À Reichstett, le pari gagnant de la réhabilitation d'une ancienne raffinerie en pôle économique

L’ancienne raffinerie Petroplus de Reichstett transformée par la société française Brownfields.
Brownfields

L’ancienne raffinerie Petroplus de Reichstett transformée par la société française Brownfields.
Brownfields
La France compterait entre 80.000 ha et 140.000 ha de friches, selon les estimations, publiées en 2025, du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). Paradoxalement, alors que le pays consomme chaque année 20.000 ha d’espaces naturels, agricoles ou forestiers, seuls 28 % de ces sites feraient l’objet d’un projet de reconversion.
C’est ce qui s’est passé, avec succès, à Reichstett, en périphérie de Strasbourg, où l’ancienne raffinerie Petroplus a été transformée par la société française Brownfields, spécialisée dans la reconversion de friches industrielles et la requalification de sites pollués. Son directeur général adjoint, Nicolas Pfister, se souvient encore « des cheminées de 60 mètres de haut qui dominaient » la friche. Les cuves et les tuyauteries ont été démantelées. 80 ha d’activités économiques accueillent désormais des dizaines d’entreprises tertiaires, soit 1.500 salariés.
« Avant, j’avais la moitié du village classé Seveso. Maintenant, j’ai une zone d’activités totalement dépolluée. Nous avons même réussi à aménager 15 ha de réservoirs de biodiversité, où la faune est protégée, se réjouit Georges Schuler, le maire (LR) de Reichstett (4.900 habitants). Tout a été très vite. Et nous avons relancé la création d’emplois. » Dix ans après l’opération, il témoigne « d’un alignement d’étoiles et d’une entente cordiale entre toutes les parties prenantes, quel que soit le bord politique ».
L’aventure a débuté trois ans après la liquidation de Petroplus, prononcée en 2011. Le site est devenu le premier de France à appliquer le dispositif du tiers demandeur. Ce mécanisme juridique, introduit par la loi sur l’accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) de 2014, permet à un porteur de projet de se substituer à l’ancien exploitant. « Avec le tiers demandeur, la responsabilité est transférée : il faut donc avoir vérifié en amont un maximum d’éléments. En d’autres termes, on prend son risque », résume Nicolas Pfister.
Pour son entreprise, le marathon administratif s’est apparenté à un parcours d’obstacles. À savoir dix-huit mois d’études avant d’obtenir l’ensemble des autorisations administratives : permis de démolir, autorisation environnementale, dossier loi sur l’eau, arrêté préfectoral de tiers demandeur, permis d’aménager et modifications du plan local d’urbanisme. « À Reichstett, nous avons investi presque 40 millions d’euros entre le désamiantage, les démolitions, la dépollution et la viabilisation », détaille le directeur général adjoint de Brownfields, qui a bénéficié du soutien de son actionnaire de référence, la Caisse des dépôts, ainsi que de la Banque européenne d’investissement.
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Les techniciens ont dû décaisser jusqu’à la nappe phréatique du Rhin, située à deux mètres de profondeur dans cette partie de la plaine d’Alsace. L’hydrocarbure issu des activités passées de la raffinerie flottait au-dessus de la nappe : il a été pompé. Les terres polluées ont été expédiées jusqu’en Lorraine et en Allemagne. « Le chantier a été colossal, avec 900 kilomètres de tuyaux et 40.000 tonnes de ferrailles », se souvient le maire de Reichstett.
Les travaux de reconversion s’inscrivent pourtant dans la moyenne nationale. Le coût moyen de remise en état d’une friche atteindrait, en France, 540.000 par hectare, selon les estimations du Cerema. Pour équilibrer son opération, la société a démarré dès 2016, parallèlement aux travaux, la vente des terrains de la zone d’activités tertiaires, aménagée en lieu et place de la friche et baptisée ÉcoParc Rhénan. Elle a accueilli des activités diverses : bureaux, maintenance automobile, ainsi que plusieurs centres logistiques. Soit 160.000 mètres carrés de surfaces d’activité développées.
Tant et si bien que, fort de son succès, Brownfields a lancé la reconversion de la friche d’un ancien hôpital psychiatrique, situé à 200 mètres de la raffinerie. Cependant, l’approche diffère : pas de pollution des sols, mais un volet amiante jugé « colossal ». En effet, la volonté politique, souhaitant préserver des bâtiments historiques en grès – et des arbres centenaires –, impose, de ce fait, un désamiantage.
La facture s’envole : l’investissement atteindra 100 millions d’euros sur cette deuxième tranche, pour développer environ 80.000 mètres carrés de locaux d’activités. Le site en reconversion vient d’accueillir le siège du logisticien Heppner, déplacé du centre-ville de Strasbourg. 600 emplois sont déjà recensés sur ce deuxième site, dont l’achèvement est prévu d’ici à deux ans.