SONDAGE. 4 Français sur 10 considèrent que la solidarité a reculé sur les douze derniers mois

Des bénévoles de la Croix-Rouge française.
Jean-François Fort / Hans Lucas via AFP

Des bénévoles de la Croix-Rouge française.
Jean-François Fort / Hans Lucas via AFP
Des Français moins engagés voire défiants envers les associations… mais qui restent très attachés à la solidarité au quotidien. C’est le portrait que dessine une enquête menée par Ipsos pour le Collectif des engagés et que La Tribune Dimanche dévoile en avant-première. Quatre personnes sur dix estiment ainsi que la solidarité a reculé ces douze derniers mois. C’est principalement le cas des jeunes, des parents, des sympathisants de partis de gauche ainsi que des personnes s’identifiant à des minorités.
Pour autant, cette valeur demeure importante pour une large majorité des sondés (88 %). Ils sont même 42 % à la juger « absolument primordiale ». Ce dernier chiffre est en hausse par rapport à l’an passé. Un « paradoxe », commente Christelle Craplet, directrice des affaires publiques chez Ipsos. « Il n’y a pas de désintérêt des Français pour ce sujet, note-t-elle. Mais leur attachement à la solidarité se heurte à certaines difficultés – le manque de temps, de moyens – qui font qu’ils peuvent moins donner et moins s’engager. »
La proportion de sondés qui disent avoir soutenu leurs proches sur le plan matériel ou logistique ou bien donné à des associations l’an passé est en baisse. Mais cela concerne tout de même un peu plus de la moitié de la population (52 %). En revanche, seules 32 % des personnes interrogées déclarent un engagement associatif : ils étaient 38 % en 2025. Là encore, les jeunes, les minorités et les électeurs de gauche sont plus engagés que la moyenne.
Dans ce contexte, Rémy Rego, à la tête du Collectif des engagés – l’ONG derrière cette enquête, qui agrège plusieurs associations et acteurs caritatifs –, plaide pour « recréer les conditions de l’engagement ». Il poursuit : « Le rendre plus simple, plus compatible avec la vie réelle en rendant possible des actions ponctuelles, et restaurer la confiance envers les associations, notamment en étant transparents sur ce à quoi servent les dons. »
C’est là un autre enseignement du sondage. La défiance envers les associations, citée par 33 % des non-engagés, devient le deuxième frein à l’engagement. Seul le manque de temps est plus mentionné. Surtout, ce déficit de confiance est très marqué chez les sondés proches du Rassemblement national et ceux âgés de plus de 65 ans. Un écho au discours du parti présidé par Jordan Bardella, qui défend une réduction des subventions publiques aux associations, notamment celles qu’il considère être politisé à gauche.
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La population dans son ensemble se prononce pourtant en faveur d’un engagement accru de l’État en soutien aux associations. Près de deux tiers des sondés estiment que la puissance publique ne s’engage pas assez sur ce sujet (65 %). Un constat qu’il convient de nuancer. Aux dernières élections municipales, les associations en tout genre ont partout interpellé les candidats… sans que ce thème s’impose comme une priorité dans l’esprit des électeurs, qui citaient plus volontiers la sécurité ou la santé.
Alors, quand les sondés se projettent sur l’élection présidentielle à venir, le pessimisme domine. Aucun parti n’est majoritairement perçu comme capable d’avoir un impact positif en matière de solidarité et d’engagement caritatif. Aux deux extrêmes du spectre politique, La France insoumise et le RN sont ceux qui cristallisent le plus d’opinions négatives. « Cela s’explique par la perception globale qu’ont les Français de ces partis quel que soit le sujet », nuance Christelle Craplet.
C’est l’arrivée au pouvoir du RN qui aurait, selon les sondés, l’impact le plus néfaste sur la solidarité envers les plus démunis. Mais la part d’opinions négatives concernant LFI sur ce sujet pourtant central dans son programme (38 %) égale celle associée aux Républicains ou à Renaissance. Même constat quant à la défense des minorités : 47 % craignent un impact négatif du RN et 45 % en disent autant pour LFI. Plus marquante encore, la question de l’égalité entre les hommes et les femmes. Le parti de Jean-Luc Mélenchon devance le RN en part d’opinion négative (41 contre 38 %).
« La stratégie de clivage appliquée par LFI l’atteint même sur les sujets auxquels elle tient, explique Christelle Craplet. Même si le cœur de ses soutiens considère évidemment qu’il y aurait un impact positif. » Les électeurs du RN, à l’inverse, « portent un espoir dans ce parti y compris sur les thèmes qui ne sont pas au centre de son discours ». Signe que la question de la solidarité est loin de dépasser les clivages politiques.