À 50 ans, cette ancienne avocate déborde d’énergie comme si elle craignait que la vie ne lui file encore entre les doigts. C’est à 33 ans, à la mort de son grand-père, qu’elle prend conscience de l’urgence de « vivre [s] a vie ici et maintenant » et qu’elle décide de franchir le Rubicon. Des prétoires aux seules en scène, l’humoriste ne veut plus s’excuser de « faire [s]on intéressante » : « Petite, je voulais lire les textes à l’église pour qu’on m’écoute et qu’on me regarde, mais je savais que ce n’était pas bien, surtout pour une fille », plaisante-t-elle.
Issue d’une famille « catho », élevée « à l’ancienne » par un père autoritaire et une mère effacée, Caroline grandit avec une sensation d’injustice : « Mon père décidait de tout sans explication et ma mère ne décidait de rien. » Une forme d’arbitraire qu’elle remettra radicalement en question à l’heure de changer de vie. Sa toute première révélation survient quand elle découvre, à 7 ans, son modèle à la télévision : Jacqueline Maillan.
« Je la trouvais si drôle et je me suis demandé à l’époque : mais on a le droit de faire ça ? », s’amuse-t-elle. Quitter les prétoires pour les planches, briser l’attente sociale d’une carrière respectable en cachant son projet à ses parents de peur qu’ils ne la découragent… C’est seule et sans filet qu’elle va décider de « vivre enfin alignée ». Car derrière les punchlines et les éclats de rire se cache aussi un engagement, celui d’une artiste qui questionne la place des femmes dans la société et qui plaide inlassablement pour leur entière liberté.
Alors qu’elle a été victime d’agressions sexuelles et de viol, c’est sur scène qu’elle fera son MeToo. Une parole libérée après des années de culpabilité et de silence : « Avant, je n’avais pas la force d’en parler. J’avais peur et je pensais que c’était de ma faute. MeToo m’a sauvé la vie. »
L’humoriste regrette également de ne pas avoir pu se livrer auprès de son père de son vivant : « Je n’aurais pas supporté de le rendre malheureux. » Ce père dur, qu’elle a longtemps combattu, n’en demeure pas moins son héros. Sa disparition, il y a trois ans, la terrasse : « Quand il est mort, je me suis effondrée littéralement. […] En faisant rire sur sa disparition dans mon spectacle, j’ai pu calmer, peu à peu, cette douleur insupportable. » Faire rire, même du pire : « probablement la meilleure façon de rester debout », pense-t-elle.
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On va rire et continuer le combat.
Caroline Vigneaux, humoriste
Caroline a longtemps été une féministe « optimiste » même si, aujourd’hui, elle avoue déchanter : « Je croyais que les choses avançaient, mais avec le retour du masculinisme et l’augmentation endémique des féminicides, j’en reviens. » Elle fustige une société qui, selon elle, continue de penser que « c’est moins grave de tuer sa femme que son voisin ». Et rappelle que les statistiques officielles sont bien en deçà de la réalité.
« J’en suis la preuve puisque je n’ai jamais porté plainte. » Alors quand elle livre son one-woman-show – In Vigneaux Veritas, actuellement en tournée en France –, le public rit aux éclats mais découvre aussi une femme en colère qui veut adresser un message fort à tous les agresseurs : « Vous ne nous anéantirez pas. On va rire malgré ça et on va continuer le combat. »
Un combat qu’elle dit « essentiel », au nom de toutes ces femmes qui, avant elle, ont « fait le job » : « Elles se sont battues pour nos droits sans voir les résultats. Je sais que je ne verrai pas un monde sans féminicide, pourtant, il va bien falloir que cela cesse », affirme-t-elle. Pour elle, cette lutte passe avant tout par les moyens que l’on accepte d’engager contre les violences : « C’est l’argent qui peut aider ces femmes à sortir de cet enfer ; les associations de terrain manquent tellement de moyens », déplore-t-elle.
À partir du 15 janvier, l’humoriste sera au théâtre des Mathurins à Paris, mais en coulisses, avec Le Cid pète un câble, une adaptation déjantée qui dépoussière ce grand classique de Corneille. Autrice, scénariste et productrice de « ce pari fou », Caroline Vigneaux démontre, une fois de plus, qu’elle peut être là où on ne l’attend pas.