« Le Temps des moissons », « Le Maître du kabuki », « La Pire Mère au monde »… Notre sélection cinéma de la semaine

Notre sélection cinéma de la semaine du 22 janvier.
LTD/Floating Light (Foshan) Film

Notre sélection cinéma de la semaine du 22 janvier.
LTD/Floating Light (Foshan) Film
C’est une superproduction qui frappe d’abord par son élégance et sa délicatesse avant de vous emporter dans le tourbillon de ses scènes d’anthologie. Ce qui au fond n’est pas si courant dans ce cinéma trop souvent formaté et platement spectaculaire. Certes, Le Maître du kabuki, réalisé par Lee Sang-il (l’auteur en 2013 d’Unforgiven, un remake d’Impitoyable de Clint Eastwood), démarre dans sa première heure comme un habile mélange de film de yakuzas et de film de kabuki – le théâtre traditionnel nippon dans sa forme épique, qui fait alterner dialogues, chant et ballet.
On y suit le parcours de Kikuo, fils adolescent d’un chef mafieux, qui, après le massacre de son clan, devient le protégé de Hanjiro, un maître du kabuki, dans le cadre d’une école particulièrement stricte et élitiste. Kikuo se lie d’amitié avec Shunsuke, le fils de son professeur, mais les deux jeunes acteurs développent dans le même temps une rude rivalité artistique dans la pratique du kabuki où tous deux, comme le veut la tradition, incarnent des personnages féminins.
Le film déroule alors une fresque chronologique qui, commencée en 1964, se termine en 2014. Durant toutes ces années, les deux jeunes hommes deviennent de véritables vedettes, tout en traversant des scandales, des accidents et des deuils comme la mort de leur mentor/père.
Pourquoi le cacher ? On pouvait craindre, au regard de notre inculture occidentale, de rester extérieur à cette véritable plongée dans les pures traditions japonaises ; or très vite la magie opère. Et même si une partie des codes du kabuki nous échappe, on est littéralement transporté par des spectacles aux allures d’opéras grandioses et bouleversants. Lumières éclatantes, costumes étincelants et couleurs fascinantes : tout concourt à la beauté et à la magie des représentations qui nous sont présentées.
Les personnages nous deviennent très vite familiers et on se surprend à comparer leurs différentes interprétations par les deux héros au fil des spectacles. Ce tour de force, on le doit d’abord au cinéaste, lequel adopte une forme classique pour mieux mettre en valeur la profusion de ce qu’il filme, ainsi qu’à une remarquable direction d’acteurs manifestement très doués. La grâce indicible du kabuki fait le reste avec éclat.
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Le Maître du kabuki, de Lee Sang-il, avec Ryo Yoshizawa, Ryusei Yokohama,Ken Watanabe. 2 h 54. Sortie mercredi.
En 1991, la Chine, alors dirigée par Deng Xiaoping, entame le basculement du pays vers une économie globale mondialisée. Et c’est précisément durant cette année décisive que le cinéaste chinois Huo Meng a décidé de situer le scénario de son deuxième film, Le Temps des moissons, au sein d’une communauté rurale frappée de plein fouet par ces nouvelles orientations économiques venues d’en haut et sans concertation. Autant dire que son propos principal est rien de moins que politique. Mais sans jamais tomber pour autant dans une tentation documentaire : il privilégie la fiction et développe des personnages confrontés à des problèmes individuels et collectifs à la fois.
Ainsi cet adolescent dont les parents, agriculteurs, sont contraints d’aller chercher du travail en ville et qui de ce fait reste au village pour y être élevé par ses grands-parents. C’est cette imbrication de la grande Histoire et de la petite qui fait tout l’intérêt de cette fresque passionnante. La dimension réaliste est portée par le fait que tous les acteurs sont des non-professionnels qui donnent au film une épaisseur supplémentaire. Il va de soi que les autorités chinoises n’ont guère prisé cette mise en valeur cinématographique de la paupérisation de ces paysans jadis fers de lance de la révolution menée par Mao.
À ce jour, Le Temps des moissons n’est toujours pas sorti dans son pays d’origine… Ce qui ne l’a pas empêché de recevoir lors du dernier festival de Berlin un Ours d’argent de la meilleure réalisation très largement mérité.
Le Temps des moissons, de Huo Meng avec Wang Shang, Zhang Yanrong,
Zhang Caixia, Zhang Chuwen. 2 h 15. Sortie mercredi.
Depuis une église brutaliste où résonne la parole de Dieu jusqu’aux bas-fonds où toutes les drogues sont négociables, d’une partition d’orgue à une transe électro hallucinatoire, il n’y a qu’un pas. Déroutant de bout en bout, Selon Joy, premier long-métrage signé Camille Lugan (scénariste ayant roulé sa bosse avec Rebecca Zlotowski, Clément Cogitore…) détonne et cultive des références audacieuses allant de Pasolini à Koltès en passant par Bruno Dumont ou Abel Ferrara.
De façon épurée, souvent silencieuse, il met en scène Joy, organiste solitaire et très croyante qui un jour rencontre Andriy, un réfugié ukrainien tabassé par des malfrats. Éblouie par sa lumière christique, persuadée que leurs destins sont liés et que Dieu la met à l’épreuve, Joy le suit dans sa nuit. En posant la question de la foi, du besoin de croire dans un monde bafouant tout signe d’espoir, le film fait résonner le contemporain avec d’autant plus de force que l’amour mystique de ses deux protagonistes se déploie au gré de clairs-obscurs magnifiques qu’on n’oubliera pas de sitôt, de même que la présence habitée d’Asia Argento et de Raphaël Thiéry dans des seconds rôles mémorables. Bravo.
Selon Joy, de Camille Lugan, avec Sonia Bonny, Volodymyr Zhdanov, Raphaël Thiéry, Asia Argento. 1 h 26. Sortie mercredi.
On aurait dû rire beaucoup plus souvent et franchement en découvrant la comédie grinçante de Pierre Mazingarbe La Pire Mère au monde si la promesse de son impeccable casting féminin avait été tenue jusqu’au bout. Soit la souvent surprenante Louise Bourgoin, ici en substitut du procureur aux dents très longues, et son aînée en loufoquerie, Muriel Robin, dans le rôle d’une mère greffière définitivement odieuse.
Ce tandem-là aurait pu faire des étincelles et combler nos esprits malveillants, tout comme d’ailleurs les autres protagonistes incarnés par les toujours impeccables Florence Loiret Caille et Gustave Kervern. Mais hélas, le film ne décolle jamais, restant au stade d’un court-métrage paresseux à l’image de ses gags poussifs. On sent l’influence d’un Dupontel, la verve et le brio en moins. L’art de la comédie acide exige décidément beaucoup de sérieux pour parvenir à ses fins et nous divertir vraiment.
La Pire Mère au monde, de Pierre Mazingarbe, avec Louise Bourgoin, Muriel Robin, Florence Loiret Caille, Gustave Kervern. 1 h 30. Sortie mercredi.
Bob l’éponge fête ses 26 ans mais le personnage comme le phénomène n’ont pas pris une ride. Dans ce quatrième film, la célèbre éponge a pris un peu de taille. Pas beaucoup, mais suffisamment pour enfin monter dans l’attraction la plus forte en sensations de Bikini Bottom. Toujours flanqué de son meilleur ami Patrick l’étoile de mer, il décide de prouver à Eugène Krabs qu’il est devenu un « grand garçon » et se lance à la recherche du fantôme d’un pirate légendaire, le Hollandais volant.
Le génie au cœur de cette création reste bien inspiré : les péripéties sous-marines s’enchaînent à un rythme démentiel dans une explosion de couleurs et d’idées absurdes et hilarantes. Cette recette bien connue fonctionne toujours, fascinant les plus petits et donnant le sourire aux plus grands. La plongée dans l’univers de la piraterie est ici d’autant plus réussie qu’elle se double d’une référence à la morale de Peter Pan : rien ne sert de grandir trop vite. Et avec Bob l’éponge, ça ne risque pas !
Bob l’éponge, le film – Un pour tous, tous pirates !, de Derek Drymon, avec les voix de Sébastien Desjours, Boris Rehlinger, Éric Antoine, Natoo et Marine. 1 h 28. Sortie mercredi.