OPINION. « La féminisation des métiers d’avenir est une priorité nationale », par Thibaut Guilluy, Emmanuelle Larroque et Laetitia Niaudeau
latribune.fr
Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, Emmanuelle Larroque, présidente de Social Builder, et Laetitia Niaudeau, directrice générale adjointe de l'Apec.
Alors que 74 % des femmes déclarent n'avoir jamais envisagé de faire carrière dans les domaines scientifiques ou techniques, Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail, Emmanuelle Larroque, présidente de Social Builder, et Laetitia Niaudeau, directrice générale adjointe de l’Apec, appellent à rectifier ce « déséquilibre structurel ».
Peut-on vraiment préparer l'avenir en se privant de la moitié de nos talents ? À l'heure où les révolutions technologiques et les secousses géopolitiques bousculent nos certitudes, les concepts de réindustrialisation, de transition écologique et d'autonomie stratégique s'imposent en force dans tous les discours. Pourtant, la réalité du terrain révèle toujours d'importants manques de mains d'œuvre pour nos filières d'avenir : les secteurs de l'industrie, de la cybersécurité, de la construction durable ou de l'intelligence artificielle peinent encore à attirer les forces vives dont elles ont besoin.
Les statistiques sont édifiantes : on dénombre aujourd'hui 85 000 postes vacants dans le numérique, 63 000 dans l'industrie ou encore 45 000 dans la construction. Ce déficit de talents se double même d'une profonde fracture de genre : le numérique compte moins d'un quart de femmes dans ses rangs, tandis que l'industrie n'en accueille que 30 %. Plus alarmant encore : 74 % des femmes n'ont jamais envisagé de faire carrière dans ces domaines scientifiques ou techniques.
Ces chiffres sont le symptôme d'un déséquilibre structurel qu’il nous faut impérativement rectifier. Car si d'aucuns pensaient jadis que nos entreprises et notre économie pouvaient prospérer sans une réelle politique en faveur de la mixité professionnelle, la réalité leur démontre aujourd'hui l'inverse et que les femmes joueront le premier rôle dans notre réussite commune pour les années à venir.
La féminisation des métiers d'avenir dépasse donc largement le cadre de l'exigence morale et s'impose comme un enjeu de société majeur, comme la condition sine qua non de notre performance économique et de notre souveraineté, objectifs majeurs du plan France 2030 dans lequel cette initiative s'inscrit.
Pour relever les défis immenses que nous imposent les transitions de notre temps, nous ne pouvons plus nous priver de nos talents féminins. Nous ne pouvons plus accepter, non plus, que l'égalité femmes-hommes stagne ou régresse dans certaines filières, a fortiori en sachant que les entreprises qui cultivent la diversité surpassent de 30 % leurs homologues moins inclusives en termes de performances financières. Nous devons agir.
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Les obstacles à cette bifurcation sont multiples : des stéréotypes ancrés dès l'enfance, des environnements professionnels où l'on exige des femmes qu'elles prouvent sans cesse leur légitimité et un manque de modèles féminins dans les postes à haute responsabilité. Nous, acteurs de l'emploi, de la formation et de l'innovation, refusons que la féminisation des métiers d'avenir demeure un simple objectif uniquement présent dans les discours institutionnels.
Renverser la table des représentations
Face à l'urgence, Social Builder, l'Apec et France Travail s'unissent pour lancer Tech Boost Her, une initiative inédite pour accélérer la présence des femmes dans les métiers de demain. Aux côtés de partenaires engagés, nous nous retrouverons les 3 et 4 juin au Centquatre-Paris pour tenter de changer la donne et faire advenir la féminisation des métiers d'avenir dont nous avons tant besoin.
Pour traduire ce discours en actes, il nous faut collectivement reconnaître que ce sujet ne relève pas uniquement des femmes, mais qu'il engage nos entreprises, nos politiques publiques et toute notre société. Cela suppose d'agir simultanément sur deux fronts. D'abord, accompagner les femmes concrètement, partout en France, pour leur permettre de se projeter et de se former dans ces secteurs. Cela passe par des espaces de rencontres, des actions de mentorat, de montée en compétences, mais aussi par la force du collectif, de la sororité, de communautés capables de créer de nouveaux modèles de réussite et d'entraîner d'autres femmes dans leur sillage.
Cela suppose également de transformer les organisations elles-mêmes. Car l'enjeu n'est plus seulement d'ouvrir les portes, il est de faire évoluer durablement les pratiques de formation, de recrutement et de management. Nous allons poursuivre notre travail avec les entreprises, construire avec elles des solutions concrètes, expérimenter de nouveaux outils, partager les pratiques qui fonctionnent et produire des recommandations utiles à l'ensemble de l'écosystème et à la société.
La féminisation des métiers d'avenir n'est pas un sujet périphérique, c'est un choix de société, un choix économique, un choix démocratique. Il est temps d'en faire une priorité nationale. Et à toutes celles qui hésitent encore à s'engager dans les métiers du numérique, de l'industrie ou de la ville durable, nous adressons ce message : votre place y est non seulement pleinement légitime, mais aussi indispensable.