Marc Fauvelle, l’accro de l’info
Rémi Jacob

Avant de rejoindre BFMTV, Marc Fauvelle était directeur de l'information de France Inter jusqu'en 2023.
LTD/Jérôme Dominé/AbacaPress/BFMTV
Rémi Jacob

Avant de rejoindre BFMTV, Marc Fauvelle était directeur de l'information de France Inter jusqu'en 2023.
LTD/Jérôme Dominé/AbacaPress/BFMTV
Attablé mardi matin, à la fraîche, sur une terrasse de BFMTV, Marc Fauvelle peine à lâcher son smartphone et sa cigarette électronique. La veille, François Bayrou a été renversé par les députés, après un discours aux allures de chant du cygne. « L'actu politique est folle », glisse le nouvel présentateur de BFMTV, tout en tentant de décrocher François Baroin comme invité pour un prochain numéro de 60 Minutes Fauvelle à retrouver sur la chaîne info du lundi au jeudi à 19 heures.
Vous reprendrez bien un peu de Marc Fauvelle ? Facile, il suffit de vous brancher sur le canal 13 le week-end, où le journaliste de 48 ans joue les prolongations avec BFM dimanche soir, entre 18 heures et 20 heures.
Un nouveau défi cathodique de taille pour celui qui arpentait depuis le début de sa carrière les couloirs de Radio France, exception faite d'un bref passage sur feu iTélé. Récap express du CV : journaliste à France Bleu, chef du service politique de France Inter, présentateur du sacro-saint journal de 8 heures de la station, puis de la matinale de Franceinfo, avant d'être propulsé en 2023 directeur de l'information de France Inter.
« J'ai aimé cette rédaction brillante, attachante et parfois un peu turbulente, raconte-t‑il. Mais je ne me voyais pas continuer à ce poste de management jusqu'à la présidentielle. Dès ma prise de fonction, je savais que je reviendrais ensuite à l'antenne. L'interview est pour moi le plus bel exercice journalistique, un jeu d'échecs où tout ce qu'on a prévu peut d'un coup voler en éclat. En mars dernier, quand Jean-Philippe Baille [directeur général délégué à l'information du groupe RMC BFM, propriété, comme La Tribune Dimanche, de CMA Média] m'a appelé pour me proposer de rejoindre ses équipes, je n'ai pas beaucoup hésité. C'était mon boss à Franceinfo, j'ai un lien de confiance très fort avec lui. Idem avec Fabien Namias [directeur général de BFMTV]. »
Son avis sur le « off » de ses anciens camarades de la Maison ronde Thomas Legrand et Patrick Cohen, filmés en compagnie d'huiles socialistes ? Marc Fauvelle dégaine son joker. Mais dimanche dernier, il a tenu à ce que Robert Ménard et Alain Duhamel évoquent l'affaire sur son plateau : « J'ai clairement signalé aux téléspectateurs que je n'étais pas très à l'aise avec ce débat car, il y a encore quelques mois, j'étais le patron de ces deux journalistes. »
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Lors de sa nomination à la tête de la rédaction de la radio publique, des témoignages parus dans la presse l'avaient dépeint comme rugueux avec ses équipes. Une blessure pour Marc Fauvelle, qui se définit comme passionné, exigeant mais « très attentif » aux collègues avec qui il bosse : « On ne peut réussir que collectivement. Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin. »
Sur sa vie privée, notre homme la joue service minimum, pas franchement à l'aise - c'est un euphémisme - avec l'exposition médiatique inhérente à sa fonction : « Les personnes que tu croises dans la rue considèrent que tu fais partie de leur vie, c'est l'un des aspects que j'aime le moins dans mon métier. Je ne peux pas leur en vouloir, car tu t'invites dans leur salon, tu es un petit bout de mur qu'ils pensent avoir le droit de toucher ! J'ai détesté quand mes enfants [âgés aujourd'hui de 15 et 17 ans] voyaient ma tête sur les taxis lorsque je présentais la matinale de Franceinfo. »
Il y a quelques années, alors qu'il repeignait la façade de sa maison à Montrouge (Hauts-de-Seine), des voisins sont venus fissa lui passer un savon : « L'un m'a dit que j'étais trop à droite, l'autre trop à gauche. Je leur ai proposé d'aller prendre l'apéro ensemble, en leur expliquant que s'ils se mettaient d'accord sur qui je vote, c'est moi qui le leur paierais ! » Une neutralité qu'il tient mordicus à conserver à l'antenne.
« BFMTV n'est pas une chaîne d'opinion, martèle-t-il. Il n'y a pas d'invités qui auraient table ouverte tandis que l'on couperait la parole toutes les dix secondes à d'autres. J'interviewe tout le monde avec le même niveau de décibels. Mes invités ne sont pas là pour se faire engueuler, ni pour dérouler un tract. On ne veut pas non plus être une chaîne où ça "bavarde" en permanence. Avec l'équipe, nous choisissons des angles et ensuite nous cherchons les experts qui viendront en parler en plateau. On ne convie pas des "toutologues" à qui l'on dirait à la dernière minute dans le couloir "Au fait, on va évoquer tel ou tel sujet." »
Dans un climat de défiance généralisée à l'égard des médias, Marc Fauvelle entend également s'appuyer sur la force de frappe de la rédaction de BFMTV partout en France pour coller au plus près des préoccupations des téléspectateurs : « Les reporters sont en prise directe avec les Français, à portée de baffes, ce qui permet de faire remonter les sujets. Aux États-Unis, on a constaté que c'était là où les journaux locaux avaient mis la clé sous la porte et que les fake news progressaient le plus. »
Côté audience, son émission quotidienne -réunit depuis la rentrée en moyenne 340.000 téléspectateurs - soit 2,3 % de part d'audience -, un score dans les mêmes eaux que ceux de son prédécesseur Benjamin Duhamel, parti, lui, en sens inverse... sur France Inter. « Il faut continuer d'installer ce rendez-vous et faire des coups, dit le journaliste. J'ai la faiblesse de penser que les audiences se construisent sur un temps long. »
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ℹ️ « 60 Minutes Fauvelle », du lundi au jeudi à 19 heures. BFM dimanche soir, le dimanche à 18 heures sur BFMTV.
Rémi Jacob