Monseigneur Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille : « Nous travaillons à la venue du pape Léon XIV en France »

Monseigneur Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, le 16 avril 2021.
LTD/Theo Giacometti/Hans Lucas

Monseigneur Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, le 16 avril 2021.
LTD/Theo Giacometti/Hans Lucas
La guerre embrase le Moyen-Orient. À défaut de trêve pascale, gardez-vous espoir d’une paix prochaine ?
Depuis cinq semaines, le Moyen-Orient est emporté dans la spirale d’une guerre sans merci, d’autant plus meurtrière que la robotisation croissante met à distance l’acte de donner la mort. Comment mettre fin à toute cette violence ? Le chemin vers la paix ne passe que par le courage du dialogue et de la diplomatie. Il est grand temps que l’on revienne au respect du droit international, bafoué depuis de nombreuses années par des dirigeants qui utilisent la force de leurs armes au mépris du droit des peuples.
Ceux qui déclenchent des guerres sont rarement ceux qui en meurent ! Pour ma part, dès le début de la guerre, j’ai adressé un courrier à mes homologues de Téhéran, Jérusalem, Bagdad, Beyrouth, Chypre et de la péninsule arabique pour leur dire notre soutien. La promptitude avec laquelle ils m’ont répondu montre combien ils ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas abandonnés.
Le dimanche des Rameaux, le patriarche latin de Jérusalem a été empêché par la police israélienne d’accéder à la basilique du Saint-Sépulcre…
C’est profondément regrettable, et nous espérons que ce ne soit qu’un incident. Depuis, le gouvernement israélien a fait marche arrière sur cette question qui touche à la liberté religieuse et au statut des Lieux saints.
Ce dimanche, la messe de Pâques sera célébrée à huis clos par le cardinal Pizzaballa au Saint-Sépulcre, qui restera fermé au public pour des raisons de sécurité. La situation est telle à Jérusalem cette année qu’aucun grand rassemblement religieux n’a pu être organisé, que ce soit pour le ramadan ou pour Pessah. De même, le patriarche de Jérusalem a annulé la procession des Rameaux.
Quid du Liban, dont la partie sud est désormais occupée par Israël ?
Pauvre Liban, toujours victime des grandes puissances qui l’entourent et qui n’ont, semble-t-il, d’autre objectif que détruire le message qu’il représente ! Car, à rebours de la logique de guerre, le Liban montre que la convivialité est possible entre personnes de religions différentes. Il est plus qu’un pays, il est un message, comme l’avait dit Jean-Paul II.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Au Moyen-Orient, les communautés chrétiennes jouent un rôle de paix, comme je l’ai vu en août 2025 au cours de mon voyage en Terre sainte. À Aïn Karem, par exemple, près de Jérusalem, trois sœurs de Saint-Vincent-de-Paul s’occupent avec un courage admirable de 55 jeunes handicapés palestiniens et israéliens. C’est pourquoi je lance aujourd’hui un appel à la solidarité.
N’hésitez pas à envoyer vos dons à l’Œuvre d’Orient [oeuvre-orient.fr], avec laquelle l’Église de France aide très concrètement le peuple libanais et tous les chrétiens du Moyen-Orient, et notamment les écoles chrétiennes du Liban, qui accueillent des enfants de toute confession et jouent un rôle très important d’éducation à la paix. Le maintien de la présence des chrétiens au Liban, en Syrie, en Irak est nécessaire à l’équilibre de ces pays. Or, nombre d’entre eux ne voient plus d’avenir pour leurs enfants sur cette terre et choisissent l’exode. Nous devons les aider à rester.
Comment analysez-vous la politique du Premier ministre israélien ?
Sans me risquer à faire de l’analyse politique, ce que je peux dire, c’est que la sécurité d’un peuple, quel qu’il soit, ne peut s’obtenir en entretenant la haine de l’autre. D’autant que le prix à payer est bien trop élevé. Je pense aux dizaines de milliers de Palestiniens tués par les bombardements israéliens dans la bande de Gaza et aux inadmissibles exactions de certains colons en Cisjordanie, où je me suis rendu en août dernier.
Mais, à l’occasion de ce voyage, j’ai pu rencontrer des deux côtés, israélien et palestinien, des amis de la paix. C’est ce qui motive, envers et contre tout, mon espérance. La lumière de Pâques montre que l’amour peut toujours triompher de la haine : il faut simplement le respect de toute vie et le courage du dialogue.
Pourquoi les appels à la paix de Léon XIV restent-ils inaudibles ?
Souvenez-vous de la phrase de Staline « le pape, combien de divisions ? ». Le pape François disait souvent que la guerre est toujours une défaite, et il dénonçait la course suicidaire aux armements. Bien sûr, Léon XIV en appelle à la conscience des hommes, et surtout des responsables politiques.
Le Saint-Siège, qui dispose de l’un des réseaux diplomatiques les plus performants au monde, ne cesse d’agir, avec discrétion et persévérance, pour faciliter le dialogue entre des pays qui s’opposent. Par ailleurs, le dialogue interreligieux promu par Jean-Paul II il y a quarante ans à Assise, le 27 octobre 1986, est aussi vecteur de paix.
Une nouvelle rencontre sera organisée en octobre 2026, toujours à Assise. Mais nous ne pouvons que regretter l’affaiblissement des organisations internationales, à commencer par l’ONU, ce qui nuit gravement à la paix.
Léon XIV, qui recevra Emmanuel Macron vendredi prochain, doit aussi se rendre en Espagne en juin. Quand viendra-t-il en France ?
Nous y travaillons. J’ai encore abordé le sujet avec le pape il y a quelques jours. Pour l’instant, nous devons préparer notre cœur à accueillir bientôt sa visite.
Comment allez-vous fêter Pâques ce dimanche ?
Je me rendrai à 10 h 30 à l’église Saint-Lazare, près de la gare Saint-Charles, l’un des quartiers les plus pauvres de Marseille. J’irai dès 9 h 30, pour participer au service du petit déjeuner que les paroissiens offrent chaque dimanche aux personnes sans abri. Au cours de la messe, nous rendrons grâce pour les nombreux catéchumènes baptisés pendant la vigile pascale le samedi soir. Ils sont 260 à Marseille et plus de 21.000 en France.
Confirmez-vous avoir recueilli entre dix et vingt voix au premier tour du conclave en mai 2025 ?
Je n’ai rien dit sur le conclave, ni avant, ni pendant, ni après ! Ce fut une expérience spirituelle bouleversante, portée par la liturgie et soutenue par la prière du peuple de Dieu.