On a beau avoir eu la chance d’assister à ses tout premiers spectacles, il y a plus de trente ans, on se garderait bien de prétendre connaître cet artiste unique qui ne cesse de chercher, de creuser ses sillons, fidèle à une pensée et à une esthétique bouleversante mais toujours revivifiées.
Joël Pommerat impressionne. Il sait pourtant accueillir ses interlocuteurs, aussi lourds soient-ils de questions élémentaires.
Évacuons la première : Les Petites Filles modernes (titre provisoire), pourquoi ? « Il s’agit d’une trace des tout débuts de l’écriture. Chaque fois que j’entreprends la conception d’un nouveau spectacle, aucun titre ne convient. J’écris beaucoup. On donne, on redonne des titres. Cette fois, une trace du travail est demeurée : et ce “titre provisoire”, je l’ai inclus. »
Ces « petites filles modernes » sont deux. Dans les premières versions de l’écriture, les comédiennes Coraline Kerléo et Marie Malaquias ont prêté leurs prénoms aux héroïnes qu’elles incarnent. Désormais, elles se nomment Jade et Marjorie. « Le garçon, lui, Éric Feldman, n’a pas de nom. On le suit au fil du temps. Il est une présence. Mais c’est comme si l’histoire ne représentait que les deux personnages d’adolescentes. »
Qu’est-ce que cela raconte ? L’amitié passionnée, l’amour, l’espérance. Mais aussi la part sombre d’un conte ténébreux, avec ses images angoissantes. On a souvent peur avec Joël Pommerat, mais ici on est un peu piégé. « Il y a pourtant de l’humour », dit-il, et la légèreté du « on ferait comme si », mais même à la lecture, quelque chose nous étreint. Dans l’enfermement, les petites filles affrontent des cauchemars. Et se rebellent contre les adultes.