OPINION. « Faire de la bioéconomie une stratégie de résilience pour l’agriculture et la forêt françaises », par 9 acteurs des filières agro-industrielles et énergétiques
Face aux sécheresses, aux inondations, aux tensions géopolitiques et à la pression climatique, l’agriculture et la forêt françaises sont en première ligne. Ces organisations appellent à faire de la bioéconomie une véritable stratégie nationale pour renforcer la résilience, la souveraineté et la décarbonation de l’économie.
Sécheresses à répétition, épisodes d’inondations intenses, tensions géopolitiques, volatilité des marchés, pression climatique et sur les moyens de production : l’agriculture et la forêt françaises sont en première ligne des grandes transformations de notre époque. Face à ces défis, un changement de regard s’impose. La bioéconomie, bien plus qu’un sujet technique réservé aux experts, peut se poser en véritable stratégie nationale au service de la résilience agricole, forestière, industrielle et territoriale.
La France dispose d’un atout considérable : son potentiel de biomasses disponibles. Chaque année, notre agriculture et nos forêts produisent environ 310millions de tonnes de biomasse. Cette richesse, longtemps perçue sous le seul angle alimentaire, constitue en réalité le socle d’une bioéconomie plus large, qui valorise la plante dans son ensemble, les coproduits et les déchets, en combinant usages alimentaires et non alimentaires, et en contribuant à la transformation vers la neutralité carbone.
Une logique de complémentarité au service de la souveraineté
Bioénergies, biomatériaux, produits biosourcés, coproduits riches en protéines : la bioéconomie est un levier structurant pour les transitions agroécologiques, la diversification des débouchés agricoles et forestiers, la stabilisation des revenus et la souveraineté française.
Avant l’envolée du fossile – qui a spécialisé l’agriculture vers l’alimentation –, près de 30 % des surfaces céréalières étaient dédiées à des usages non alimentaires (traction, chauffage, textile). Développer la méthanisation, les biocarburants durables, les bioraffineries et les matériaux biosourcés, c’est renouer avec cette articulation des usages tout en innovant et en priorisant l’alimentation. De même, les débouchés énergétiques de la biomasse forestière, en générant un revenu complémentaire au bois d’œuvre ou d’industrie, rendent possibles des travaux sylvicoles autrement inaccessibles.
Alimentaire et non alimentaire, production et stockage de carbone… La bioéconomie n’oppose pas : elle valorise l’intégralité de la biomasse, sécurise les approvisionnements, génère des coproduits utiles à l’alimentation humaine et animale, renforce la résilience agricole et forestière et accélère la décarbonation, en stockant le carbone dans les sols et les matériaux, en substituant le carbone végétal au carbone fossile et en favorisant la couverture des sols.
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Transformer l’essai : passer de l’atout à la stratégie assumée
La France dispose d’atouts solides : des acteurs industriels de rang mondial (amidonneries, sucreries, distilleries, huileries, oléochimie, fermentation, bioénergies, biocarburants…) et un patrimoine forestier en expansion de 17 millions d’hectares. Pourtant, concurrence internationale agressive, déficit commercial sur le bois et écarts de compétitivité fragilisent cet écosystème ancré dans nos territoires. Sans stratégie claire, ces forces s’éroderont.
Transformer l’atout en stratégie suppose trois priorités : visibilité à long terme pour les filières en sécurisant la demande (commande publique et cadres réglementaires stables), investissement massif dans l’innovation et la recherche, de la semence aux produits finis, et simplification des règles – accélérer les autorisations, alléger les procédures, protéger face aux importations déloyales, renforcer la valorisation et la transformation locales. Avec 17 millions d’emplois dans la bioéconomie et une valeur de 2.700 d’euros en 2023, l’Europe avance. Elle vient même de se doter d’une stratégie bioéconomie tournée vers la croissance, l’emploi et la décarbonation.
La France ne peut rester spectatrice. La souveraineté agricole, alimentaire et industrielle est au cœur du débat public et la bioéconomie offre une voie de consensus. Faire de la bioéconomie une stratégie nationale, c’est rechercher l’équilibre durable des débouchés des biomasses, la valeur ajoutée plutôt que l’exportation brute, la résilience plutôt que la dépendance. C’est surtout redonner à l’agriculture et à la forêt françaises un horizon de stabilité et d’ambition. Et à l’économie française une voie d’excellence et de croissance.
Liste des signataires : France gaz renouvelables (FGR), Olivier Dauger et Jean-Marc Onno, co-Présidents; Bioeconomy For Change (B4C), Michel Mangion, Président; Comité Interprofessionnel du Bois Energie (CIBE), Mathieu Fleury, Président; Bioéthanol France, Alexandre Haack, Président; Esterifrance, Isabelle Weber, Présidente; Union des Syndicats des Industries des Produits Amylacés et de leurs dérivés (USIPA), Marie-Laure Empinet, Présidente; Fédération National des Industries des Corps Gras (FNCG), Stéphane Yrles, Président; Syndicat National des Fabricants de Sucre (SNFS), Christian Spiegeleer, Directeur général