L'édito éco de Lucie Robequain. L’allégorie de la caverne, version parlementaire

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Les chiffres sont parfois plus trompeurs que les lettres. Cette semaine, le CAC 40, qui constitue l’indice vedette de la Bourse de Paris, a franchi un seuil historique (8.259 points en clôture), laissant penser que les entreprises françaises s’accommodent finalement très bien de l’instabilité politique. La dette française, elle, n’a pas souffert de la mauvaise note que lui avait infligée l’agence S&P la semaine précédente. Elle se finance à un coût plus bas qu’il y a un mois, laissant penser, là aussi, que la trajectoire budgétaire de la France est moins dramatique qu’on l’imaginait.
Ces chiffres ne sont qu’un tissu d’illusions. D’abord parce que le CAC 40 ne reflète pas la santé des entreprises françaises. Il n’a d’ailleurs plus grand-chose à voir avec son pays. Les groupes comme Airbus, Total et Safran génèrent une immense part de leur chiffre d’affaires à l’étranger. LVMH, par exemple, ne réalise que 8 % de ses ventes dans l’Hexagone, contre 27 % en Asie et 25 % aux États-Unis… Porté par les valeurs du luxe et de la défense, le CAC 40 ne fait donc que refléter la santé de l’économie mondiale.
Si la France s’effondre, ces multinationales ne seront affectées qu’à la marge. Le prix auquel Paris finance sa dette est tout aussi trompeur. Il a baissé depuis la suspension de la réforme des retraites et la constitution du gouvernement Lecornu 2. Il n’en fallait pas plus pour donner bonne conscience aux parlementaires qui débattent du budget ces jours-ci, avec la ferme intention de faire baisser la facture pour les Français. La commission des finances a déjà donné le ton : elle a réduit l’effort budgétaire de 8 milliards d’euros, en rétablissant des avantages fiscaux sur les carburants, par exemple.
Mais le sursis n’est que provisoire : après S&P, c’était au tour de Moody’s de nous adresser, vendredi 24 octobre, un avertissement. L’agence a placé la note française sous perspective négative, craignant que l’instabilité politique n’empêche le pays de vaincre « un déficit budgétaire élevé, la hausse du poids de la dette et l’augmentation durable des coûts des emprunts ».
Le gouvernement lui-même table sur une très nette remontée des taux d’emprunt en 2026, de 3,3 % à 3,8 %. N’oublions pas que, à ce même moment, pour la première fois de notre histoire, le seul service de la dette française représentera un budget équivalent, voire supérieur – tout dépendra de l’évolution des taux d’intérêt –, à celui de l’éducation. Pour préparer l’avenir, on fait mieux.
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