Sur les traces de Gaudí en Catalogne

Trois sites portent le nom de son mécène, l’industriel Eusebi Güell : le palais Güell, le parc Güell et la crypte de la Colonia Güell.
LTD/Palau Güell – Diputació de Barcelona

Trois sites portent le nom de son mécène, l’industriel Eusebi Güell : le palais Güell, le parc Güell et la crypte de la Colonia Güell.
LTD/Palau Güell – Diputació de Barcelona
On ne voit qu’elle depuis la mer, le ciel ou les collines de la ville. Achevée cet hiver, la tour centrale de la Sagrada Família se dresse par-dessus les toits de Barcelone, en Catalogne (Espagne). La croix posée en février en fait l’église la plus haute du monde.
Il y a un siècle, le lundi 7 juin 1926, l’architecte Antoni Gaudí terminait sa dernière journée à l’œuvre. Célibataire, la plupart de ses proches disparus, l’homme de 73 ans s’était installé de façon spartiate dans son atelier de la basilique : un lit et un drap suspendu pour marquer la séparation avec son bureau jonché de plans et de maquettes.
Dix-huit heures venaient à peine sonner. Comme tous les soirs, il partait à pied pour assister aux vêpres de l’église de Saint-Philippe-Néri, au cœur du quartier gothique. Son allure était négligée, les poches de son costume râpé déformées par les livres et ses notes. Plongé dans ses pensées, il n’entendit pas arriver le tramway qui le renversa au croisement de la rue de Bailén et de la Gran Via.
Le conducteur poursuivit sa route après avoir déplacé sur le bas-côté le corps de celui qu’il prenait pour un vagabond. Il fallut l’intervention d’un agent de la Guàrdia Civil pour qu’un taxi accepte d’emmener le blessé à un dispensaire. Gaudí mourut trois jours plus tard, son cortège funéraire formant 4 kilomètres jusqu’à la crypte de la Sagrada où il est inhumé.

« Un jour, j’ai été prise à part à la fin d’une visite par une descendante du conducteur du tramway qui portait le poids d’un héritage pas évident », raconte Sara de Monta, du Centre Gaudi de la ville de Reus, 100 kilomètres au sud de Barcelone. Sur une grande place pavée, ce bâtiment contemporain retrace le parcours de cet enfant chétif qui naquit le 25 juin 1852 à quelques rues de là. Dès le lendemain, le bébé fut baptisé dans l’église Saint-Pierre. Il survécut. Et par la suite, le garçon gravit souvent les marches étroites du clocher gothique qui l’inspirèrent pour l’escalier en colimaçon de la tour de Jésus-Christ de la Sagrada.
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Des rhumatismes précoces contraignirent le jeune Antoni à rester couché de longues journées durant. Pendant que ses grands frères jouaient, le génie en herbe observait son père, chaudronnier, fabriquer les cuves utilisées pour l’élaboration du vermouth. Cet apéritif fit la fortune de Reus, alors la deuxième puissance économique de la Catalogne.
« J’ai le don de la perception spatiale car je suis fils, petit-fils et arrière-petit-fils de forgeurs de cuivre », affirmera des années plus tard la figure du modernisme catalan. Son autre champ d’études était la ferme familiale, le Mas de la Calderera, à la lisière du village voisin de Riudoms, dont il faisait le tour à dos d’âne. Il scrutait de son œil acéré les poules, les insectes, les plantes… La maison, non ouverte à la visite, est accessible par une piste de terre cabossée, au milieu d’oliviers.
Aujourd’hui, ses motifs organiques se déploient sur les « Champs-Élysées » de Barcelone, le Passeig de Gràcia. Le passant foule des pavés ornés d’étoiles de mer et d’algues dessinées par l’artiste, métaphores de la Méditerranée qui borde la cité. Il lève les yeux vers le dos d’un lézard couvert d’écailles au sommet de la Casa Batlló, du nom du commanditaire qui sollicita l’architecte. Puis il contemple la façade ondulée de la Casa Milà, semblable à un rocher façonné par les vagues. Cet immeuble fut moqué à sa construction, en 1910, surnommé la Pedrera, « la carrière » en catalan, pour son aspect massif.

Cela ne l’empêcha pas d’être classé au patrimoine de l’humanité (en 1984), de même que six autres créations de Gaudí dont la façade de la Nativité et la crypte de la Sagrada (en 2005). Trois des sites retenus portent le nom de son mécène, l’industriel Eusebi Güell : le palais Güell, le parc Güell et la crypte de la Colonia Güell. Cette dernière se situe dans les lointains faubourgs de la capitale catalane, où le roi du velours côtelé avait créé une cité ouvrière. Manquait l’église.
Le pionnier de la 3D passa dix ans à en imaginer la maquette, à l’envers, des fils lestés de mini-sacs emplis de plombs formant des courbes paraboliques. Le visiteur peut s’asseoir sur les copies des bancs conçus par le génial architecte, et tester leur ergonomie. Seule la crypte fut achevée. Elle servit de brouillon pour la Sagrada, devenue l’emblème de Barcelone avec 4,9 millions de visiteurs en 2025.
Arts et Vie organise un séjour dans les pas de Gaudí, « Barcelone l’artistique », six jours à partir de 1 970 euros au départ de Paris, en mai, septembre et octobre. ℹ️ artsetvie.com
Sacrée Sagrada
Le 10 juin, jour des 100 ans de la mort d’Antoni Gaudí, le pape Léon XIV célébrera une messe solennelle au sein de la Sagrada Família, entre ses piliers qui s’élèvent vers le ciel tels des arbres. Il bénira la tour de Jésus-Christ qui permet à l’ensemble d’atteindre sa hauteur maximale, de 172,50 mètres. La taille a été calculée au millimètre près, afin de rester inférieure à la montagne voisine de Montjuïc, qui culmine à 173 mètres.
Telle était la volonté de l’architecte, qui estimait qu’une œuvre humaine ne doit pas surpasser une création de la nature, définie par lui comme « l’œuvre de Dieu ». Le « temple expiatoire de la Sainte-Famille » sera de nouveau à l’honneur le 4 juillet, départ du Tour de France. Abouti à 80 %, le chantier n’est pas terminé. Il reste l’épineux projet de la future façade de la Gloire, du grand escalier d’accès et d’une place qui pourrait impliquer la démolition de plusieurs immeubles.
☕️ Café Ateneu Unió
L’antique bar de cette petite cité ouvrière a peu changé depuis un siècle. Sa terrasse donne sur une place où trône la statue d’Eusebi Güell, figée dans le temps. Pour les tapas, direction la terrasse du Bar Sport deux rues plus loin (carrer de Barrau 4), où l’on déjeune de bravas (7,90 euros) et de jamón ibérico (18,60 euros) ou de croquetas (7 euros).
📍 Place Joan Güell, Colònia Güell.
☎️ 00 34 931 25 30 62.
ℹ️ ateneuuniorestaurant.com
🛌 Hotel Centre Reus
Petite adresse au cœur du centre historique piéton, chambres avec balcon donnant sur l’église Saint-Pierre où a été baptisé Gaudi en 1852. Double à partir de 59 euros, petit déjeuner au bistrot du coin.
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📍 Carrer de l’Hospital 6, 8, Reus.
☎️ 00 34 977 12 64 14.
ℹ️ Hotelcentrereus.com
🏨 Hôtel Catalonia Diagonal Centro
Les pavés du Passeig de Gràcia dessinés par Gaudí ont été reproduits pour les carreaux de la salle de bains. Hôtel central fonctionnel, double à partir de 121 euros la nuit.
📍 Carrer de Balmes 142-146, Eixample, Barcelone.
☎️ 00 34 934 15 90 90.
ℹ️ cataloniahotels.com
🏛️ Museu del Vermut
Le vermouth, un vin aromatisé exporté dans le monde entier comme l’huile d’olive ou les noisettes locales, a fait la fortune de Reus. On le boit accompagné de tapas (à partir de 2,60 euros la pièce) dans cet édifice moderniste, au milieu de murs en briques décorés de plaques émaillées rétro.
📍 Carrer de Valleoquetes 7, Reus.
☎️ 00 34 977 34 23 12.
ℹ️ museudelvermut.com
☕️ El Cafè de la Pedrera
Son plafond resté à l’identique évoque les sables du delta de l’Èbre sculptés par le vent… Dès la construction de la Pedrera – Casa Milà par Gaudí, ce café figurait dans les plans. À la carte, sur la mezzanine : plats à environ 20 euros ; formule brunch avec une assiette de jambon ibérique, œufs et avocats à 13,90 euros (sans boisson).
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📍 Pg. de Gràcia, 92, Eixample, Barcelone.
☎️ 00 34 673 43 73 93.
ℹ️ cafedelapedrera.cat
À voir
Depuis décembre sur Netflix, la série La Cité des ombres offre un autre regard sur les réalisations de Gaudí. Chacun des six épisodes porte le nom de l’un de ses œuvres, dont la Sagrada Família pour le final. Tous sont liés à des meurtres atroces dans une Barcelone loin de la carte postale, entre gentrification et réurbanisation en amont des JO de 1992. Adaptation du roman d’Aro Sáinz de la Maza Le Bourreau de Gaudí.