Optimum, une polémique bien française. La chronique d’Apolline de Malherbe

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.
LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS

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La SNCF a proposé une nouvelle classe affaires plus plus, la classe Optimum, un « espace calme à bord », « un nombre limité de passagers ». Précisant que, « pour garantir un maximum de confort à bord de l’espace dédié, les enfants ne sont pas acceptés ». Et c’est alors que le pays s’est enflammé…
La haute-commissaire à l’enfance est la première à être montée au créneau. Sarah El Haïry s’est dite choquée par un signal aussi « brutal ». De Bruno Retailleau à Fabien Roussel, tous ont ensuite fustigé « l’inacceptable », « l’intolérable ». François Ruffin affirme : « Je ne veux pas vivre dans cette société-là. » Rien que ça.
Je prends le train toute l’année, tout le temps, depuis toutes les gares de France, seule, en couple, avec les enfants, avec des changements, des bagages, longtemps j’y ai poussé – puis plié – des poussettes, des trottinettes, et désormais on rajoute souvent les copains des ados. Je prends des TGV, des Ouigo, des TER, des bus SNCF. Je suis une pro des sandwichs, des sacs avec des coloriages, des jeux des sept familles, des Pomme d’Api, des Astrapi, des Tom-Tom et Nana pour les longs trajets.
Alors j’ai voulu regarder, en vrai, cette histoire de wagon sans enfants. De quoi parlons-nous ? Prenons donc un Paris-Nantes. Un vendredi. Premier constat : ce tarif Optimum n’est proposé que dans les trains du matin. Le 7 h 45 par exemple. Quelle famille prend le TGV de 7 h 45, sérieux ? Bon. Maintenant, les tarifs : sur le TGV inOui 8803 de 7 h 45, il y en a trois proposés : 36 euros pour une place en seconde, 49 euros en première, et 155 euros en Optimum ! Quel parent va payer un siège à 155 euros pour son enfant ? Personne. Jamais. Sauf Rihanna, peut-être, mais je doute qu’elle prenne le Paris-Nantes.
Donc on enflamme le pays pour rien. La SNCF a certes été d’une très grande maladresse. Elle aurait pu s’épargner cette polémique inutile en n’interdisant pas cette nouvelle business class aux enfants : pas besoin de réglementer, aucun parent de toute façon n’aurait acheté de billet aussi cher pour son petit.
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Mais cette polémique illustre surtout la passion de notre époque et de nos politiques pour des débats hors-sol. Se donner le beau rôle, tartufferie ! Fustiger « une société égoïste et sans enfants », alors qu’on parle de 20 places hors de prix dans des TGV à l’heure où les enfants sont à l’école. On débat de l’irréel. Postures, passion, cris d’orfraie… ça nous occupe et ça nous divertit. Mais c’est vain.
Pour le principe me direz-vous ? Moi j’en ai assez des principes, j’aimerais qu’on s’attaque au réel.
Le problème, réel celui-ci, c’est de rendre la vie des parents plus facile. Le problème, c’est l’angoisse des fins de congé mat sans avoir trouvé de place en crèche. C’est les mères qui prennent des mi-temps, pas parce qu’elles en ont envie mais parce qu’elles n’ont pas le choix. Le problème, c’est les mamans solos qui cumulent deux emplois pour boucler les fins de mois. Le problème, c’est les poussettes dans les escaliers du métro.
Le problème, c’est les pédiatres qui vous disent : « On est désolés madame, on ne prend pas de nouveaux patients. » Les pédopsys débordés. Les parents épuisés qui ne trouvent pas à se loger. Le problème, c’est les profs pas remplacés, les AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) pas embauchés, Parcoursup qui rend fou.
Le problème, c’est les pères absents dans les tribunaux pour enfants, qui n’assurent pas leur autorité, qui ont lâché l’affaire. Le problème, c’est les délais de la justice des mineurs qui s’éternisent. C’est l’ASE (aide sociale à l’enfance) qui ne sait pas protéger nos enfants. C’est le jeune Élias qu’on n’a pas su sauver.
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Alors quand tout ça aura été réglé, je suis tout à fait partante pour un bon gros débat sur les 20 places Optimum qui excluent – ô drame, ô scandale – les enfants de moins de 12 ans. Quand tous les parents de France pourront partir en vacances et payer des billets à 155 euros pour leurs enfants, oui, avec grand plaisir reparlons-en !