Adam Driver, géant dans « Paper Tiger », de James Gray

Adam Driver dans le film « Paper Tiger », présenté en compétition au Festival de Cannes 2026.
LTD / SND

Adam Driver dans le film « Paper Tiger », présenté en compétition au Festival de Cannes 2026.
LTD / SND
Assis, debout, sur un écran de cinéma comme dans le salon d’une suite du Carlton, Adam Driver semble toujours dominer la situation d’une hauteur vertigineuse. Pourtant, même s’il frôle le mètre quatre-vingt-dix, il regarde toujours sans toiser, les yeux droits dans les vôtres, concentré. À la rencontre d’une poignée de journalistes, dont certains se lèvent à son arrivée, il lance : « Non, restez assis ! Même si je retiens ceux qui ne se sont pas levés… [Rires.] »
Mieux que détendre l’atmosphère, il la fait sienne. À 42 ans, acteur iconique du cinéma contemporain, le voici de retour au Festival de Cannes. Il y porte sur ses larges épaules Paper Tiger de James Gray, pour son grand retour en compétition. Avec ce bijou néo-noir, le cinéaste américain ressort ses thèmes de prédilection : un drame familial new-yorkais où deux frères, Gary (Adam Driver) et Irwin (Miles Teller), vont se trouver malgré eux aux prises avec une mafia russe sans pitié.
Paper Tiger s’ouvre sur une citation de l’Agamemnon d’Eschyle : « Pour que ma vie soit préservée du malheur, qu’il me suffise d’être sage ». Car chez James Gray, depuis toujours, tout est affaire de mythologie et de fatalité. Il combine ainsi dans Paper Tiger celles de la famille, de New York et de la tragédie grecque pour qu’Adam Driver, magistral dans le rôle d’un ancien flic devenu entrepreneur à succès, y incarne celui par qui le mal arrive.
« Nous avons beaucoup parlé avec James de tragédies grecques et du fait que toutes les décisions de Gary devaient être fondées sur son amour pour son frère. » Plutôt qu’une préparation documentaire empêchée par un planning très serré, l’acteur, père de deux enfants, a puisé dans cette identité. « En tant que parent, parfois je ne sais pas comment faire. Mais si je base mes décisions sur ce qui m’apparaît bon pour mes enfants, alors probablement que je me tromperai moins. » Mais pour Gary et Irwin, en dépit de leurs intentions altruistes, la poursuite du rêve américain va tourner au naufrage.
L’implacable mécanisme tragique de Paper Tiger va métamorphoser Gary en monstre, rejeté par ses proches et poursuivi par les autres, jusqu’à une séquence finale somptueuse. Une scène sacrificielle où Adam Driver, enfoui dans une étouffante jungle de roseaux, accueille avec une grâce violente son sort. « Nous avions très peu de temps, raconte l’acteur, et il y a eu un orage, des éclairs, ce qui légalement nous a obligés à stopper le tournage pendant un long moment. Pour un film comme ça, avec un si petit budget, c’est une course, c’est énormément de pression. James m’avait prévenu que cette scène serait très technique, mais ça ne m’a pas effrayé. »
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Ce cinéma indépendant, plus que jamais contraint, Adam Driver s’y voue avec passion aux États-Unis et au-delà, avec réussite. La preuve : « nous réfléchissons avec Leos Carax à un prochain film ensemble. Il y a deux personnes, s’ils me le demandent, pour qui je ferais tout : Jim Jarmusch et Leos Carax. Quoi qu’ils fassent, je veux en être. » En 2021, il brillait dans Annette de Leos Carax, prix de la mise en scène au Festival de Cannes. En 2025, sa troisième collaboration avec Jim Jarmusch, Father Mother Sister Brother, quittait la Mostra de Venise avec le Lion d’or. Serein, Adam Driver sait où il va. Et il y va à pas de géant.