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Le bonheur, une idée pas si neuve

Photo de Sophie Peters

Sophie Péters

Publié le 22 mars 2014 à 10:24 - Mis à jour le 22 mars 2014 à 10:40

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Valeur devenue suprême en ce début de XXIème siècle, le bonheur devient la norme à laquelle se conformer et auxquelles toutes les autres se réfèrent. Rémy Pawin, historien et sociologue livre une passionnante histoire du bonheur en France...une idée pas si neuve en somme.

Auparavant, on ne se disait pas que le but de la vie était le bonheur, on évoquait plutôt le devoir, la grandeur, la religion, la vérité ou la justice…Aujourd'hui, et alors que nous avons célébré le 20 mars la journée internationale du bonheur lancée par l'ONU, le bonheur est devenu à la fois une norme, une morale et même un devoir. Plus que jamais nous nous devons d'être heureux.

"Registre intimiste"

Si les propos sur le bonheur ne datent pas d'hier, et remontent même jusqu'à plus de 2000 ans, il n'a jamais autant été médiatisé et autant influent. L'historien et sociologue qui publie "Histoire du bonheur en France depuis 1945" aux Editions Robert Laffont a étudié cette conversion au cours d'un travail minutieux à travers les publications, le cinéma, les journaux intimes, les sondages. "Ainsi, le nombre de publications dont le titre comprend le mot bonheur s'est multiplié par six entre 1945 et aujourd'hui. Les héros de film ne sont plus tragiques ou stoïques, ils évoluent plutôt sur un registre intimiste, à la recherche du bonheur", souligne l'auteur.

Ce "sacre du bonheur" comme le nomme Rémy Pawin, suscite une floraison d'images, d'arguments et de luttes entre les tenants des différentes voies, selon les groupes sociaux, ou les philosophies. Et de faire référence aux origines de ce bonheur devenu normatif au travers du marketing et de la société de consommation. Pour lui, le tournant majeur de cette quête se situe en 1962/1965 au moment où Georges Perec publie "Les Choses" et où la possession de biens matériels facilitant la vie quotidienne devient source de bonheur. Un bonheur consumériste qui faite de cette notion, un alpha et un omega de la vie économique. On sait désormais combien un salarié heureux devient un salarié performant. Alors qu'autrefois, nous rappelle l'historien, l'ouvrier heureux était suspecté de paresse.

Une dose toujours plus grande de satisfactions

Le hic de notre société d'aujourd'hui qui a construit le bonheur sur le plaisir -et non comme dans les siècles précédents sur la joie- est de nécessiter une dose toujours plus grande de satisfactions pour pouvoir l'entretenir. Des besoins "vendus" sous prétexte de bonheur qui entretiennent la frustration et le sentiment de voir cet eldorado reculer sans cesse. "Une société de consommation qui promet le bonheur mais ne tient pas ses promesses", relève Rémy Pawin qui y voit l'importance de la déception, comme une notion venant s'inscrire en creux dans celle du bonheur aujourd'hui et qui lui est intimement liée.

Mais il serait faux de croire que cette notion de bonheur est neuve. En 1974, le président Giscard est le premier à aborder la notion d'épanouissement personnel en créant un ministère de la qualité de la vie, au moment même où les sondages montrent que le sentiment de bonheur diminue dans la société Française, relate le travail de l'historien. Le bonheur prend aussi dans les années 80 le nom de développement personnel?: la notion de réussite, l'un des principaux objectifs du bonheur, est supplantée après les années 1970 par celle d'épanouissement, avec une dimension plus individualisée.

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Le visage paradoxal des Français

L'ouvrage de Rémy Pawin nous invite ainsi à considérer le bonheur avec recul. D'autant que les sondages montrent désormais le visage paradoxal des Français, globalement heureux individuellement mais malheureux collectivement. D'où cette notion de « bien-être subjectif ». Depuis l'après-guerre, les sondés se déclarent en fait de plus en plus heureux, note l'historien. Il estime les "trente glorieuses" comme une sorte d'erreur historique, période pas précisément considérée heureuse par ses contemporains, auxquelles il préfère les « Treize Heureuses » de 1962 jusqu'en 1975, où arrive la crise du pétrole et "où les Français s'enfoncent alors dans un mal-être subjectif".

À lire également

  • Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ?
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  • Pourquoi il faut rebâtir la "maison travail"

C'est là aussi que l'on voit apparaître les premiers déçus de la société de consommation qui cherchent le bonheur au travers d'un retour à la terre. En historien précis, Rémy Pawin relève que le niveau de bonheur individuel des français serait donc supérieur à celui des années 70. "On subit l'influence des discours. Depuis 2000 ans on tient des propos sur le bonheur. Mais tout ce qui a été dit garde suffisamment de prégnance pour qu'on répète en spirale toujours les mêmes discours. Alors pas étonnant qu'il soit de plus en plus difficile de s'y retrouver dans les déterminants du bonheur". La seule chose qui reste in fine, c'est la nécessité d'une absence de malheurs ou bien la capacité à les gommer... Le bonheur une idée pas si neuve mais la nouvelle utopie du XXIe siècle à n'en pas douter

Sophie Péters

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