Au bal des extrêmes. La chronique de Bruno Jeudy

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Au soir de ce premier tour, rarement un scrutin municipal aura été autant dominé par les prises de parole de La France insoumise et du Rassemblement national. Longtemps piliers de la vie locale, les partis dits de gouvernement – socialistes, Républicains, voire centristes – ont semblé relégués au second plan, comme écrasés par la percée des candidats insoumis et la progression constante des lepénistes. La photographie finale n’est pas encore connue, mais une tendance se dessine : celle d’un paysage politique local de plus en plus polarisé.
La surprise est d’abord venue du camp de Jean-Luc Mélenchon. Contrairement aux précédentes municipales, les Insoumis avaient fait le choix de s’implanter largement, avec des candidatures autonomes dans les villes de plus de 100 000 habitants et dans près des trois quarts des communes de plus de 30 000 habitants. Le pari semble déjà en partie réussi. À Saint-Denis, deuxième ville d’Île-de-France, Bally Bagayoko l’emporte dès le premier tour avec 50,77 % des voix, balayant le socialiste sortant. À Roubaix, le député David Guiraud échoue d’un souffle. Et à Toulouse, la liste insoumise crée la surprise en arrivant deuxième derrière le maire sortant Jean-Luc Moudenc, devançant la candidature socialiste.
Jean-Luc Mélenchon s’est aussitôt félicité d’une « percée historique », évoquant plusieurs villes désormais à portée de conquête : Lille, Roubaix, Limoges, Saint-Denis ou Toulouse. Dans certaines d’entre elles, La France insoumise se retrouve même en position d’arbitre. À Paris, par exemple, Sophia Chikirou, créditée d’environ 13 %, a promis de se maintenir si Emmanuel Grégoire ne lui propose pas une fusion « antifasciste ».
Après des semaines de polémique liées au lynchage de Quentin Deranque par des militants de la Jeune garde – un mouvement proche de LFI –, les mélenchonistes ont savouré leur revanche sur les plateaux de télévision. Ils ont surtout mis les socialistes face à un choix délicat : accepter l’alliance ou assumer la division. À Marseille, Benoît Payan a repoussé la main tendue de Sébastien Delogu ; à Paris, Emmanuel Grégoire est resté évasif face aux exigences de Sophia Chikirou.
À l’autre extrémité de l’échiquier, le Rassemblement national consolide ses bastions. Louis Aliot est réélu à Perpignan ; Steeve Briois et Fabien Engelmann sont reconduits largement à Hénin-Beaumont et Hayange ; à Fréjus, Marignane et Beaucaire, les maires sortants conservent également leurs fauteuils. Le parti aborde désormais le second tour en position favorable dans plusieurs villes stratégiques : Nîmes, Douai, Draguignan, Carcassonne, Menton, et même à Nice aux côtés de leur allié Éric Ciotti.
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Au fil des scrutins, le RN poursuit ainsi son patient travail d’enracinement local. De nouvelles conquêtes dimanche prochain lui permettraient non seulement d’élargir sa carte municipale, mais aussi, à terme, de renforcer son influence au Sénat, où ces mairies pourraient lui offrir de précieux grands électeurs.
Le tableau qui se dessine est celui d’une France politique toujours plus polarisée, dans la continuité des élections qui se succèdent depuis 2022. La poussée des extrêmes ne signifie pas seulement un vote de protestation : elle traduit aussi l’affaiblissement des formations traditionnelles, prises en étau entre deux radicalités qui structurent désormais le débat public.
Jordan Bardella ne s’y est pas trompé. Hier soir, le président du RN a tendu la main aux listes de « droite sincère » et aux « indépendants » refusant, selon lui, « la dilution dans le macronisme ». À gauche, les Insoumis mettent les socialistes au défi de choisir leur camp.
Entre ces deux pressions contraires, les partis de gouvernement cherchent encore leur place. Mais au bal des extrêmes, ils ne mènent plus la danse.