Photo d'illustration de lycéens faisant des recherches sur le site internet Parcoursup avec leur ordinateur, téléphone, carnet, à Bois-le-Roi, le 19 décembre 2025.
Souvent jugé complexe, Parcoursup a alimenté un marché de l’angoisse. Dans lequel des parents choisissent un accompagnement personnalisé pour l’orientation de leur enfant.
« Depuis que mon fils est en première, je me dis que je ne veux pas affronter Parcoursup toute seule. » Pour Adeline, cadre territoriale en banlieue parisienne, l’orientation de son fils Charles est source d’anxiété. « Il dit qu’il veut faire médecine, mais c’est surtout parce que c’est prestigieux. Il n’a pas d’autres idées. L’enjeu est énorme pour les jeunes, ils ont beaucoup de pression, comme s’ils n’avaient pas droit à l’erreur. Et moi, j’ai de grosses inquiétudes. »
Pour se rassurer, elle a décidé de s’adresser à une coach privée, recommandée par l’une de ses amies : « Pour l’instant, nous n’avons eu qu’un seul entretien qui nous a permis de comprendre le fonctionnement de Parcoursup. Ça a permis de dédramatiser et de démystifier les choses. »
Comme Adeline, de nombreuses familles se sentent dépassées. De quoi susciter un besoin d’accompagnement et nourrir le marché de l’orientation. Une simple recherche sur internet et ce sont des dizaines d’offres de services liées à Parcoursup qui apparaissent, émanant d’organismes privés ou d’indépendants. Même s’il n’existe aucun chiffre précis sur le nombre de professionnels en activité. Les formules proposées varient fortement, de 60 euros de l’heure jusqu’à plus de 1.000 euros la formule dans certaines structures.
C’est parce qu’elle s’est trouvée avec sa fille dans cette situation de questionnement que Sophie Laborde-Balen s’est reconvertie dans l’orientation, en 2009, en fondant le réseau Ton Avenir. « J’ai voulu proposer aux familles un suivi personnalisé, en prenant en compte les bulletins des élèves, leur caractère, leurs motivations », développe-t-elle. Le premier contact se fait par mail, puis elle fixe un rendez-vous. Les offres vont d’un à quatre entretiens, avec des tarifs compris entre 180 et 790 euros. « Pour la plus complète, il y a six heures d’entretien en tête-à-tête avec l’élève et la famille, puis un dossier à rendre, des tests d’orientation, un bilan de compétences. C’est un travail complet. »
Emmanuelle a eu recours à ses services pour ses jumeaux, tous deux en terminale dans un lycée de Saint-Cloud, mais avec des projets différents. « Parcoursup, c’est une vraie tannée et, quand on a des jumeaux, c’est multiplié par deux », confie cette cheffe d’entreprise. Grâce à cet accompagnement, elle a pu choisir une école de commerce pour l’un et une école de cuisine pour l’autre : « L’avantage avec un coach, c’est qu’on ne perd plus de temps. Après un entretien avec l’enfant, on nous pitche toute la procédure, on nous dit comment postuler aux meilleures écoles et comment sélectionner d’autres établissements, au cas où les premiers vœux ne seraient pas respectés. On nous a assistés tout au long du parcours et cela a été un grand soulagement. »
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Souvent, les parents ont ce sentiment d’être seuls face à une multitude d’informations. « Il est dommage de les laisser de côté dans ce parcours, pointe Cécile Altherr, coach d’orientation depuis huit ans. On ne sait pas forcément ce qu’on veut faire, quand on a 17 ans, et les parents ont peur car ils ne savent pas utiliser la plateforme. » Cette professionnelle propose plusieurs formules, la plus courante étant facturée 790 euros, avec un suivi de chaque étape. Mais elle tient à préciser qu’elle ne vend pas non plus l’impossible : « Je ne promets jamais de vœux de cœur. » Son engagement porte plutôt sur l’optimisation des dossiers en fonction des projets et du profil de chacun.
Une faible marge de manœuvre
Si le recours aux coachs est de nature à rassurer les familles, la tendance est à relativiser. Selon le baromètre 2025 de l’Institut CSA, 72 % des candidats se déclarent satisfaits du délai dans lequel ils ont reçu leurs propositions d’admission. Pour la sociologue Marie Duru-Bellat, la peur, au-delà de Parcoursup, vient surtout de l’angoisse de l’orientation : « Les jeunes ont l’impression qu’ils jouent leur avenir, ce qui est assez terrifiant quand on a 17 ou 18 ans, surtout s’ils ne connaissent pas les métiers. Les coachs répondent à cette angoisse, mais leur marge de manœuvre est assez faible. Tout ne se joue pas sur une lettre de motivation, les notes comptent davantage dans la sélection. »
L’enseignante à l’IEP de Paris met le phénomène en perspective : l’appel à de plus en plus de psychologues pour enfants et ce, dès l’école primaire, pour anticiper une compétition future. « Dans ce contexte, précise-t-elle, il n’est pas étonnant de se tourner vers des coachs privés pour Parcoursup. » Mais, attention ! Les offres sont diverses, et certains promettent des miracles en une heure d’entretien en visio. Mieux vaut donc prendre le temps de réfléchir.
Les dispositifs d’accompagnement gratuits. Face à la pression des vœux, le ministère de l’Éducation cherche à mieux répondre aux besoins des familles. Il a mis en place des plateformes gratuites comme Mon orientation en ligne, proposée par l’Onisep. Les centres d’information et d’orientation constituent également une ressource précieuse, puisqu’ils permettent d’être guidé dans la construction d’un projet d’études. Au sein même des lycées, le professeur principal échange tout au long de l’année avec les élèves, tandis que les psychologues de l’Éducation nationale les accompagnent dans leur réflexion grâce à des permanences dédiées. Les missions locales peuvent aussi intervenir en complément, en fonction des besoins. En juin dernier, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, a annoncé le lancement du Plan Avenir dont l’objectif est de transformer l’orientation scolaire, en impliquant l’ensemble des acteurs concernés ainsi que les parents.