L’enfance est un paquebot arrimé à vie au plus profond de nous. Heureuse, structurée, chaotique, martyrisée, abandonnée, l’enfance explique qui nous sommes, qui nous tentons de devenir. Carré est une adulte qui s’épanouit par l’art à défaut d’avoir été une enfant épanouie. Elle partage adulte ce qu’elle a subi enfant avec l’espoir de se délester de zones noires. Une mère dans sa bulle, un divorce pénible et Isabelle plonge dans le vide, fonce vers la mort. Et la rate. Une tentative de suicide à 14 ans et une institution psychiatrique.
Dans les années 1980, on se débarrasse de l’enfant, rarement on l’écoute. Ce mot-là résume tout. Carré n’a pas été une enfant écoutée, regardée. Grandir change la donne. Isabelle veut qu’on la regarde, qu’on l’écoute. Sur scène, dans l’écriture, par le cinéma, elle partage, donne tout.
En 2018, Isabelle Carré publie Les Rêveurs, livre à la fois poétique et réaliste, une autobiographie déguisée en fiction qui décrit la grande déglingue, celle de ses parents et la sienne. Tout fout le camp. Pas complètement. L’intelligence d’Isabelle, sa détermination à surpasser les épreuves, sa capacité à endurer ont permis à la femme de s’épanouir avec la complicité d’un ami de taille : l’art. Isabelle s’essaie à la danse mais c’est le théâtre qui l’emporte. Jouer n’est pas survivre mais vivre. Isabelle s’est « autoarthérapiée » à un moment où l’art thérapie n’en était qu’à ses balbutiements. Aujourd’hui, permettre à des enfants de se découvrir, de se libérer par l’art est devenu une pratique reconnue.