À droite doute(s). L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
La semaine qui s’achève n’a guère contribué à redorer le blason d’une droite française en proie aux divisions et au doute. Les Républicains donnent aujourd’hui l’image d’une petite entreprise qui connaît la crise, sans stratégie claire, sans direction assumée, et surtout sans chef incontesté. Le feuilleton du vote sur le financement de la Sécurité sociale en a offert une illustration presque caricaturale : sur 49 députés LR, 18 ont voté pour, 3 contre, 28 se sont abstenus. Une dispersion qui dit tout de l’incapacité du parti à définir une ligne politique lisible – et à s’y tenir.
Résultat : une cacophonie permanente qui désespère cadres et militants. La droite parlementaire ressemble de plus en plus à une association d’autoentrepreneurs politiques, chacun défendant sa chapelle, son agenda et ses arrière-pensées. Dans ce paysage brouillé, Bruno Retailleau traverse une zone de fortes turbulences. Victorieux face à Laurent Wauquiez pour la présidence de LR, porté un temps par son passage au ministère de l’Intérieur, le sénateur de Vendée, depuis sa sortie aussi tapageuse que mal maîtrisée du gouvernement, peine à s’imposer comme un leader naturel.
Son incapacité à affirmer clairement une ambition présidentielle et à trancher son rapport de force avec Wauquiez contribue à l’errance actuelle de LR. Il est vrai que l’élu de la Haute-Loire ne fait rien pour lui faciliter la tâche.
À cette crise interne s’ajoutent les coups de boutoir de Nicolas Sarkozy. Dans son dernier ouvrage, l’ancien président règle ses comptes avec une droite qui, selon lui, ne l’aurait pas suffisamment soutenu lors de ses déboires judiciaires. Mais surtout, en promettant à Marine Le Pen de ne plus s’associer à un front républicain, en qualifiant Jordan Bardella de « petit gars du RPR », puis en appelant sa famille politique à une « rupture avec son histoire », il ouvre explicitement la voie à une alliance avec le RN.
Pour certains, c’est une stratégie. Pour d’autres, une vassalisation. Pour beaucoup, un acte d’allégeance. Après avoir encouragé les LR à voter Emmanuel Macron en 2022, il opère un virage à 180 degrés et se tourne vers l’extrême droite.
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Au sein du parti gaulliste, les résistants qui contestent cette dérive se comptent sur les doigts d’une main : Valérie Pécresse, Gérard Larcher, Xavier Bertrand et Jean-François Copé. Tous revendiquent l’héritage de Jacques Chirac, qui mettait en garde contre « les masques multiples de l’extrême droite ». L’ancien président écrivait dans ses Mémoires (publiés en 2011) qu’« il n’y a pas de compromis possible avec [elle]. Tous ceux qui s’y sont essayés […] ont fini submergés ou vaincus ». À dix-sept mois de la présidentielle, cette leçon semble pourtant oubliée.
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La scission paraît désormais inévitable. Amorcée dès 2024 avec le ralliement d’Éric Ciotti au RN, elle opposera ceux qui accepteront de devenir les supplétifs de l’extrême droite à ceux qui voudront reconstruire une droite de gouvernement. « La différence entre l’extrême droite et la droite, disait Laurent Fabius, c’est la différence entre une arrière-pensée et une pensée. » Encore faut-il savoir laquelle choisir. En cédant aux sirènes du RN,LR risquerait de devenir le parti qui aura sacrifié son histoire pour un avenir incertain.