marie Koltès mise en scène en son temps par Patrice Chéreau au Théâtre des Amandiers. Et on retrouve même sur grand écran l’acteur Isaach de Bankolé, présent sur scène en 1983.

Pour autant, la cinéaste fait plusieurs pas de côté par rapport au texte originel, en abandonnant par exemple le français au profit de l’anglais et confiant ainsi l’un des rôles principaux à Matt Dillon. Restent l’histoire centrale (quelque part en Afrique, un homme réclame le corps d’un ouvrier noir mort accidentellement sur un chantier américain) et une très intense réflexion sur le racisme et la nécessité de faire le deuil. On songe inévitablement aux tragédies antiques qui mettent en scène des problématiques identiques ou presque. Le tout porté par l’écriture ciselée du cinéma de Claire Denis.

🍿 Le Cri des gardes, de Claire Denis, avec Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce, Tom Blyth. 1 h 49. Sortie mercredi.

Liberté chérie (3⭐️/5)

Pour La Femme de, son second film après le très réussi L’Ordre des médecins en 2018, David Roux se place manifestement dans la lignée d’un Claude Chabrol grand pourfendeur de la bourgeoisie provinciale. Mélanie Thierry joue avec intensité le rôle d’une épouse parfaitement soumise et dévouée à son mari, incarné à la perfection par Éric Caravaca, jusqu’au jour où elle croise la route de Jérémie Renier, qui campe un amant très crédible.

Adapté d’un roman d’Hélène Lenoir, le film hésite à plusieurs reprises entre le récit d’une émancipation féminine et un jeu de massacre. Les deux récits ont finalement du mal à cohabiter, même si le cinéaste sait jouer des oppositions et des contrastes radicaux, par exemple entre une maison familiale qui étouffe l’héroïne et les paysages extérieurs de ses escapades amoureuses qui la libèrent. Au-delà d’un casting principal assurément convaincant, peut-être fallait-il développer un peu plus de folie et de démesure pour conter cette histoire qui se dilue trop dans son classicisme. 

🍿 La Femme de, de David Roux, avec Mélanie Thierry, Éric Caravaca, Jérémie Renier, Arnaud Valois. 1 h 33. Sortie mercredi.

Aurélien Cabrol

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