Tehtris et Treefrog Therapeutics, deux étendards de la cybersécurité et des biotechs à la française, sont dans le creux de la vague. Faute de nouvelle levée de fonds, ces deux start-up iconiques de l’écosystème bordelais sont contraintes de licencier pour se donner du temps.
Le moral est au beau fixe et les visages sont souriants, ce 19 octobre 2023, lorsque Jean-Noël Barrot et Alain Rousset viennent inaugurer les nouveaux locaux de Tehtris à Pessac, près de Bordeaux. « Tehtris est un exemple pour la décennie qui s’ouvre où la France devra faire émerger des fleurons de la deeptech », salue celui qui est alors ministre délégué au Numérique tandis que le président de la Région Nouvelle-Aquitaine met en avant « un parcours exemplaire. »
Avec 260 salariés, des bureaux en Europe, Asie et Amérique du Nord, la start-up fondée en 2010 par Elena Poincet et Laurent Oudot, deux anciens de la DGSE, entre dans ses bureaux avec le vent en poupe. Elle mise sur son logiciel automatisé de détection des cyberattaques pour nourrir sa croissance en France et à l’international.
Mais deux ans plus tard, le contexte est bien plus fragile et les locaux de 5 600 mètres carrés sonnent un peu creux. L’entreprise, dont les effectifs sont déjà tombés à environ 210 salariés, a été contrainte par ses actionnaires de déclencher un plan de sauvegarde de l’emploi, confirmant une information révélée par « Les Échos » cet été. L’objectif est de ramener les effectifs autour de 150 de salariés, soit une réduction d’environ 30 %.
Des résultats « pas à la hauteur »
La start-up, dont les dirigeants ne souhaitent pas s’exprimer, subit les affres d’un contexte économique qui tourne au ralenti. « Les menaces ne diminuent pas mais le marché de la cybersécurité est arrivé à maturité puisque tous les grands comptes et la plupart des entreprises de taille intermédiaire sont équipés. Il faut donc se tourner vers les PME où la concurrence des gros acteurs américains est très vive », observe un bon connaisseur du secteur.
Tehtris avait pourtant marqué le paysage en levant 64 millions d’euros en deux fois en 2020 et 2022 auprès notamment de Tikehau Capital, Jolt Capital, Open CNP et Naco. Toujours restée secrète sur son résultat et son chiffre d’affaires, l’entreprise n’a visiblement pas su transformer l’essai. « Force est de constater que les résultats ne sont pour l’instant pas à la hauteur des fortes ambitions affichées et des moyens très importants qui y ont été consacrés », confirme un investisseur.
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