Le chef Bruno Doucet succède à Guy Martin aux fourneaux de cette adresse légendaire. Il nous dévoile les dessous de sa carte.Qu’un grand nom de la bistronomie prenne les rênes du Grand Véfour, haut lieu de la gastronomie parisienne, et certains, dans le landerneau des fins becs, crient au sacrilège. Depuis le 12 mai en effet, Bruno Doucet, chef de La Régalade depuis 2004 et du Comptoir du Relais au carrefour de l’Odéon depuis 2022, prend aussi les commandes du Grand Véfour, fameux restaurant créé en 1784 sous les arcades du Palais-Royal.
Succéder à Guy Martin, qui régnait sur ce monument de la cuisine française depuis 1991 (dont huit ans couronné de trois étoiles), et à Raymond Oliver, chef de 1948 à 1983 (dont trente ans avec les trois macarons), n’est pas une sinécure. C’est même un défi redoutable.
Choisi par le groupe Paris Society, connu pour ses adresses à la mode (Girafe, Monsieur Bleu…) et qui vient de racheter le fonds de l’établissement, l’intéressé en convient : « J’ai la pression. D’ailleurs, je suis bloqué du dos depuis deux jours. »
Balzac, Hugo ou Sartre
Contemplant le décor de la salle inscrit aux monuments historiques, tout en stuc et dorures fixés sous verre et en miroirs patinés, Bruno Doucet, Tourangeau de 52 ans, s’exclame : « Manger ici, c’est un peu manger au château de Versailles ! » Peut-être encore un peu intimidé par ce cadre exceptionnel hérité du romantisme des années 1820-1830 dans lequel Woody Allen a tourné quelques scènes de son film Midnight in Paris en 2011, le chef à la barbe poivre et sel poursuit : « Quand la proposition m’a été faite, j’ai été à la fois sidéré et flatté. Se retrouver à la tête d’un lieu aussi chargé d’histoire est impressionnant et valorisant. Il y a une âme dans cette maison qui dégage de très bonnes ondes. »