« La Jalousie » sur les planches : Michel Fau ressuscite Guitry avec une virtuosité étourdissante

« La Jalousie » se joue au Théâtre de la Michodière, du mercredi au samedi, sous la houlette de Michel Fau.
LTD/MARCEL HARTMANN

« La Jalousie » se joue au Théâtre de la Michodière, du mercredi au samedi, sous la houlette de Michel Fau.
LTD/MARCEL HARTMANN
Michel Fau est un artiste à part : sa singularité de choix et de jeu, sa manière d’être souvent en rupture dans sa façon d’incarner ne l’ont pas empêché d’être très populaire. C’est un très large public qui le connaît et admire son travail. Avec La Jalousie de Sacha Guitry, qu’il monte au Théâtre de la Michodière en une production très soignée et séduisante (des décors de Nicolas Delas, des costumes de David Belugou, aussi audacieux qu’élégants), il donne à la comédie une alacrité enivrante.
Il a réuni une distribution excellente, avec Geneviève Casile en belle-mère un peu évaporée, Alexis Moncorgé en séducteur indolent, Gwendoline Hamon en épouse débordante de beauté et d’intelligence. On ne dira rien ici de l’argument car l’un des bonheurs de ce spectacle est de découvrir la comédie, si jamais on ne la connaît pas.
Allons à l’essentiel, et d’ailleurs c’est lui qui ouvre la représentation, s’adressant directement au public : le personnage qu’incarne Michel Fau. Il est au cœur de la représentation, un peu plus d’une heure trente durant. Ce sont ses atermoiements qui font le rythme et la sève de l’œuvre. Il est exceptionnel, Michel Fau, car il se joue des événements, des humeurs, de l’écriture, des sentiments du personnage. On dirait un acrobate sur un fil. Il maîtrise tout, jusqu’à des moments fugitifs où il évoque les inflexions de Sacha Guitry lui-même. Sans appuyer.
On l’entend si l’on a l’oreille amie de Sacha ; mais Michel Fau l’évoque musicalement, ne le copie pas. La manière de Michel Fau est subtile, sincère et en même temps très sophistiquée. Une virtuosité enthousiasmante. On rit, on plaint le pauvre mari… On est sous le charme d’une élocution très maîtrisée, d’une finesse de tout l’être, mimiques, expressions du visage et mouvements, postures du corps.
Ses camarades, si bien dirigés, en un rythme soutenu, sont tous excellents. Alexis Moncorgé, amoureux des beaux horizons lointains, plonge avec délectation dans cette comédie de boulevard composée par un grand écrivain, Sacha Guitry. Geneviève Casile, légende de la Comédie-Française, toujours aussi fine, déliée, belle, spirituelle, se délecte de son personnage de maman aimante.
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Quant à sa fille, la sublime Gwendoline Hamon, cachée sous une perruque courte, bouclée, rousse, se joue des soubresauts d’une intrigue qui met parfois en danger son personnage mais, évidemment, triomphera. Elle est merveilleuse, légère et sincère : un travail virtuose.
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Les rôles de complément sont parfaitement tenus par Fabienne Galula, secrétaire un peu distraite, Joseph Tronc, détective qui ne voit rien, Alexis Driollet, Léo Marchi, qui voient tout mais demeurent bien discrets… Bref, un excellent spectacle. Très bien joué, sur une comédie composée en 1915, qui parle donc d’une société ancienne mais qui n’a pas vieilli dans son essence grâce à Michel Fau.
« La Jalousie », au Théâtre de la Michodière, du mercredi au samedi à 21 heures, le samedi et le dimanche à 15 heures. Durée : 1h40.