La chronique de Marc Fiorentino. L’or, anxiolytique financier

Découvrez la nouvelle chronique de Marc Fiorentino.
LTD/Fabien Clairefond

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Voici ce qu’écrivait l’économiste John Maynard Keynes il y a plus de cent ans dans La Réforme monétaire : « En vérité, l’étalon-or est déjà une relique barbare. Il n’est pas seulement démodé, il est aussi dangereux. » Comment réagirait-il devant la ruée vers l’or des derniers mois ? L’or a pulvérisé tous les records. Et il a passé le seuil symbolique des 4 000 dollars l’once. Avant de reprendre son souffle.
Plus de 50 % de hausse depuis le début de l’année, 15 % de hausse sur un mois. Ce n’est plus de l’euphorie, c’est, pour reprendre une expression du Financial Times, un « Fomo [fear of missing out] plaqué or ». Plus l’or monte et plus on me pose la question : « Faut-il acheter de l’or maintenant ? » On perçoit une véritable panique de rater ce train doré…
Pourquoi cette flambée de l’or ? Des raisons structurelles d’abord : la hausse des dettes dans tous les pays développés provoque une défiance à l’égard des grandes monnaies, à commencer par le dollar. De plus, les banques centrales achètent massivement de l’or pour leurs réserves. Le but ? Se « dédollariser », être moins dépendant du dollar et donc des États-Unis ; la Chine a observé avec attention les sanctions qu’a subies la Russie et elle sait qu’elle n’y échappera pas si elle décide d’envahir Taïwan. Quant aux raisons conjoncturelles, elles sont nombreuses.
Le shutdown américain, cette impasse budgétaire qui débouche sur un arrêt partiel de l’Administration, inquiète les investisseurs. Les perspectives de baisses de taux massives aux États-Unis après la nomination d’un nouveau patron à la tête d’une banque centrale américaine qui perdrait son indépendance alimentent les craintes. La volonté de Trump de faire baisser le dollar, avec succès puisqu’il chute lourdement cette année, pousse les investisseurs vers les valeurs refuges, l’or en tête.
Amusant tout de même de voir qu’un placement aussi « rétro » que l’or provoque un tel engouement à l’heure de la blockchain, des cryptomonnaies et de la « finance décentralisée ». Et les acheteurs particuliers d’or ne sont plus seulement des seniors, les jeunes investisseurs aussi (re)découvrent ce placement de leurs grands-parents.
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Rappelons également que l’or est un placement qui ne rapporte rien. Il ne porte pas d’intérêt malgré l’intérêt qu’on lui porte. La seule espérance de gain quand on détient de l’or, c’est la plus-value, contrairement à des actions de sociétés qui versent des dividendes ou des emprunts d’État ou d’entreprises qui génèrent des intérêts. Oui. Je sais. Vous vous dites : « Il gagne du temps et il ne nous dit toujours pas s’il faut en acheter maintenant. »
Alors je vais vous répéter ce que je rabâche depuis des décennies : l’or est un anxiolytique financier. S’il vous rassure et vous permet de mieux dormir la nuit, consacrez 3 à 5 % de vos placements financiers à un placement or.
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Évitez l’or physique, dont le stockage n’est pas simple, et privilégiez l’or papier. Ou, si vous êtes d’humeur spéculative, les actions de sociétés minières. Et gardez à l’esprit que l’or a alterné dans sa longue histoire des flambées avec des chutes brutales. À vous donc de décider s’il est l’or.