Quand la Bourse a peur de l’intelligence artificielle. La chronique financière de Marc Fiorentino

Découvrez la chronique financière de Marc Fiorentino.
LTD/DR

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Quel paradoxe ! La flambée des indices boursiers aux États-Unis avait été largement alimentée par l’IA. Les investissements massifs et les perspectives de croissance du secteur ont provoqué une ruée historique vers les géants de la tech, leaders incontestables de cette révolution industrielle majeure. Provoquant un enchaînement de records boursiers et des valorisations spectaculaires de plusieurs milliers de milliards de dollars, Nvidia en tête.
Mais depuis quelques mois, et en particulier depuis le début de cette année, l’IA provoque l’effondrement de pans entiers de la Bourse. On a même donné un nom à cette tendance : l’« AI scare trade ». Les opérations reposant sur la peur de l’IA. Le principe est simple : identifier les entreprises qui vont être fortement disruptées par l’intelligence artificielle.
Premières victimes : les éditeurs de logiciels. Le lancement par Anthropic, dans son moteur Claude, d’outils d’automatisation de traitement de données a accéléré une chute brutale de plus de 50 % d’un secteur considéré jusqu’à présent comme générateur de croissance et de forte rentabilité.
Les chouchous de la cote sont ainsi devenus des parias. Même des géants jusqu’alors incontestés comme Microsoft ou Salesforce sont sous pression. Et le jeu de massacre continue. Les investisseurs se projettent et tentent de faire la liste des entreprises qui risquent d’être laminées par l’IA. Et vendent les valeurs concernées sans hésitation.
On a vu tomber en quelques jours les valeurs de traitement de données juridiques et financières, comme Thomson Reuters, Relx ou Wolters Kluwer. Puis des actions de groupes de gestion d’actifs et de fortune ou d’intermédiation, comme Charles Schwab ou Stifel, du fait de l’émergence de moteurs d’optimisation fiscale pour les particuliers. Et, dans la journée de mercredi, les valeurs du secteur du service immobilier comme CBRE ou Jones Lang LaSalle.
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De façon plus générale, ce « trade » de la peur s’attaque à tous les services coûteux et à forte intensité de main-d’œuvre. Des cibles de choix pour l’IA.
Ce n’est pas la panique mais ça y ressemble, et ces baisses peuvent même paraître exagérées. Un rebond temporaire est donc possible. Mais un investisseur ne peut plus éviter de pratiquer l’exercice qui consiste à déterminer dans son portefeuille les entreprises qui vont profiter de l’IA – mais elles sont déjà très bien valorisées –, et celles dont le business model va être remis en question, avec une baisse significative des revenus voire une disparition totale. C’est un exercice difficile. Très difficile même. Surtout pour un actionnaire individuel.
Pour éviter d’être pris dans cette tourmente, on peut se réfugier sur les indices généraux, à travers les ETF, ce qui évite de faire une sélection de valeurs, ou « stock picking », de plus en plus périlleuse. Miser sur l’Euro Stoxx ou encore sur le S&P 500 permet de lisser les risques spécifiques des valeurs. L’IA révolutionne non seulement notre vie quotidienne, mais aussi la Bourse. Et ce n’est que le début.