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Parcoursup 9 ans après : état des lieux de la plateforme d’orientation tant redoutée

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Damien Burnier

Publié le 27 janvier 2026 à 06:36

Des élèves du lycée Michel de Montaigne à Mulhouse passent leur épreuve de philosophie, le 16 juin 2025.

Des élèves du lycée Michel de Montaigne à Mulhouse passent leur épreuve de philosophie, le 16 juin 2025.

LTD / AFP / SEBASTIEN BOZON

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

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À l’heure où Parcoursup ouvre sa première fenêtre, pas facile de s’y retrouver dans un paysage post-bac complexe et fourmillant. D’où la nécessité de se poser les bonnes questions, même si les voies ne sont pas sans retour.

À chacun ses vœux. Quand ceux de la nouvelle année se terminent avec janvier, d’autres, plus réfléchis mais fébriles, s’emparent de la période. Parcoursup, saison 9. Depuis lundi 19 janvier, quelque 900.000 candidats, futurs bacheliers pour l’essentiel, mais aussi étudiants en réorientation, sont invités à livrer les premières esquisses de leur horizon.

La plateforme recense 25000 formations, avec pour chacune une litanie d’informations à ingérer : du taux d’accès par type de baccalauréat au salaire médian un an après le diplôme visé. D’ici le 12 mars, terme de la phase d’inscription, jusqu’à dix vœux et vingt sous-vœux sont à formuler. Pas un saut dans le vide, mais le début d’une traversée incertaine.

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Éducation : les familles désorientées par Parcoursup

« C’est évidemment un moment de stress, cadrait sur France Info Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, au moment du coup d’envoi. Mais je voudrais rassurer les jeunes : vous n’êtes pas en train de jouer votre vie. Vous avez le droit de vous tromper et vous avez le droit de rejouer. » Le droit d’être déçu aussi, l’été venu, à l’heure des comptes, voire du couperet. Et, plus objectivement, de considérer que surviennent des ratés.

Parcoursup continue de susciter peur, défiance, et critiques sans forcément toutes les évacuer. Mais c’est un outil mieux compris et une affaire mieux ficelée, au maillage quasi exhaustif. L’an passé, 92 % des néo-bacheliers ont reçu au moins une proposition - 68 % dès le premier jour des résultats - et 81 % en ont accepté une.

84 %
Selon les données du ministère, 84 % des lycéens jugent Parcoursup « stressant », tandis qu’un tiers considère le dispositif « juste et équitable ».
85000
À l’issue de la phase principale d’admission, en juillet dernier, 85000 candidats (dont près de 51000 lycéens) restaient en attente d’une proposition.
980.000
Le nombre de candidats ayant postulé sur Parcoursup en 2025 (dont 650.000 élèves de terminale). Un record.

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Écoles « recommandables »

S’affranchir de la grosse machine que représente Parcoursup n’est pas sans risques. Cela revient à s’immerger dans une sorte de marché parallèle de l’orientation. « De nombreuses écoles se sont montées en se servant de Parcoursup, sur le mode ‘‘venez chez nous, vous allez éviter tous ces problèmes’’, pointe Adrien Auque, responsable du recrutement à l’ESSCA, école de management forte de dix campus et 7000 étudiants. Elles vendent des concours ou de la sélection à l’entrée alors que, en réalité, le niveau est bas et l’encadrement dépourvu d’enseignants-chercheurs. On est dans le business, la monétisation de l’éducation. Pas mal d’étudiants en reviennent au bout d’un an. En tant qu’outil de centralisation des écoles recommandables, Parcoursup a quelque chose de rassurant, de transparent. »

Dans l’offre enrichie de cursus, la grande nouveauté de l’année tient à la réforme des concours enseignants, qui s’ouvriront désormais à Bac+3 (et non plus seulement à la fin du master). Quelque 140 licences professorat des écoles (LPE) sont ainsi proposées. Une réforme pensée comme une réponse à la crise de recrutement des professeurs, mais fragilisée par les incertitudes autour du vote du Budget.

Bonnes pratiques

Indépendamment des filières, il s’agit, pour les candidats, de trouver une forme d’équilibre dans la liste de doléances. Tenir compte de la concurrence et ne pas rêver trop grand. Ne pas se sous-estimer non plus en jouant la prudence à tout-va. « Il peut se produire un mécanisme d’autocensure, appuie Adrien Auque. En premier lieu chez les élèves issus du bac STMG, qui continue d’être stigmatisé alors qu’il regorge d’excellents profils. » Pour aider à avancer sur cette ligne de crête, tamisée in fine par les algorithmes, un simulateur est à disposition des candidats. Il permet d’estimer ses chances de rallier un établissement selon les notes et les spécialités suivies au lycée.

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Reste quelques bonnes pratiques à adopter avant de se lancer. Être au clair sur le degré de sélection des écoles et leurs critères d’analyse des candidatures. Comparer les programmes (nombre d’heures de cours, possibilités de stage, mobilité internationale) et pas seulement l’intitulé. Faire aussi le tri dans les labels qui entourent l’établissement. Et, plus simplement encore, se rendre aux Portes ouvertes, souvent mensuelles, comme aux salons étudiants. Bref, rencontrer les acteurs des écoles pour mieux s’imprégner de l’atmosphère.

Lois du genre

Conscients ou pas, les stéréotypes de genre ont la vie dure en matière d’orientation. Ils n’attendent pas le passage à l’enseignement supérieur pour se manifester. En résumé, aux garçons les sciences, les mathématiques et la technologie, aux filles tout ce qui touche aux lettres, langues, sciences humaines (71 % des effectifs) et aux métiers de la santé. Tandis que 42 % des lycéennes suivent la spécialité mathématique en terminale, elles ne représentent plus qu’un quart des effectifs dans les écoles d’ingénieurs et du numérique. Une déperdition qui dit aussi, en creux, que les filles ont tendance à se projeter vers des métiers moins rémunérateurs.

Dans un pays où l’injonction à former davantage d’ingénieurs s’apparente à une musique de fond, Élisabeth Borne, alors ministre de l’Éducation nationale, a impulsé en mai dernier le Plan « Filles et Maths » pour amorcer un rééquilibrage. À leur échelle, les écoles de la filière se montrent aussi pro-actives pour attirer davantage de jeunes femmes. « Surtout qu’elles réussissent très bien », atteste Laura Libouton, directrice des admissions à l’Efrei, école d’ingénieurs qui attire des lycéennes via des ateliers immersifs et des interventions autour de la tech et du digital (Program’HER).

IA a minima

Puisqu’elle s’infiltre dans chaque recoin de la société, il n’y avait pas de raison que l’intelligence artificielle s’arrête sur le chemin de l’école. En impactant la durée de vie des compétences techniques, elle touchera de fait à l’appréciation des diplômes. Mais avant même de les entrevoir, l’IA a vite fait de traverser les dossiers de candidatures dans Parcoursup. La plateforme n’est pas qu’une affaire de cases à remplir, elle prévoit des segments de différenciation. Si la rubrique « Activités et centres d’intérêt », censée mettre en avant « personnalités, valeurs et qualités », est facultative, les lettres de motivation ne le sont pas.

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La tentation du recours à l’IA est alors grande. Problème, « on s’en rend très vite compte à la lecture », assure Laura Libouton, qui conseille de « mettre du cœur » dans cette rubrique : « Elle permet d’avoir une idée du niveau d’écriture mais surtout de mesurer la cohérence du projet. Quand ça se joue à pas grand-chose, ça peut faire la différence. » Même tonalité chez Adrien Auque, qui guette les profils de futurs managers. « Un candidat qui y met un peu de tripes donnera davantage envie de s’intéresser à lui. Je préfère largement un texte plus court, disant, en substance : ‘‘je vous ai vu dans une journée Portes ouvertes, j’hésite avec d’autres écoles mais votre bachelor me tente’’, qu’une longue lettre lissée par ChatGPT. » Même cerné par les algorithmes, on peut avoir du style. 

Damien Burnier

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