OPINION. « Pour que vive le gaullisme, refaisons nation »par Nicolas Lacroix, président du Mémorial Charles de Gaulle

Nicolas Lacroix est le président du Mémorial de Charles de Gaulle.
LTD / c.DORMOY

Nicolas Lacroix est le président du Mémorial de Charles de Gaulle.
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Alors que deux films vont dans les prochaines semaines mettre à l’honneur le parcours personnel et politique du « plus illustre des Français », la tentation pour certains est grande d’en confisquer à dessins l’image et la grandeur et de s’enorgueillir d’en être le seul héritier. De là où je me trouve, je vois défiler tous ceux qui viennent se recueillir en invoquant son nom. Et je vois l'écart entre ce qu'ils invoquent et ce qu'ils font.
« Tout le monde a été, est ou sera gaulliste », prophétisait André Malraux, comme pour mieux dire que le temps qui passe finit par tout faire oublier. Mais je crois qu’il est essentiel de rappeler ce que le « courant gaulliste » signifiait : attaché aux valeurs de la social-démocratie chrétienne, il se voulait porteur d’un développement économique raisonné, créateur de richesses pour celles et ceux qui vivent de leur travail mais aussi pour en partager les fruits.
C’était l’idée d’une France souveraine, forte, au régalien assumé assurant la sécurité partout et pour tous. C’était l’idée d’une France qui pourvoit à une éducation fondée sur le devoir et la responsabilité, dans le respect des libertés fondamentales. C’était l’idée d’une France capable de relever les défis technologiques les plus élevés et d’« éclairer » par ses valeurs universelles et émancipatrices toutes celles et tous ceux qui vivaient des moments sombres dans des pays sans liberté.
Ce mythe est encore intact aujourd’hui. Le projet, lui, est orphelin. Il est devenu le costume que tour le monde essaie mais que personne ne porte. Car qui, dans le panel électoral proposé actuellement, peut oser penser qu’il embrasse ce spectre de manière exhaustive ?
Évidemment pas ceux qui à l’extrême gauche continuent de nous ramener aux utopies économiques et sociales, qui minent encore notre pays, et sont responsables de son déclassement. Elles sont le choix de la facilité dont on paiera le prix à crédit.
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Le RN, de son côté, s'engouffre dans tous les mécontentements, aussi contradictoires soient-ils. Il promet à la fois le régalien sans faille et la protection sociale sans effort. Cette dualité ne résistera pas à l'épreuve du pouvoir. Mais il y a plus grave. Ce parti est né dans l'appel explicite à la mort du Général. Ceux qui ont la mémoire courte pourront l'oublier. Ceux qui ont une certaine idée de la France, non.
Son supplétif, l’UDR, n’est pas plus en capacité de l’incarner malgré les rodomontades de son Président : son acte de création ayant été la trahison de celles et ceux qui lui ont fait confiance, ce mouvement est par nature discrédité.
Le « bloc central » aurait pu en avoir l’ambition collective. Mais la querelle d’egos trop nombreux a conduit à une forme de régime des partis que De Gaulle qualifiait lui-même de « pagaille ». À vouloir composer à tout prix sans vision commune établie, ce bloc a perdu la cohérence indispensable pour assurer la bonne gouvernance de la France.
Ce constat, sévère j’en conviens, n'est pas une condamnation mais une invitation.
De Gaulle l'a déjà prouvé : on peut rassembler des hommes que tout oppose quand l'enjeu dépasse les clivages. En 1943, il n'a pas demandé aux résistants leur carte politique. Il leur a demandé s'ils aimaient la France. Le Conseil National de la Résistance n'est pas qu’un souvenir, il peut aussi être une méthode.
Cette méthode, nous en avons besoin aujourd'hui. Seul un rassemblement lucide, entre une gauche qui accepte les réalités, un centre d’idée et une droite qui renonce aux surenchères, peut permettre à la France de retrouver une direction en respectant les valeurs fondamentales de l’universalisme et la promesse de l’égalité républicaine.
L'époque n'est plus aux héritiers autoproclamés et aux embrigadements partisans. Elle est à refaire Nation. La voie est étroite. Mais c'est la seule qui mène quelque part pour ceux qui ont encore une certaine idée de la France.
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