« Une petite réaction de rejet qui a amusé tout le monde. » C’est ce que n’a pas pu réprimer la professeure de littérature Florence Naugrette lors de la première séance de travail iconographique sur ce qui, trois ans plus tard, donne un livre somptueux : Les Contemplations de Victor Hugo illustrées par les débuts de la photographie (1826-1910). La spécialiste de l’œuvre du maître du romantisme français avait beau savoir dans quoi elle s’engageait, ce fut un « choc » de voir des centaines de photographies prétendant accompagner les quatre-vingt-douze poèmes du grand homme qu’elle avait sélectionnés.
Parce que leur force est d’éclore dans les cœurs et dans les imaginaires, les vers, on le sait, ont besoin d’une liberté qu’à chaque instant la figuration menace d’entraver ou d’écraser, a fortiori si ladite figuration prend la forme d’un cliché faisant profession de saisir un fragment de réalité – ce qu’est par définition la photo.
Il fallait, pour s’y risquer, toute l’audace et la délicatesse de l’éditrice Diane de Selliers, qui confectionne depuis quarante ans des livres qui se confondent avec des objets d’art, à moins que ce ne soit l’inverse. Le résultat est un cadeau pour les yeux et l’esprit. Non seulement les photographies ne tuent pas les poèmes, mais elles les nourrissent, les texturent et les colorent. Car, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la photographie du XIXe siècle n’est pas en noir et blanc.
Monochrome, elle décline des nuances soit de bleu, soit de vert, soit d’ocre, soit de sépia. À l’instar de celle, effrayante et puissante, de Lewis Carroll représentant une poupée macabre assise sur une chaise dans un jardin. Elle a failli illustrer L’Enfant, voyant l’aïeule à filer occupée, ce poème doux et tendre où Hugo compare « la belle laine d’or » qu’« emport[e] avec joie » l’enfant profitant de l’assoupissement de l’aïeule à ce que prendrait « un oiseau pour son nid ».