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La chronique de Sophie Iborra. « Mon féminisme est plein de contradictions » (Aure Atika, actrice et réalisatrice)

Sophie Iborra

Publié le 21 septembre 2025 à 06:50 - Mis à jour le 21 septembre 2025 à 09:55

Dans cet épisode, Aure Atika parle de sa vision du féminisme.

Dans cet épisode, Aure Atika parle de sa vision du féminisme.

LTD / shootpix abaca / Sylvia Galmot

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Chaque mois, rencontre avec une femme de convictions. Dans cet épisode : Aure Atika, actrice et réalisatrice.

En hébreu, Aure signifie « lumière ». Lorsque l'actrice débarque dans le studio, son immense sourire illumine instantanément la grisaille des matins parisiens. D'origine juive marocaine, sa famille s'installe en France dans les années 1960 mais ne lui donne pas pour autant les clés d'une judaïté éclairée. « Je n'ai pas eu le narratif qui va avec, j'ai dû relire Les Juifs pour les nuls », plaisante-t-elle.

Pourtant c'est bien l'histoire d'une bande de potes juifs séfarades dans le Sentier qui va marquer son destin d'actrice populaire. Nous sommes en 1997, La Vérité si je mens  ! de Thomas Gilou entre au panthéon des comédies françaises. Le film culte aux 5 millions d'entrées offre à Aure Atika l'un de ses rôles les plus marquants. Au point de relancer une carrière qu'elle pensait abandonner, mais aussi, de lui coller un peu trop à la peau.

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« J'ai adoré faire ce film, mais j'ai mis du temps à sortir de l'image de la belle plante écervelée et à prouver que je pouvais faire autre chose. » Près de trente ans après cet énorme succès, celle qui incarnait Karine, bimbo paumée amoureuse de Dov, adulescent infidèle campé par Vincent Elbaz, s'interroge  : « Avec le recul, je ne sais pas si je referais les mêmes choix. à l'époque, les rôles féminins manquaient de densité et d'écriture, j'ai réalisé plus tard que nous étions souvent cantonnées à des rôles de potiche. »

Ses trente-cinq ans de carrière éclectique vont pourtant dessiner le parcours d'une actrice libre qui choisira d'alterner les comédies populaires (OSS 117 - Le Caire, nid d'espions, Comme t'y es belle  !...) et les films d'auteur comme le très beau De battre mon cœur s'est arrêté, de Jacques Audiard ou encore Mademoiselle Chambon, qui lui vaudra une nomination au césar de la meilleure actrice dans un second rôle.

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Ce goût pour la liberté lui vient d'Odette, sa mère. Symbole de sa génération, la post-soixante-huitarde se fait appeler Ode et crame sa vie par les deux bouts. La petite Aure grandit sans père et sans limites  : « J'étais l'adulte et elle l'enfant ; la drogue la rendait fragile et je n'avais pas vraiment de cadre, mais elle m'a donné l'essentiel. » Sa grand-mère couturière sert de rempart. Et même si l'actrice concède qu'il a fallu « régler le compte » de cette mère pas comme les autres chez le psy, la réhabiliter auprès de proches qui la qualifiaient de « défaillante » était tout aussi important à ses yeux.

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Dans Mon ciel et ma terre, le roman autobiographique qu'elle écrit en 2017, elle dresse le portrait d'une femme forte et fragile à la fois, qui n'avait peur de rien et qui n'a cessé de lui transmettre de l'amour et de la confiance. « Preuve qu'on peut avoir eu une éducation rock'n'roll et s'en sortir », ­ironise-t‑elle. Maman ­d'Angelica, 23 ans, elle insiste sur la difficulté de concilier sa vie de femme avec son rôle de mère, en choisissant toutefois pour sa fille une autre éducation que celle qu'elle a reçue. La quinqua se réjouit de l'envol de sa progéniture avec le sentiment du devoir accompli. « Je suis heureuse qu'elle quitte le nid, pour elle, pour moi et pour elle et moi  ! » s'amuse-t-elle.

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À la question « êtes-vous féministe ? », l'actrice répond sans détour  : « Mon féminisme est plein de contradictions. » Héritier de celui de sa mère. La liberté est au cœur de son engagement. Pouvoir choisir sa vie, faire fi des conventions et revendiquer les mêmes droits que les hommes en est la base. Pourtant, elle sait aussi que l'époque peut tendre à certains excès  : « Je suppose qu'il faut en passer par là pour avancer. » Statut des actrices, âgisme, sexisme, violences, elle dresse la liste des situations qui ne sont toujours « pas normales »  : « Si on veut rétablir l'équilibre et casser les vieux schémas, il faut avant tout éduquer nos garçons sans pour autant tomber dans l'extrême. »

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L'actrice démarre la promo de la série Belphégor, prochainement sur HBO puis sur M6. Dans quelques mois, elle sera également à l'affiche de La Maison des femmes, un film de Mélisa Godet qui retrace l'histoire de l'unité de soin qui accueille les femmes victimes de violences en Seine-Saint-Denis. « Une participation essentielle pour moi. J'y joue le rôle de la mère de l'héroïne, qui a un rapport complexe avec sa fille. » Un rôle de composition, vraiment  ?

Sophie Iborra

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