Proposer des espaces interdits aux enfants n’est pas nouveau, mais cette pratique se généralise dans les transports, le tourisme et même les mariages, suscitant critiques et débats sur la place des enfants dans la société.Au sein de la SNCF, ni son président Jean Castex ni personne n’avait vu venir un tel fracas. En proposant début janvier sur leur site une offre Optimum où « les enfants ne sont pas acceptés », jamais les cadres de la compagnie ferroviaire n’ont anticipé qu’ils allaient ouvrir un tel feu sur les réseaux sociaux, des comptes sur la parentalité comme des féministes ayant massivement relayé ce qu’ils considèrent être une forme « d’assignation à résidence » des enfants et donc des parents.
Aujourd’hui, on concède en interne « une énorme maladresse marketing » et un « argument commercial inapproprié » concernant cette formule qui s’adresse à des clients professionnels. « Il n’a jamais été question pour nous de constituer une offre sans enfant, mais seulement de créer un espace de travail, qui n’existe qu’en semaine et hors vacances scolaires », argue-t-on à la SNCF, avant de faire valoir que le nombre de familles voyageant dans le TGV a augmenté de 19 % depuis 2019.
En réalité, l’offre n’a rien de très révolutionnaire. La SNCF a toujours proposé des wagons dans lesquels le forfait enfant n’était pas commercialisé. « Ce n’est pas de l’apartheid générationnel ni de la ségrégation, mais de la répartition des espaces selon leur fonction », considère l’anthropologue Jean-Didier Urbain. Le problème, c’est qu’aucun wagon n’est réellement adapté aux enfants.
Certes, la SNCF propose des « espaces famille », mais jamais elle n’a conçu de zones spécialement dédiées aux plus jeunes, avec des aires de jeu, comme l’ont fait certaines compagnies ferroviaires en Suisse ou en Autriche, par exemple. « Allouer un espace, c’est réduire le nombre de sièges proposés. On a une demande en forte croissance et on doit en tenir compte. Les trains sont très vite complets », justifie-t-on.