Trains de nuit Paris-Berlin : comment European Sleeper compte être rentable

European Sleeper a décidé d’exploiter sa ligne Paris-Berlin via Bruxelles, où il opère déjà des liaisons avec d'autres capitales européennes.
REUTERS - BART BIESEMANS

European Sleeper a décidé d’exploiter sa ligne Paris-Berlin via Bruxelles, où il opère déjà des liaisons avec d'autres capitales européennes.
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Des trains de nuit devraient bien circuler entre Paris et Berlin en 2026. Alors que l’actuelle ligne Nightjet, exploitée par le trio d’opérateurs franco-germano-autrichien – SNCF, Deutsche Bahn et ÖBB – cessera de fonctionner le 14 décembre prochain, le belgo-néerlandais European Sleeper reprendra le flambeau à partir du jeudi 26 mars 2026, a-t-il annoncé dans un communiqué ce mercredi.
« Les départs de Paris sont prévus les dimanches, mardis et jeudis soirs, avec une arrivée à Berlin le lendemain matin. Le service retour depuis Berlin sera assuré les lundis, mercredis et vendredis soirs », est-il précisé. Quant aux horaires exacts, ils seront donnés « prochainement », le sujet étant en voie de finalisation « avec les gestionnaires d’infrastructure de chaque pays ».
Cette annonce a été saluée par le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, qui voit d’un bon œil « toute initiative de ce type permettant d’accroître l’offre sans argent du contribuable ». Il n’est donc pas question que l’État français mette la main au portefeuille, contrairement à auparavant.
L’exécutif octroyait en effet jusqu’à cette année une subvention de 8 millions d’euros aux opérateurs de la Nightjet pour leurs deux lignes de nuit au départ de Paris – vers Berlin et Vienne, en Autriche, avait affirmé le ministère des Transports à la presse fin septembre. Une somme que le précédent gouvernement de François Bayrou avait décidé de flécher ailleurs à l’avenir, dans le cadre de sa quête de 44 milliards d’économies pour 2026, notamment vers le « maintien des lignes intérieurs nationales ».
Une position reprise par l’actuel gouvernement de Sébastien Lecornu. Philippe Tabarot, maintenu à son poste malgré le changement de Premier ministre, l’a récemment justifiée, lors d’une audition devant la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, par la non-participation de l’Allemagne au financement. Il a aussi expliqué que la « clientèle principale » étant « des jeunes qui vont s’amuser à Berlin », subventionner cette ligne n’est « peut-être pas le meilleur usage de l’argent du contribuable ».
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Or, c’est justement ce désengagement de l’État français qui a conduit la SNCF et ÖBB à mettre fin à leurs services de trains de nuit entre les trois capitales européennes, comme annoncé en septembre. Pour les deux opérateurs, cette subvention était « indispensable » pour assurer la « viabilité économique » de leurs lignes, l’exploitation de trains de nuit se révélant être « un énorme défi économique », avait indiqué le français fin septembre.
La SNCF l'avait expliqué par, d'une part, des recettes limitées. Contrairement à une ligne de jour où un siège peut être occupé par jusqu’à quatre passagers différents, il n'y a un seul passager par jour dans un train de nuit, avançait-elle. À cela s’ajoute un coût du personnel plus élevé, en raison de besoins plus importants. Particulièrement lors des « passages des frontières », où il est en plus nécessaire de changer de locomotive et d’équipage, toujours selon la compagnie ferroviaire.
European Sleeper a visiblement bien conscience des difficultés liées à la rentabilité des liaisons nocturnes. Dans l’optique de l’atteindre, il a décidé d’exploiter sa ligne Paris-Berlin via Bruxelles – la Nightjet passant, elle, par Strasbourg, Francfort et Halle, entre autres escales. L’opérateur assure déjà des liaisons entre la capitale belge et ses homologues allemande et tchèque (Prague). En connectant la capitale française, il estime que sa nouvelle liaison Paris-Berlin « sera à la fois plus rentable et renforcera le réseau actuel des trains de nuit ».
En parallèle, la compagnie ferroviaire voit cette étape à Bruxelles comme un moyen de se développer auprès des voyageurs britanniques puisqu’une ligne Eurostar relie déjà Londres à la capitale belge. Ses trains de nuit leur offriront une correspondance « facilitée », met-il en avant, espérant ainsi séduire de nouveaux clients.
L’opérateur proposera enfin plus de places dans ses trains. « Nous disposons de 12 à 14 wagons qui effectueront le trajet jusqu’à Berlin, avec une capacité de 600 à 700 passagers », a affirmé Chris Engelsman, cofondateur d’European Sleeper, au journal The Guardian. Mieux, selon lui, que ceux de la Nightjet, qui « exploitent 12 wagons au départ de Paris mais la ligne se divise ensuite vers Vienne puis Berlin ».
Pour des questions financières, la rame ne disposera pas de wagon-restaurant. Tout du moins « au début ». « Nous aimerions beaucoup en avoir un mais (…) il est difficile d’atteindre le seuil de rentabilité avec les ventes de repas et de boissons, a expliqué le dirigeant au quotidien britannique. Les coûts de location de la voiture (ndlr : car l’opérateur loue des wagons pour exploiter la ligne) et les charges de personnel sont très élevés ».
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Pour financer ce développement, European Sleeper, qui appartient à une communauté de plus de 6 000 copropriétaires, a lancé une campagne de financement participatif destinée à lever 2,3 millions d’euros. Particuliers, professionnels ou organisations peuvent y contribuer monnayant un ticket d’entrée d’au moins 280 euros. « Les fonds levés permettront de couvrir les frais de préparation au lancement de la ligne Paris-Berlin, les coûts liés à l’acquisition du matériel roulant nécessaire et les éventuelles pertes d’exploitation initiales durant la phase de démarrage », indique l’opérateur. La voie vers la rentabilité est loin d’être toute tracée.