L'édito éco de Lucie Robequain. L’économie américaine et ses vilains cafards

Découvrez l'édito de Lucie Robequain.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Quand un cafard traverse votre cuisine, tout porte à croire que d’autres pullulent dans les environs. Telle est la réflexion, a priori triviale, lancée cette semaine par Jamie Dimon, le plus grand banquier américain. Il n’en fallait pas plus pour faire trembler Wall Street. Car derrière cette métaphore cafardeuse se joue la stabilité financière de la première puissance économique mondiale : un scandale a explosé cette semaine chez First Brands, une société totalement inconnue de l’Ohio, laissant penser que la dette privée américaine serait hors de contrôle…
Alors que le dérapage des finances publiques concentre toute l’attention politique et médiatique – avec la France de nouveau sanctionnée par l’agence S&P vendredi soir –, certains économistes sont convaincus que l’incendie couve ailleurs, du côté des entreprises : « Sur la dette privée, il y a un risque de défaut d’acteurs financiers bien moins contrôlés que sur la dette publique », expliquait l’économiste Pierre-Cyrille Hautcœur ce mois-ci sur le site de La Tribune.
La fébrilité est même parvenue jusqu’à nous. Vendredi, les Bourses européennes ont piqué du nez sur fond d’inquiétudes autour des banques régionales américaines. La cause ? Deux établissements, Zions Bancorp et Western Alliance, ont avoué avoir été victimes de fraudes massives autour de crédits immobiliers.
Des scandales qui rappellent furieusement la crise des « subprimes » de 2008. La finance mondiale a toutefois bien changé en près de vingt ans : les banques étaient alors incroyablement exposées aux soubresauts de l’économie, et incapables d’absorber le choc de faillites en cascade. Elles ont constitué depuis d’épais matelas de capitaux qui les rendent plus robustes. L’inquiétude n’a pas disparu pour autant : elle s’est déplacée vers les établissements non bancaires qui exercent des activités similaires sans être soumises aux mêmes contraintes prudentielles.
Derrière ces préoccupations en pointe une autre, plus grande encore : celle que la croissance américaine soit artificiellement gonflée par l’IA. Qu’on en juge : l’industrie des logiciels ne représente que 5 % du PIB américain mais elle contribue pour un tiers de sa croissance. Dit autrement, le pays a mis tous ses œufs dans le même panier, en investissant à tour de bras dans les centres de données. Le pari peut être payant si l’intelligence artificielle remplit ses promesses. Il sera fatal dans le cas contraire. Car le secteur de l’IA est dangereusement concentré et endogamique.
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Il repose sur une dizaine de sociétés (Apple, Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla, Oracle, Palantir et Broadcom) qui ont multiplié les participations croisées et les contrats au point de rendre leurs intérêts inextricables. Leurs valorisations volent de sommet en sommet. Si la bulle éclate, c’est toute l’économie américaine qui en pâtira. Le risque est bien réel : pour la première fois cette semaine, Bank of America l’a classé comme le danger numéro un pour les marchés financiers, devant l’inflation et la récession mondiale.