SONDAGE EXCLUSIF. 9 Français sur 10 sont en faveur de l'instauration d'une limite de temps d'écran pour les mineurs

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LTD/DR - REUTERS Dado Ruvic

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À quinze ans, Maël garde presque toujours son téléphone à portée de main. Scolarisée au lycée, en région parisienne, l’adolescente est une adepte de TikTok, d’Instagram et surtout de Snapchat qu’elle utilise au quotidien. Alors, pour garder le contrôle, Marianne, sa maman, limite son temps d’écran au moyen d’une application. « Trois heures par jour la semaine et quatre le week-end, détaille-t-elle. Je ne veux pas tout interdire, mais c’est difficile à gérer. Il faudrait regarder chaque compte qu’elle suit pour s’assurer que c’est sans risque. »
Comme elle, une écrasante majorité de Français s’accordent à dire que les réseaux sociaux présentent pour les mineurs divers dangers et qu’il convient d’agir pour les protéger. Selon l’étude réalisée par Cluster17 pour La Tribune Dimanche, 97 % des sondés considèrent que ces plateformes exposent les jeunes à des contenus inadaptés et 96 % acquiescent à l’idée qu’elles provoquent des risques de dépendance et de harcèlement.
« Il y a un constat d’effet nocif, éclaire Emmanuel Rivière, spécialiste de l’opinion publique et enseignant à Sciences-Po Lille. Un peu pour soi, beaucoup pour la société et énormément pour les jeunes. »
C’est dans ce contexte que deux textes qui prévoient d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans débarquent à l’Assemblée nationale. Le premier émane de la députée macroniste Laure Miller, rapporteure de la commission d’enquête sur TikTok qui avait fait grand bruit au mois de juin. « On a une prise de conscience évidente de la population, y compris des jeunes », assure-t-elle. En plus de la majorité numérique, sa proposition de loi instaurerait un « couvre-feu numérique » entre 22 heures et 8 heures pour les moins de 18 ans.

« Il s’agit de pointer du doigt la question du sommeil qui s’ajoute aux autres impacts des réseaux sociaux sur la concentration, la sédentarité et la santé mentale », poursuit Laure Miller. Son texte doit être discuté le 19 janvier 2026. La deuxième initiative provient du gouvernement. Présentée par la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique Anne Le Hénanff dans Le Parisien, elle reprend les annonces d’Emmanuel Macron concernant la majorité numérique – à la manière de l’Australie qui, début décembre, a interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans – mais aussi l’interdiction des téléphones portables au lycée.
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Dans l’opinion, l’idée de serrer la vis pour l’accès des mineurs suscite l’approbation : 80 % des Français trouvent ainsi acceptable de limiter le temps d’écran pour les adolescents. Ils sont presque autant à approuver l’interdiction des portables au lycée et l’obligation de vérifier l’identité pour créer un compte en ligne. « On a l’impression que le législateur pourrait, avec l’assentiment de l’opinion, aller assez loin dans les restrictions », analyse Emmanuel Rivière. Seul l’accès de la police aux échanges privés fait débat.

Pourtant, ces mesures sont difficiles à mettre en pratique. Premier enjeu : faire en sorte que l’interdiction des plateformes aux moins de 15 ans soit conforme au droit européen. Députés et sénateurs avaient déjà voté en ce sens en 2023 mais la loi n’a jamais été promulguée car l’UE l’a jugée incompatible avec le Digital Services Act. Cet obstacle enjambé, demeurera la possibilité d’éviter la restriction par l’utilisation d’un VPN – l’outil qui permet de se localiser à l’étranger – et le risque que les plateformes rechignent à coopérer.
« Ce n’est pas parce que l’interdiction peut être contournée qu’il ne faut rien faire, oppose Laure Miller. Il faut avancer sur ce chemin pour nous améliorer au fur et à mesure. » Pour vérifier l’identité des utilisateurs des réseaux sociaux, la Commission européenne développe actuellement une application devant servir de « tiers de confiance ».

Le prototype est testé par cinq pays dont la France et devrait être disponible à plus grande échelle début 2026. À cette série de questions s’ajoute enfin celle du rôle des parents. Selon notre sondage, 61 % des Français considèrent qu’ils sont les premiers à devoir agir pour limiter l’utilisation excessive des réseaux sociaux par les mineurs. L’État, les plateformes et l’école viennent dans un second temps. Mais la très large majorité des sondés (72 %) considèrent aussi que les parents ne disposent pas des informations nécessaires pour protéger leurs enfants.

À l’Assemblée nationale, les groupes parlementaires n’ont pas encore statué sur le texte présenté par Laure Miller. Pas plus que sur celui du gouvernement, qui n’a pas été rendu public. Le premier pourrait recueillir un assentiment assez large puisqu’il est cosigné par au moins un membre de chaque groupe à l’exception du RN, de l’UDR et de LFI. De son côté, le président Emmanuel Macron doit annoncer début 2026 des mesures relatives à la protection du débat démocratique et de l’enfance sur les réseaux sociaux.
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Étude réalisée par Cluster17 en partenariat avec Sciences Po Lille auprès d’un échantillon de 1 107 Français représentatifs de la population âgée de 18 ans et plus interrogés du 1er au 5 décembre 2025. Cette étude a été conçue par les étudiants du Master Sociétés numériques de Sciences Po Lille sous la supervision d'Emmanuel Rivière.