L'édito de Philippe Mabille. La coupe fiscale est pleine

Par Philippe Mabille, directeur éditorial

Philippe Mabille revient sur la tension fiscale, en France et en Europe.
LTD/Cyrille George Jerusalmi

Par Philippe Mabille, directeur éditorial

Philippe Mabille revient sur la tension fiscale, en France et en Europe.
LTD/Cyrille George Jerusalmi
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En portant leur taux d’épargne à près de 19 %, record historique presque battu, les épargnants français ont adressé un signal très fort à toute la classe politique qui offre, depuis la dissolution et plus encore depuis cet été, le spectacle désolant de l’impuissance publique et de la division. Ce signal, c’est celui de la précaution, parce qu’ils anticipent, à juste titre, qu’ils vont, un jour au l’autre, devoir payer la facture de la dette colossale accumulée par la France, en route pour dépasser, comme l’Italie, les 120 % du PIB.
Échappera-t-on, cet hiver, à la hausse de la flat tax, le prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur les dividendes et les plus-values ? Fixé à 30 % depuis 2028, le PFU pourrait être relevé à 36 % pour tous les Français, ce qui signifie à plus de 40 % pour les plus fortunés d’entre eux : il faut, en effet, y ajouter, pour les uns, la « contribution exceptionnelle sur les hauts revenus » (CEDH) et, pour les autres, la « contribution différentielle sur les hauts revenus » (CDHR).
Ces deux nouveaux impôts ont porté la flat tax à 34 %, voire à 37,2 %, loin du plafond de 30 % voulu par Emmanuel Macron dans sa révolution fiscale de 2017. De sorte que la France est déjà le pays européen qui taxe le plus les dividendes : c’est 26 % en Italie, 20 % en Irlande, 15 % aux Pays-Bas. Rappelons aussi que les dividendes sont taxés deux fois, puisque, avant d’être éventuellement distribués, les profits sont déjà taxés à l’impôt sur les sociétés, ramené, certes, à 25 %.
La coupe fiscale est donc déjà bien pleine. Si l’art de l’impôt consiste à plumer l’oie sans la faire crier, comme l’aurait dit un jour Colbert, force est de constater que cela ne marche plus. Alors que le débat sur la taxe Zucman bat son plein, le Financial Times a perfidement consacré une longue enquête sur ces Français « ultra-riches » qui transfèrent leurs fonds d’investissement et leurs assurances-vie au Luxembourg ou en Suisse.
Autre indicateur de la tension fiscale en Europe, l’Italie de Giorgia Meloni, qui a déjà doublé le taux de la « welcome tax » (elle permet à un étranger qui s’installe de l’autre côté des Alpes de se libérer de tout impôt), envisage de porter celle-ci à 300.000 euros par an, sans dissuader les « rich & wealthy » d’affluer et de faire flamber les prix de l’immobilier dans le centre de Milan, en passe de devenir la nouvelle grande place financière de l’Europe.
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On l’a oublié, mais la plus grosse vague d’exil fiscal en France a été provoquée par la décision du gouvernement Juppé, en 1995, de déplafonner l’ISF. À un point tel qu’il a fallu que le Conseil constitutionnel y mette un terme, en 2012, en obligeant le président François Hollande à renoncer à sa taxe à 75 %, jugée « confiscatoire ».
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C’est, d’ailleurs, cet argument qui est opposé aux partisans de la taxe Zucman pour empêcher qu’elle ne soit votée. Ce qui ne devrait pas être le cas lors de la discussion de cette loi de finances, puisque le RN, qui s’était abstenu lors du vote de la proposition de loi LFI, a désormais clairement affiché son hostilité à cette taxe de 2 % sur les patrimoines, y compris professionnels, supérieurs à 100 millions d’euros. Mais, n’en doutons pas, la question fiscale restera inflammable en France jusqu’à ce qu’elle soit tranchée en 2027 lors de l’élection présidentielle. L’oie a donc bien raison d’avoir peur pour ses plumes !
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