L'édito de Bruno Jeudy. Le temps des laborieux

Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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C’est parti pour le périlleux examen du projet de budget 2026, et personne ne sait comment ça va aboutir ni même si cela aboutira. Vendredi 24 octobre s’est ouvert ce débat dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, un marathon de soixante jours pour un Sébastien Lecornu déjà mis au supplice par les oppositions et par le PS.
L’ultimatum lancé par Olivier Faure – plus de taxes pour les Gafam, les « ultrariches » et les « hyperhéritages », soit de 15 à 20 milliards supplémentaires – illustre la difficulté du Premier ministre à bâtir ce « budget de compromis » qu’il appelle de ses vœux. Clin d’œil vestimentaire : à la tribune du Palais-Bourbon, il portait un pull-over. Manière de se prémunir contre le coup de froid jeté par les diatribes des uns et des autres ?
En se présentant comme un moine-soldat du compromis, revendiquant modestie, pragmatisme et sens de l’intérêt général, l’ancien ministre des Armées a justifié sa nomination à Matignon. Les premiers sondages, sans être enthousiastes, traduisent une bienveillance encourageante. Son discours de politique générale – et ce mot de « suspension » qui a sonné comme une émancipation de l’Élysée – lui a offert un premier sursis. Le style, dit-on, fait l’homme : à Matignon, Sébastien Lecornu emprunte au gaulliste Pierre Messmer, un de ses illustres prédécesseurs, la rigueur du soldat et au centriste Antoine Pinay, figure de la IVe, la prudence du gestionnaire.
Son refus de recourir au 49.3 et les concessions discutables sur les retraites témoignent d’une méthode de dialogue, mais il en faudra bien davantage pour franchir l’obstacle budgétaire et installer durablement le gouvernement. La peur de la dissolution, que seul le RN semble braver, lui laisse un peu d’air. Mais les nuits de débats s’annoncent longues. Comme dans Les Tontons flingueurs, « il y aura des migraines et des nervous breakdowns » pour ce Premier ministre qui pourrait, s’il échoue, être « renvoyé tout droit à la maison mère… au terminus des prétentieux ».
Car, derrière le théâtre du Palais-Bourbon, la réalité économique reste implacable : la charge de la dette menace de devenir hors de contrôle, avec des taux d’intérêt en hausse et 75 milliards à rembourser à terme chaque année. Le maintien de la note AA3 par Moody’s tient lieu de sursis et d’avertissement. À défaut d’audace, il faut du sang-froid. Lecornu l’a dit : le compromis est la noblesse du débat démocratique.
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L’heure est donc aux laborieux, non aux bravaches. Aux responsables capables de privilégier l’abnégation sur le coup d’éclat, le dialogue sur le blocage. Il revient à Olivier Faure, longtemps moqué pour son style passe-muraille, et à Sébastien Lecornu, trop souvent réduit à être l’oreille de l’Élysée, de négocier un budget peut-être imparfait, mais vital. Faute de quoi, la France pourrait basculer dans une double crise, politique et financière. Comme dans un film d’Hitchcock – L’Étau, Soupçons ou Les Enchaînés –, chacun avance entravé, surveillé, inquiet. De quoi donner bien des sueurs froides avant le vote final.
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction
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