LA TRIBUNE DIMANCHE – Les députés ont rejeté à la quasi-unanimité dans la nuit de vendredi à samedi la partie « recettes » du budget 2026. Ont-ils donné les clés du texte au Sénat ?
JEAN-FRANÇOIS HUSSON – Si les députés ont rejeté le texte, c’est donc qu’après quarante jours de travail il n’était pas satisfaisant. Ce rejet permet au Sénat de repartir de la copie initiale du gouvernement, et c’est bien plus simple ainsi. Démarrer les débats sur les bases d’une copie très imparfaite aurait contraint le Sénat à examiner chacune des multiples mesures votées par l’Assemblée nationale.
Après les problèmes de sincérité budgétaire que vous avez soulevés sur la période 2023-2024, la copie de l’exécutif vous semble-telle cohérente ?
Oui. Les éléments de cadrage me paraissent conformes à la situation économique du pays. D’autant que nous avons eu une bonne surprise au troisième trimestre avec une croissance meilleure que prévu, à +0,5 %. Malgré tout, je m’inquiète que l’incertitude autour du budget ne finisse par rendre notre économie moins résiliente en entamant la confiance des Français.
La TVA devrait rapporter 10 milliards d’euros de moins que prévu cette année et Bercy est bien en peine d’expliquer pourquoi.
La commission des finances du Sénat va envoyer dès cette semaine un courrier à la ministre du Budget, Amélie de Montchalin, pour lui demander d’être pleinement associée à la mission qu’elle a lancée en urgence à Bercy. Après la dérive des comptes publics durant les deux dernières années, le Sénat ne se contentera pas d’une simple lettre d’explication du ministère des Finances.