L’odeur de l’essence. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Il y a des guerres qui ne font pas que tuer des hommes. Elles tuent aussi des illusions. Celle que Donald Trump a allumée contre l’Iran, avec la désinvolture d’un joueur de poker convaincu de tenir la main gagnante, est en train de consumer quelque chose de plus insidieux que des installations nucléaires : elle brûle le pouvoir d’achat de millions de familles qui n’avaient rien demandé à personne.
Le baril de pétrole a flirté cette semaine avec les 126 dollars. Chiffre qui dit tout. Assurément, l’odeur de l’essence – pour reprendre le titre d’une chanson d’Orelsan – chatouille douloureusement les narines de la planète entière. Elle provoque un vertige chez les dirigeants politiques, qui découvrent avec effarement les conséquences d’une aventure militaire présentée, il y a deux mois, comme une simple excursion punitive.
Qu’il paraît loin, ce temps de la forfanterie ! Trump avait promis la reddition du régime en quelques semaines. Le voilà annonçant un conflit de plusieurs mois, un blocus du détroit d’Ormuz inscrit dans une « patiente stratégie d’usure ». La forfanterie a cédé la place à l’enlisement. Et le monde entier en paie la facture.
Pour la France, la note est déjà salée. La guerre a coûté 470 millions d’euros aux ménages et aux entreprises par le seul effet de la hausse des carburants. Le coût total du conflit est évalué à 6 milliards d’euros.
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Les indicateurs économiques sont dans le rouge : croissance atone au premier trimestre, pire performance de la zone euro ; production industrielle en recul de 0,7 % ; consommation en berne. La prévision de croissance de 0,9 % pour 2026 relève désormais de la pensée magique. Plus de la moitié des Français envisagent de réduire leur budget vacances, voire d’y renoncer. Coup de pompe, au sens propre comme au sens figuré.
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Face à cette tempête, le gouvernement tient le cap sans céder aux sirènes de la dépense facile. Il résiste aux injonctions du RN et de LFI, qui réclament des aides généralisées. L’ère des omniboucliers est révolue. Le Premier ministre ne dérogera pas à sa ligne : mesure, prudence, solidarité ciblée sur les plus vulnérables et les professions les plus exposées.
Ce qui frappe, d’ailleurs, c’est l’absence de révolte. Pas de Gilets jaunes cette fois. Plutôt une résignation silencieuse devant une guerre voulue par un président américain qui n’en supporte pas les conséquences et que le monde entier, lui, endure. Cette retenue populaire est précieuse. Elle mérite d’être respectée, non exploitée.
À gauche, certaines voix demandent la nationalisation de TotalEnergies. La capitalisation boursière du géant tricolore est évaluée à 172 milliards d’euros. Où trouver cet argent quand la dette publique culmine à 3 000 milliards d’euros et que le déficit 2025 a atteint 152 milliards d’euros ? La facilité a ses limites, et la démagogie ses lendemains qui déchantent – Mitterrand, en 1981, en avait fait l’amère expérience.
L’intelligence, c’est la faculté d’adaptation. Cette crise rappelle aux Français que le redressement de leur pays exige de la lucidité et un effort librement consenti, assumé collectivement. Pas de miracle.
Pas de formule magique. Juste la conscience que les épreuves, parfois, ont le mérite de distinguer les vraies solutions des fausses promesses.