20 ans de BFMTV : la « French touch » de l’info continue

Le duo Truchot-Marschall, Pauline Revenaz et Mathieu Coache célèbreront le 28 novembre 2025 les 20 ans de BFMTV.
LTD/Abaca Press

Le duo Truchot-Marschall, Pauline Revenaz et Mathieu Coache célèbreront le 28 novembre 2025 les 20 ans de BFMTV.
LTD/Abaca Press
Le 28 novembre 2005 à 18 heures tapantes, Ruth Elkrief apparaît à l’antenne, debout dans un studio sur fond vert niché rue d’Oradour-sur-Glane, dans le 15e arrondissement de Paris. D’une voix pas franchement assurée, la présentatrice s’élance et donne le top départ de BFMTV, nouvelle chaîne info lancée dans le cadre de la TNT.
« J’avais un trac gigantesque et je bafouillais, se souvient celle qui officie aujourd’hui à LCI après avoir passé quinze années à BFMTV. C’était un challenge terriblement excitant. On a dû tout construire en quelques semaines avec des bouts de ficelle. C’était quelque chose de nouveau pour moi car je venais de médias puissants comme TF1 ou RTL. Je souhaite à tout journaliste de vivre pareille aventure. »
Un lancement aux allures d’opération commando qui fut « rondement mené », glisse Alain Weill, fondateur de BFMTV (propriété depuis 2024 – comme La Tribune Dimanche – du groupe CMA Média). « Le CSA [prédécesseur de l’Arcom] nous avait délivré son autorisation en mai 2005. À partir de là, nous avons travaillé sans relâche pour être prêts le jour J. Tous les lundis de 20 heures à minuit, j’organisais une grande réunion avec l’équipe resserrée. En même temps qu’on dînait, on regardait les chaînes info américaines comme CNN ou Fox News. Un soir, en juin, nous sommes tombés sur la couverture en direct du procès de Michael Jackson. C’était fou, il y avait un hélicoptère qui suivait son arrivée, on entendait également le son à l’intérieur du tribunal. On était captivés par ces images. On s’est dit qu’il fallait faire pareil en France et donner la priorité au direct. C’est comme ça qu’est née notre signature. »
Très peu de temps après le lancement, le dirigeant sent que la mayonnaise est en train de prendre : « La chaîne était regardée partout, et pas que dans les beaux quartiers. Je me souviens de Martine Aubry me disant que les gens dans la rue lui parlaient beaucoup de BFM. » Au printemps 2007, un « coup » va asseoir définitivement sa légitimité. Dans la foulée du premier tour de l’élection présidentielle, un débat très remarqué est organisé entre Ségolène Royal, qualifiée pour le second tour, et -François -Bayrou, arrivé troisième.
« C’était une satisfaction de voir nos images reprises au JT de TF1, ça devait leur faire mal de les montrer », sourit Alain Weill. Le journaliste Mathieu Coache, arrivé dans la chaîne « avant les meubles », se souvient : « Nicolas Sarkozy [qualifié pour le second tour] avait mis une pression monstrueuse sur toutes les chaînes pour qu’il n’ait pas lieu. Ce débat l’emmerdait car ça le sortait de la photo. Canal+ s’est désisté au dernier moment et BFMTV a eu moins de quarante-huit heures pour le préparer. Ce fut une très belle opération de com car de grands panneaux BFMTV avaient été placés dans tous les coins. »
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Autre temps fort, en 2011, avec l’affaire DSK. « Je présentais à l’époque le 15/18, rembobine le journaliste. On racontait aux téléspectateurs, images à l’appui, ce qui se passait minute par minute à New York. Ça semble aujourd’hui une évidence, mais ça ne l’était pas du tout à l’époque. BFMTV avait par ailleurs frappé fort en diffusant en premier la vidéo des caméras de vidéosurveillance dans laquelle on voyait Nafissatou Diallo sortir de la chambre du Sofitel. »
Aujourd’hui cheffe du service police-justice, Pauline Revenaz se remémore quant à elle la libération de Florence Cassez au Mexique, en janvier 2013, après sept années d’emprisonnement. « J’ai réussi à monter in extremis dans l’avion du retour avec elle. Juste avant de décoller, j’ai pris une photo et l’ai envoyée à la rédaction. Son premier cliché “libre”, qui a été repris partout. Mes confrères de Paris Match me sont d’ailleurs tombés dessus car ils avaient négocié une exclu. En atterrissant, alors que je faisais un direct au téléphone depuis l’avion, quand les portes se sont ouvertes, je me suis retrouvée nez à nez avec une autre équipe de BFMTV qui était sur la passerelle. Puis avec une troisième sur le tarmac et une quatrième au rond-point devant l’aéroport. J’ai compris à ce moment-là à quel point nous étions puissants ! »
Les attentats de 2015 viendront également tristement le rappeler. Le 9 janvier, Amedy -Coulibaly appelle la rédaction de la chaîne info pendant la prise d’otage de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. « C’est complètement dingue de se dire qu’à ce moment-là même les terroristes regardaient BFMTV et voulaient entrer en contact avec nous », confie Olivier Truchot, qui sera ce jeudi aux commandes de la soirée anniversaire* de BFMTV, avec son acolyte Alain Marschall.
Ce dernier se souvient avec émotion de la couverture de l’attentat survenu un an plus tard, le 14 juillet 2016, à Nice. Une ville dont il est originaire. « J’étais en mer, sur un bateau, en train de regarder le feu d’artifice. Lorsque la rédaction m’a appelé pour me prévenir de ce qui venait de se passer, j’étais en bermuda et en tongs. Ça ne s’est heureusement pas vu car mes premières interventions ont eu lieu par téléphone. J’ai ensuite fait une dizaine d’heures de direct pour raconter cette effroyable attaque au camion. »
À lire également
À l’automne 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes, la chaîne sera prise pour cible par certains manifestants. « Ils n’ont pas accepté que l’on montre les violences, souligne Olivier -Truchot. On devenait à leurs yeux “la chaîne du pouvoir” alors qu’on rendait simplement compte de la réalité. À ce moment-là, les manifestations sont devenues beaucoup plus difficiles à couvrir et on a enlevé les bonnettes sur les micros. » Et le journaliste d’insister sur ce qui est, selon lui, toujours l’ADN de BFMTV : « On est la chaîne de l’événement. Quand il y a une alerte info, c’est BFM qu’on allume en premier pour savoir ce qui se passe. »
BFMTV, 20 ans d’info, soirée spéciale jeudi à 21 heures sur BFMTV, présentée par Alain Marschall et Olivier Truchot.